Karl Jannuska

Lors des dernières Flaneries Musicales de Reims, nous avons pu entendre le batteur canadien Karl Jannuska, au sein du Scott Hill Ensemble. Installé à Paris et participant à différentes formations, il a récemment enregistré son premier album personnel Liberating Vines (Effendi - distribution Abeille).

Liberating Vines est paru récemment. Il s'agit, si je ne m'abuse, de ton premier album en tant que leader. Qu'est-ce qui t'a motivé à enregistrer sous ton nom ?

C'est bien mon premier disque en tant que leader ; ça fait à peu près 7 ou 8 ans que je compose et environ 4 ans que je pense à enregistrer un disque avec mon propre groupe. Mais d'abord, je ne me suis pas senti tout-à-fait prêt musicalement. Même si j'aimais bien écrire de la musique, la jouer et l'écouter, je n'étais pas convaincu qu'elle méritait d'être gravée ! Ensuite, je n'étais pas prêt financièrement...  Finalement, c'est le saxophoniste ténor du groupe, Kelly Jefferson, qui m'a dit de me lancer. Il m'a suggéré de réserver le studio, l'ingénieur du son et les musiciens puis, une fois que tout serait prêt, d'essayer de trouver une aide financière, avec des bourses canadiennes. Il m'a dit qu'on ne sent jamais complètement prêt musicalement, mais qu'il faut bien commencer quelque part ! J'ai fini par suivre ses conseils et, même si je n'ai pas eu de bourse, le fait d'être intermittent du spectacle m'a beaucoup aidé pour payer l'enregistrement. Pour répondre à la question, en fait, j'avais envie d'avoir un projet que je pourrais entièrement contrôler. Là, j'ai tout décidé moi-même : les compos bien sûr, mais aussi le choix des musiciens, l'endroit (Montréal), le mix, le son... ça m'a plu de pouvoir produire quelque chose de bien travaillé, sur lequel on a un peu de recul, contrairement aux concerts. Et puis, un disque, c'est une étape nécessaire pour baliser une carrière.     

Pour un batteur, n'est-il pas plus difficile que pour les instruments à vocation soliste d'être leader ?

Non, je ne pense pas. Pour moi, à partir du moment où le batteur, de n'importe quelle formation, connaît bien la musique, chaque autre membre du groupe n'en sera que meilleur. Connaître la musique, ça veut dire non seulement l'avoir complètement mémorisée, mais aussi bien la maîtriser dans sa structure, ses dynamiques, sa matière et son esprit. C'est comme ça que ça peut décoller ! Dans mon groupe, comme c'est moi qui compose, je connais parfaitement tous les morceaux, et les autres musiciens ont  une bonne base pour les apprendre. Comme ça, la musique prend forme et se développe plus rapidement. Certains musiciens t'ont-ils particulièrement influencé, et peut-être encouragé, directement ou non, à diriger un groupe ?

Oui, j'ai joué, et je joue toujours dans pas mal d'autres groupes, ce qui m'a permis d'apprendre beaucoup de choses sur le "rôle" de leader. Je sais ce que j'aime et ce que je n'aime pas chez un leader : laisser une certaine liberté musicale pour s'exprimer, mais en même temps être suffisamment ferme pour me dire si quelque chose ne va pas, ou suggérer autre chose. C'est un équilibre subtil qui demande parfois des compromis. Je crois que la qualité essentielle d'un leader, c'est de faire confiance à ses musiciens. Je ne nommerais que quelques-uns qui ont montré ces qualités : Steve Lehman, Christine Jensen, Joel Miller, François Bourassa, Bryn Roberts, Serge Forté et François Théberge... Ils m'ont tous encouragé à monter mon groupe.

Liberating Vines, d'où vient ce titre ?

Il vient d'une lettre que m'a écrite un ami de la Nouvelle Orléans. J'y ai passé quatre mois, en 96, pour suivre des cours d'art et de sciences, pour faire un break dans mon cursus musical de Montréal. Quand je suis parti de la Nouvelle Orléans, Scott Handley m'a écrit: "may every word you read and sound you hear coil about you like liberating vines". C'est une phrase qui ne ma pas quitté depuis. J'aime l'idée que l'environnement dans lequel on vit, aussi bien musical qu'émotionnel, nous influence et nous libère à la fois, et c'est, je crois, ce que signifient ces "vignes libératrices".

As-tu d'ores et déjà des dates de concerts prévues avec cette formation ?
Pas encore! je cherche à la fois un agent et des dates... Avis aux amateurs!

Je crois, pour t'avoir déjà écouté, que tu joues dans de nombreuses formations, quels sont tes projets dans l'avenir proche?

En octobre et novembre, je vais beaucoup jouer avec la chanteuse américaine Sheila Jordan, dans le trio Serge Forté. Nous allons au Luxembourg, à Amsterdam, Bruxelles et Paris (site ellaprod.com pour plus de renseignements). Sinon, je joue avec une autre chanteuse, Anne Ducros, au New Morning le 21 octobre, j'enregistre avec le saxophoniste Thomas Savy pour Nocturne, et puis il y a le lancement du disque de Jean-Christophe Beney (sur Effendi) au Duc des Lombards le 17 novembre.

Propos recueillis par Pierre Villeret

www.myspace.com/karljannuska