Kurt Rosenwinkel

John Scofield et Pat Metheny le disent. Et il est difficile de ne pas prendre au sérieux les paroles de ces deux musiciens, parmi les plus grands de leur génération. Et surtout quand ils parlent guitare...

Pour l'un et l'autre, le new-yorkais Kurt Rosenwinkel est le guitariste le plus talentueux de la nouvelle vague. Lorsque l'on vous dit des choses comme ça, il est tentant de s'en contenter, de coller un autocollant sur les boitiers de son nouveau disque avec la mention "écouté et approuvé par Scofield et Metheny".

Tu es considéré comme le futur de la guitare jazz. Mais cela ne t’empêche pas de prendre des risques en permanence dans ton jeu et tes choix artistiques…

Je suis très fier que quelqu'un puisse penser que je suis le futur de la guitare jazz mais je ne fais pas en sorte que l’on pense cela de moi. Si je cherchais à écrire le futur de la guitare jazz, alors là oui, je prendrais beaucoup de risques. J’essaye simplement de créer et de progresser dans la plus musicale possible des directions. Si je suis cette démarche, il n’y a aucun risque.

En avant-propos d’une de tes interviews, David R. Adler écrit : « Rosenwinkel, malgré le fait qu’il ait suivi une formation musicale longue et complète, garde très vivant, très présent l’esprit de ce qui justement ne s’apprend pas à l’école ». Beau compliment !

Dans un premier temps, il est sûr que c’est un très beau compliment, mais en y réfléchissant un peu plus, je réalise que cette affirmation n’est pas très correcte : on ne peut pas dire que j’ai suivi une formation intensive. Là où j’ai appris le plus ? Par moi-même, au travers d’un processus de recherche, en suivant mes envies personnelles et mes intuitions…Je suis allé 2 ans à Berklee, mais j’y ai rejeté 90% de ce qu’on essayait de m’inculquer, je refusais le moule. Il n’est pas question ici de savoir quelle quantité de savoir tu as accumulé, mais plutôt de savoir si tu es resté naturel. L’apprentissage devrait toujours venir en soutien d’une démarche personnelle.

Tu as travaillé avec Q-Tip sur ton dernier album. Penses-tu que cette collaboration et le son qu’elle amène va dérouter ton public ?

Non, je pense qu’il va comprendre ma démarche…

De quelle manière penses-tu que le mouvement hip-hop peut faire évoluer le jazz ?

Je pense que les musiciens de jazz peuvent s’inspirer du hip-hop sur plusieurs points : faire une musique qui est plus directe, utiliser des intentions plus intenses et moins compromises, comme les musiciens par le passé. Le jazz d’aujourd’hui est trop renfermé sur lui-même, se pose comme sa propre référence, s’auto-congratule. Il me semble que les musiciens de jazz devraient se mettre un peu plus en danger, ce qui les rendraient peut-être un peu plus courageux et créatifs, et les pousserait à travailler plus dur pour faire une musique qui a un sens. Au lieu de ça, ils pensent qu’ils peuvent aller de gigs en gigs, en ne prenant jamais ses responsabilités de musicien, se laissant aller à une créativité la plus commune qui existe. Ça devient vraiment ennuyeux, et si on perd du public et des acheteurs de disques, on ne peut s’en prendre qu’à nous-même. Tout le monde pense pouvoir enregistrer un disque, mais la plupart d’entre eux se plante. Ils devraient d’abord penser à leur musique.

Depuis l’époque de Human Feel, Jim Black et Chris Speed travaillent toujours ensemble. Y a t’il d’autres projets avec eux en vue ?

Nous avons joué avec Human Feel l’été dernier. Dès la première note, c’était comme si nous n’avions jamais arrêté de jouer ensemble. Chacun d’entre nous adore cette formation, et si nous ne jouons pas plus souvent ensemble, c’est parce que l’on a du mal à ce caler des dates, tout le monde est très occupé, et chacun navigue dans des cercles différents…C’est dur de coordonner tout ça. Mais je sais que nous en avons tous la volonté.

Un concert en France ?

A toi de me le dire…bientôt j’espère !

Propos recueillis par Jean Delestrade

www.kurtrosenwinkel.com