Bojan Z

Trio logique.

Il y à quelques années, tu formais avec d’autres jeunes musiciens (dont Julien Lourau), le collectif Trash Corporation : cet ensemble n’a jamais enregistré d’album (il me semble) et reste un peu mystérieux. Quelle était la motivation, les ambitions de ce collectif ?

Ce groupe a existé au moment où on avait tous (les musiciens de Trash Corp.) besoin d’un truc comme ça, où on pouvait proposer n’importe quoi, pourvu que ça nous fasse marrer… le disco italien, le folk balkanique qui tache, le kung-fu, la poésie C, le soc-réalisme dans toutes ces facettes, le free, le funk, le tiercé, le PMU, le porno allemand.. enfin, toutes les influences qu’on recyclait au sein de ce groupe, avec des résultats plus ou moins heureux, ce qui était bon on gardait, et le reste on jetait. Ou le contraire parfois… En tout cas c’était super, comme période et comme groupe.

La musique des Balkans inspire le monde du jazz et particulièrement la scène new yorkaise : Pachora du saxophoniste Chris Speed, le guitariste Brad Shepik... Quel regard portes tu sur leur travail ? Tu es proche de leur démarche ?

Proposer les musiques des Balkans (comme n’importe quelle autre) comme prétexte pour improviser, peut être fait de plusieurs manières différentes et pour des raison différentes. Venant de Belgrade, pour moi c’était d’abord une nécessité de me vider la tête de ces sons qui tournaient dedans. Aussi, j’ai depuis toujours imaginé cette musique jouée par des grands improvisateurs, donc des musiciens de jazz. Par la suite c’est devenu une des caractéristiques de la musique que je propose.

Pour des musiciens new yorkais comme Matt Darriau, Brad Shepik, Chris Speed et les autres c’était le fait de s’approprier la musique qui les intriguait, mais toujours comme prétexte pour exprimer sa propre musicalité et créativité. Donc on est tout à fait dans la même démarche.

Un autre musicien, Matt Darriau, travaille dans cette direction avec son Paradox trio. Il a eu ce très beau compliment dans une interview à propos de toi : “un musicien qui ne se contente pas d’ajouter quelques accords sur une mélodie traditionnelle mais qui comprenant de l’intérieur la construction de cette musique pour pouvoir ensuite utiliser un vocabulaire différent avec elle”. Il touche juste, non ?

Comme je disais plus haut, on est tout à fait dans la même démarche. Contrairement à pas mal de musiciens de la "world music". Après tout, chacun met ses critères esthétiques dans ce qu’il fait, et ça donne des résultats tout à fait variés.

J’ai lu que ton travail en solo était inspiré par le celui de Keith Jarrett. Concernant le trio piano-contrebasse-batterie pour lequel il existe une grande tradition, quelles sont tes références en la matière ?

Tous les grands pianistes m’ont influencé, et de la même manière tous les grands trios piano-basse-batterie, aussi.

Ari Hoenig est un batteur très impressionnant par son talent et sa présence. Ses prestations avec d’autres pianistes comme Jean-Michel Pilc ou Kenny Werner ont été très remarquées : comment vous êtes vous rencontré et comment se déroule votre collaboration ?

On a fait un concert au festival de Coutances, et on a enregistré ensemble sur le disque de Julien Lourau. Notre collaboration reste à être développée à une autre occasion, vu que les concerts qu’on devait faire ensemble, je les ai fait avec un autre batteur, Ben Perowsky, également un musicien formidable de New York. Avec lui et Rémi Vignolo à la basse, ça commence à être un trio avec lequel j’entends plein de choses…

Rambo Amadeus ?

Guitariste, chanteur, poète, un "trouble maker" bien allumé de Monténégro, mais pour le comprendre, il vaut mieux parler la langue serbe. Il aurait pu être l’un des membres de "Trash Corporation"…

Interview réalisée par Jean Delestrade

www.bojanz.com