Chris Speed

Du monde au Balkan.

Chris Speed fait partie de ces musiciens qui dynamite le jazz par tous les angles possibles. Il est un des moteurs de quelques formations incroyablement créatives : l’AlasNoAxis du batteur Jim Black, le Bloodcount du saxophoniste Tim Berne ou son propre groupe Yeah No. Le saxophoniste et clarinettiste n’est pas seulement un interprète talentueux, c’est aussi un compositeur audacieux. Ces quelques questions vous le feront peut-être découvrir…

Human Feel (Speed-D’Angelo-Rosenwinkel-Black) et Bloodcount semblent avoir été deux formations importantes dans ta carrière. Pourquoi ?

Pourquoi sont-elles importantes ? L’idéal de fonctionnement que je souhaite pour un groupe est celui que nous avions avec Human Feel. On composait tous pour le groupe, on se défiait et s’inspirait mutuellement, pas mal de bagarres aussi, mais une fois tout ça digéré nous avons essayé de trouver une voie dans l’improvisation et la création qui était nouvelle, à laquelle nous avons intégré la notion de free jazz qui était notre première préoccupation à cette époque (à Boston et Seattle fin 80 début 90).

Concernant Bloodcount, j’en retiens que ce groupe est le résultat d’un travail acharné, avec beaucoup de concerts, de tournées éclairées par l’apport incroyable de Tim Berne. Tout ce qui a été accompli durant ces 6 années a définitivement influencé pour le mieux nos démarches individuelles.

Un musicien comme John Zorn est influencé par la musique juive. Matt Darriau et toi plutôt pas les musiques de l’Europe de l’Est. Quelle est la raison de l’intérêt des musiciens new-yorkais pour ces musiques ?

Sans parler des motivations de Zorn ou Darriau, je vais essayer de répondre en ce qui concerne les musiques de l’Est. C’est comme pour le jazz : ces musiques m’ont inspiré parce qu’elles représentaient quelque chose de neuf et mystérieux, je ne connaissais à vrai dire pas grand chose de ces pays là et quand j’ai entendu pour la première fois une chorale de femmes bulgares, j’ai voulu en savoir plus. J’y suis allé, j’ai rencontré des musiciens, et j’en ai ramené le plus d’inspirations musicales que possible. Les mélodies, les rythmes, le rapport à la culture, la place importante de la clarinette, le rapport à l’autre, la célébration de la vie : voilà tout ce qui m’inspire constamment.

Pour pas mal de musiciens, le point de départ d’une démarche artistique passe par l’envie de faire de la musique en dehors des frontières existantes ce qui les mène au jazz et à l’improvisation pour avoir les bagages nécessaires. Est-ce ton cas au moment de ta rencontre avec Jim Black et Andrew D’Angelo ?

Non. Lors que j’ai rencontré Jim et Andrew, il y a de ça un bout de temps, début 80, nous jouions ensemble dans un big band swing. Je venais juste de débuter les leçons de jazz et je tentais de m’en tirer avec mes acquis de clarinette et de piano classique. Ce dont tu parles est arrivé plus tard, et la preuve c’est que pour chacun de nous trois nous ne sommes pas devenus ce que nous avons étudié. Nous avons toujours eu besoin de voir autre chose, et même de désapprendre ou d’utiliser ces idées de manières différentes. Cela a peut-être influencé Human Feel, du fait que l’on a oublié les acquis pour simplement jouer, composer et c’est seulement après que j’ai réalisé que ce qui m’intéressait le plus sortait de la catégorie simple du jazz.

Quel est ton regard sur AlasNoAxis, projet auquel tu participes ?

C’est un autre aspect de ma collaboration avec Jim Black et Skuli Sverrisson (Chris Speed les côtoie également au sein de Yeah No avec le trompettiste Cuong Vu, NdM). Et chaque occasion de travailler avec Hilmar (Jensen le guitariste) est un bonheur.

As-tu déjà travaillé avec des musiciens français ?

Pas trop en fait. Avec Marc Ducret dans le cadre d’un projet de Tim Berne et Damien Cluzel avec « Man Bites Dog »…

Les projets ?

Le nouvel enregistrement de Yeah No est terminé. Et on tourne en Europe en février, le 10 février à Brest et spécialement le 19 février à Troyes (peut être le 25 à Paris).

Propos recueillis par Jean Delestrade

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