Nelson Veras

A l'occasion de la sortie de son premier album personnel, Nelson Veras répond à quelques questions.

Vous venez de publier votre premier album personnel, avec une formation relativement originale puisqu'il n'y a pas de bassiste. Recherchiez-vous quelque chose de précis avec cette formule ?

Plus d'espace, un challenge qui nous pousserait a jouer autrement, à chercher d'avantage, à casser les automatismes...

Vous avez joué dans de multiples contextes ces dernières années, est-ce que le fait de devenir leader a modifié votre approche de la musique ?

J'essaye d'approcher la musique de mon groupe comme un sideman, sans me dire que je devrais faire ceci ou cela comme jouer plus longtemps que les autres, exposer tous les thèmes ; quelque part ce sont des considérations extra-musicales. On essaie de faire une musique de groupe, comme on le sent sur le moment, que ce soit Nelson Veras Group, Nelson Veras Quartet, etc... C'est juste un nom que l'on donne a un objet, un nom que l'on donne a un processus surtout...c'est de ça qu'il s'agit, un processus.

Chansons brésiliennes, compositions, standards, Keith Jarrett, John McLaughlin, Wayne Shorter, comment s'est effectué le choix du répertoire, si éclectique ?

C'était très instinctif, ce sont des morceaux qui me touchaient ; un choix inconscient, mais qui, après coup, s'avère révélateur, puisque ce sont   des thèmes assez rares avec des mélodies fortes, avec de l'espace où on peut s'exprimer. Ce sont aussi des thèmes que j'ai entendu étant plus jeune,mais que je n'avais jamais joué; le morceau extrait de la Tosca par exemple : mon père écoutait ça à la maison, au Brésil, quand je n'avais que douze ans. Les thèmes de Milton c'est pareil... le disque est dédié a mes parents d'ailleurs.

Pensez-vous qu'il existe un lien particulier entre les musiques brésiliennes et le jazz ?

Oui, l'harmonie par exemple. « Jazz » est un terme très vaste (vague?), « musique Brésilienne » aussi, puisque ça va de Jorge Benjor à Egberto Gismonti, Sepultura, Djavan, Hermeto Pascoal, Jobim, Joao Gilberto, Elis Regina, Chico Buarque, Milton Nascimento...

Question plus guitaristique : lorsque vous êtes venu au jazz, avez-vous eu besoin d'adapter votre technique de main droite, si virtuose ?

Oui, à un moment précis, j'ai voulu avoir le choix entre attaquer les notes ou avoir un phrasé plus legato; cela m'a poussé a travailler plein de doigtés différents, en m'inspirant de pianistes, saxophonistes, batteurs. On peut s'inspirer de plein de chose. J'avoue que je me suis très peu inspiré de guitaristes.

Je crois savoir que vous avez joué avec Steve Coleman, pouvez-vous nous en parler ?

Oui. Nous avons enregistré au Brésil et nous avons fait une tournée en juillet. Nous ferons une autre tourne octobre-novembre.C'est un des musiciens qui m'ont le plus impressionnés et inspirés ; il est complètement devoué a la musique, c'est un boulimique de travail. Faire une tournée avec lui c'est comme être en workshop ; il se dit qu' en musique, tout est possible. Par exemple, il ecrit souvent des morceaux qu'il n'est pas capable de jouer de suite ; il travaille et s'améliore pour être capable de les jouer... Si tu lui poses une question toute bête sur la musique,peut te répondre pendant 3 heures. Il s'intéresse aussi beaucoup aux anciennes civilisations (l'Egypte antique, par exemple), aux fonctionnement du système solaire, des plantes, aux mathématiques, à Bach et à pleins d'autres choses...

Quels sont vos projets à venir ? Aura t'on prochainement la possibilité d'entendre la formation de votre album ?

J'espère pouvoir jouer le plus possible avec ce groupe. On a donné un concert, il y a deux jours et je me suis vraiment amusé, la musique était déjà très différente de ce qu'on peut entendre sur le disque, c'était très stimulant. J'ai un profonde admiration pour ces musiciens (Stéphane Galland, Malik Mezzadri, Harmen Fraanje) et je prends autant de plaisir a jouer avec eux qu'à les écouter jouer, ils me surprennent tout le temps. C'est vraiment un bonheur. Sinon dans l'immédiat, je dois travailler les morceaux pour la tournée avec Steve Coleman, c'est une musique pas facile qui exige beaucoup de travail avant et après les concerts.

Propos recueilli par Pierre Villeret

www.myspace.com/nelsonveras