Sébastien Leidbunguth

Depuis plusieurs mois, l’association [djaz]51 mène une action d’accompagnement artistique à destination des musiciens champardenais. Le premier projet soutenu est le quintet Kobu qui a eu l’opportunité de travailler avec le guitariste Danois Hasse Poulsen, emblématique de l'improvisation dans ce qu'elle a de plus radical. Voici le relevé de quelques propos échangés avec le guitariste de Kobu, Sébastien Leidbunguth.

Cela fait plusieurs mois que le quintet Kobu, un des groupes dont tu fais partie, travaille avec Hasse Poulsen. Comment ce projet est-il né ?

C’est une proposition de Francis Le Bras, directeur artistique de [djaz]51, qui nous soutient dans cette action. Nous avions le choix entre plusieurs musiciens et il nous a paru intéressant de travailler avec Hasse, au vu de sa musique, des groupes dont il fait partie, autant comme leader qu’accompagnateur. C’était la possibilité d’explorer un univers différent du nôtre.

Un univers très radical, marqué par l’atonalité et l'improvisation totale : il n’y a pas eu de "choc des cultures"?

Non. On a l’impression que l’improvisation totale est quelque chose de très libre, alors qu’il y a évidemment beaucoup de travail en amont. Même si parfois certaines choses paraissent libres, elles sont en fait très écrites. Même si on improvise, il ne s’agit pas de simplement prendre son instrument et de jouer ce qui nous passe par la tête. Cela peut être le cas, mais ce que l’on a fait avec Hasse en l’occurrence, est un réel travail. Même si on ne peut pas parler de travail d’écriture, il y a une véritable ligne de conduite, une direction que l’on doit suivre, même si la liberté est bien là dans le choix des notes ou du rythme.

J’ai écouté une conversation que tu avais avec Hasse, entre guitaristes, où vous parliez de la façon de travailler son instrument. Il disait qu’il choisissait des mélodies extrêmement simples, Frère Jacques en l’occurrence, pour apporter un soin extrême à leur interprétation. Est-ce que toi ou Kobu avez travaillé de cette façon-là ?

Je suis tout à fait d’accord avec cette idée : on a tendance naturellement à aller vers la complexité. Quand on commence à jouer un peu, que l’on maîtrise son instrument, on a facilement tendance à jouer beaucoup, faire tout ce que l’on peut faire, balancer beaucoup de notes, et quelquefois, revenir à des choses très simples, pour les faire vraiment sonner est très difficile. Ne serait-ce que réussir à capter l’attention de quelqu’un avec quelques notes est très important, plus que de l’impressionner. C’est particulièrement valable avec la guitare.
J’en parlais avec Marc Ducret : le guitariste n’a pas à respirer physiquement pour jouer, contrairement au saxophone ou à la trompette par exemple. Avec ces instruments la musique respire naturellement. La guitare peut te faire tomber dans le travers d’avoir un débit impressionnant qui ne s’arrête jamais. Revenir à des choses simples te permet de réfléchir à la gestion de l’espace sonore. On a travaillé autour de cet axe avec Kobu, mais on a pris la musique du groupe comme un tout, on a abordé tous les éléments, en simplifiant les choses complexes et en enrichissant les choses trop simples, pour arriver à un discours clair et cohérent. Lorsque nos compositions étaient très écrites et un peu compliquées, nous avons essayé de les rendre le plus clair possible et l’inverse également.
Au-delà de tout cela : la musique fonctionne toujours par des cycles de tensions suivies de résolutions. Nous avons travaillé nos compositions dans cette esprit-là : quelquefois elles ont été "explosées" et lorsque leurs constructions étaient trop simples, elles se sont compliquées, enrichies. Elles sont devenues plus ouvertes.

Vous invitez Hasse à jouer avec vous lors du Reims Jazz Festival. Comment va-t’il s’intégrer au groupe ? Vous avez déjà répété avec lui ?

On va se voir l’après-midi précédant le concert, pour un filage avec lui et une dernière mise au point sur le travail effectué ensemble. A priori il jouera sur le thème "Kobu" de Christophe Sabbioni. Un morceau qui a beaucoup changé suite à notre travail avec Hasse. On a beaucoup travaillé le rythme. Nous avions tendance à jouer sur des pulsations rapides et lui à l’inverse, à caser le tempo. Les morceaux sont devenus beaucoup plus ouverts qu’ils ne l’étaient, moins denses.

Est-ce que ce travail est perceptible ?

Évidemment. Toute la perception du groupe a changé. Nos compositions qui étaient très écrites, sans vraiment beaucoup de surprises, avec des structures très traditionnelles (thème – chorus – etc.), ont vraiment été explosées. Notre façon de voir les choses a été modifiée, aussi bien individuellement que collectivement. Il ne s’agit pas d’un simple "brin de folie", car tout est vraiment très travaillé. Même si lors du concert on pourra avoir l’impression qu’il y a une tonne d’improvisations qui partent un peu dans tous les sens, ce ne seront pas des choses balancées au hasard précédant la reprise du thème.

Projets pour Kobu ?

Suite à ce travail, un enregistrement est prévu. Mais on ne sait pas encore si il se fera avec Hasse. Il pourrait être conseiller artistique et participer à un morceau, comme pour le concert à venir. Cet enregistrement serait vraiment l’aboutissement du travail que l’on a réalisé avec lui. La première étape était d’enrichir le groupe avec son expérience et son point de vue. La deuxième étape sera le concert. L’enregistrement nous donnera une trace de cette évolution et nous servira, bien sûr, pour démarcher.

Propos recueillis par Pierre Villeret

www.myspace.com/sebastienleibundguth