Jazz em Portugal III :

Rui Neves, Jazz em Agosto.

Le Festival Jazz en Août de la fondation Calouste Gulbenkian (FCG), qui se déroule à Lisbonne est un passage obligatoire pour les amateurs comme pour les experts. Ce festival présente depuis 25 ans le meilleur de ce qui se fait de plus passionnant dans le monde du jazz mondial.

Depuis quand existe le festival Jazz em Agusto ?

Le festival existe depuis 1984, sans interruption jusqu’à aujourd’hui. En 2009, nous en sommes à la vingt-cinquième édition.

Est-il soutenu par la Direction Générale des Arts ?

Non, étant donné qu'il s’agit d’une initiative de la Fondation Calouste Gulbenkian (CGF), à partir de notre Département Musique, doté d'un budget adéquat qui fait face à tous les besoins.

Comment cette initiative est née ?

Il s’agit d’une initiative de Madalena Perdigão, disparu en 1989, créatrice du Département Musique de la Fondation et du Gulbekian Orquestra, fondatrice et directrice du « Acarte Service » dès 1983. Depuis 2006, après l’extinction de Acarte, le festival Jazz em Agusto a intégré le Département Musique.

Est-ce que en dehors de la Fondation, le Festival peut-il compter sur d’autres partenaires ?

Les partenaires associés sont essentiellement stratégiques et logistiques, tels que la Lufthansa, Swiss Air Connections et le Lisboa-Açores hôtel. En ce qui concerne les médias, nous avons un partenariat avec SIC – Noticias (chaine d’information télévisée). L’Office de Tourisme de Lisbonne, outre la promotion média nous soutient également sur les vols internationaux en ce qui concerne les journalistes invités. Il s’agit du seul partenariat financier.

Comment est faite la programmation et quels sont les critères pour le choix des artistes ? Qu’avez-vous à l’esprit lorsque vous travaillez sur cet aspect ?

Notre programme est élaboré plus d’un an à l’avance et notre critère premier est la découverte, en cherchant à connaître un jazz innovant, une musique en évolution permanente. En conséquence, nous nous passons du circuit commercial et d’artistes plus célèbres et plus conventionnels.

Durant le processus de la programmation nous cherchons à obtenir l’adhésion d’un public averti et attiré par une alternative, une musique exigeante. Cet objectif, nous avons été capable de le maintenir depuis le début ce qui nous a apporté une certaine reconnaissance nationale et internationale.

Nous sommes également très rigoureux en ce qui concerne le déroulement du programme, avec dix ou douze concerts, dans un esprit « less is more », à la différence d’autres festivals dans laquelle l’offre est plus importante mais irrégulière. L'ensemble du programme est accompagné par des films documentaires, conférences et colloques. En outre, tous les équipements graphiques bénéficient d’une grande attention, de même que les processus de communication dans leur ensemble, pour lesquels sont utilisés les dernières technologies numériques.

Comment Lisbonne accueille cette période de festival ? Qui est votre public ?

Notre festival est déjà une référence installée dans l’agenda culturel de Lisbonne, car nous avons une certaine longévité. En général, nous attirons un public issu des classes moyennes et supérieures, des gens instruits avec une certaine connaissance du jazz, des passionnés de tous âges, également des étudiants et des touristes en vacances à Lisbonne. La diversité esthétique de Jazz em Agusto attire également le public habituel d’autres genres musicaux : rock, classique et contemporain.

Est-ce que le Portugal a une politique de soutient à la diffusion du jazz ?

L’État, plus précisément la Direction Générale des Arts, attribue annuellement des subventions, mais le plus important soutient provient des conseils municipaux, qui soutiennent plusieurs festivals de jazz.

Est-ce que la Fondation Calouste Gulbenkian mène d’autres actions concernant le jazz en dehors du festival ? Je pense à des actions pédagogiques en direction du jeune public.

Oui, nous avons le projet « Descobrir » qui inclut dans son programme annuel plusieurs actions pédagogiques autour du jazz. Cela fait partie du dispositif de la Fondation pour l’éducation culturelle à destination des écoles, et d’autres groupes, qui sont invités à assister à nos concerts d’octobre à septembre de l’année suivante. Jusqu’à présent cette initiative rencontre une totale adhésion.

Croyez-vous que le jazz au Portugal est encore une expression musicale méconnue ? Croyez-vous qu’il n’y ait toujours pas une grande connaissance publique de cette musique et des musiciens ?

Le jazz portugais est en réelle expansion, vous pouvez voir le travail de nombreux groupes et de nos stars, telles que Bernardo Sassetti et Mário Laginha. C’est la conséquence de la globalisation des goûts musicaux et aussi de l’augmentation du nombre d’écoles de jazz dans notre pays depuis l’ouverture en 1980 de l’école du Hot Club. Aujourd’hui, il existe également des programmes dans les universités. De nombreux jeunes musiciens ont étudié à Boston ou New York, tandis que d’autres préfèrent des écoles européennes pour compléter leur formation.

Actuellement il existe une réelle connaissance de ce que veut dire être un musicien de jazz au Portugal. Cependant le jazz portugais n’a pas encore d’identité distincte, comme ce que nous pouvons observer en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Italie, en Belgique, en Norvège, en Suède, au Danemark ou en Finlande, où le langage du jazz a développé une personnalité propre. Néanmoins, ce n’est qu’une question de temps pour que nous y arrivions.

Propos recueillis par Isabel Viegas en juin 2009

www.musica.gulbenkian.pt

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