Damien Hennicker

Vous pouvez demander aux personnes qui le connaissent : Damien Hennicker est de la catégorie des allumés. De ceux qui sont capable de défier Bruce Lee pour un combat à mains nues ou qui tenterait de nous faire passer André Pousse pour une première communiante.

Mais toutes réflexions faites, l'allumé est sûrement quelqu'un qui a compris comment se réserver le droit de tout se permettre et d'avoir la paix. Echanges avec le saxophoniste troyen...

Tu as joué dans de nombreuses formations funk (Shake it, Shikitas). En quoi ça influence ton jeu dans tes formations plus jazz ?

J'essaie de garder une touche groovy ou en tous cas de faire en sorte que ça chauffe (Funky butt Hall était un des bordels réputés de Storyville).Travaillant souvent en section de cuivres, le travail du riff me passionne car cela peut me prendre beaucoup de temps avant de trouver celui qui va sonner parfaitement, même sur deux mesures. Dans mon jeu j'aime bien incorporer ce genre de motif ou de boucle rythmique, ça permet de poser le jeu et de l'intensifier.Dans les formations réduites (duo, trio) qui permettent vraiment de délirer, j'essaie d'exploiter au sax ténor un jeu mixte grave/aigu (basse+cocottes) comme une clavinet un peu dans le feeling d' Eddie Harris.

Le côté funky, je l'aime aussi pour garder le fun, et pour le côté kitch dans les mélodies. En composition, que ce soit pour Pûlsar ou Sept Sets, j'attache une grande importance a la "Bass Line" (le plancher quoi !) que j'aime retourner dans tous les sens,du coup les accents naturels me donnent une bonne base pour le travail mélodique.

Tu es à l'origine de Pûlsar. Ce n'est pas à proprement parler une fanfare funk traditionnelle : certains morceaux sont très écrits, et des inspirations comme Rabih Abou Khalil...

Pûlsar étant à la croisée de la fanfare, du big band et de la fusion (grâce a la guitare électrique de Didier Paupe), les morceaux se doivent a la fois de sonner sur scène et surtout dans la rue ou le groupe doit avoir le gros son. Cela passe (après l'équipe évidemment!) par l'écriture: j'harmonise souvent les rythmiques pour les renforcer, le sax baryton étant utilisé comme une deuxième basse (à la Brown). Aussi, vu le nombre de musiciens - 11 - je profite du côté orchestral pour construire les morceaux dans la durée avec 1 ou 2 solistes par morceau qui jouent le fil conducteur (Ellington), alors qu'en dessous c'est mouvant. Certains morceaux étant très écrits, et l'improvisation solo ou collective permet a certains moments de lâcher les chevaux.

En ce qui concerne Rabih Abou Khalil, le travail de ses mélodies en orchestre a contribué quelque part à construire le son du groupe. La musique de Rabih est faite de grands unissons ou la mélodie est a la fois rythme, d'ou son écriture spéciale avec ses nombreux changements de mesure, souvent chiffrées a la double.C'est l'enfer a bosser mais quand tout le monde est ensemble ça prend vraiment les tripes!

Lors du concert de Zenza aux Flâneries cet été, on a bien senti un tournant dans les compos et le son. Un son un peu plus rock ?

On est en ce moment beaucoup influencés par le son New Yorkais actuel avec entre autres Jim Black et sa formation Alas No Axis que nous avons invité à Troyes avec Aube Musiques Actuelles. D'où la sature large a la guitare, le travail de " bruitiste " aux cuivres et le jeu arythmique de Guillaume Dommartin, légèrement pop. Petite citation:" Faut qu'ça déblaie !" (Seb 2002).

J’ai réécouté l’enregistrement du trio avec GuillaumeDommartin et Fabien Packo (au cours d'un concert, "les Improvisables"). Et je suis toujours surpris par la rapidité et la justesse avec laquelle vous vous êtes trouvé (même si vous vous connaissiez avant ). Comment s'est déroulé la rencontre ?

Je n'avais jamais joué avec Fabien Packo, hormis pour 1 ou 2 boeufs de fin fin fin de soirée. Fabien maîtrisant parfaitement les répertoires musette, tango, pasos...il apporte au trio une touche folk soutenue par un esprit mystique et rythmique souvent en référence à Piazzola. Avec Guillaume Dommartin depuis notre rencontre au sein du collectif Alka, ça a toujours collé, aussi pour le fun et l'humour.

Ce sont en tous cas deux musiciens qui sont généralement, mais surtout en improvisation libre, dans un état d'écoute profond et permanent, d'ou la forte interraction entre nous et la possibilité de tout faire basculer a tout moment. Enfin, ce travail en Trio n'en est encore qu'a ses débuts.

Pourquoi commencer ce premier concert d'une toute nouvelle formation avec une impro totale de 20 minutes ?

C'est pas grand chose, mais ça faisait longtemps que j'attendais ce moment (prévu). Arriver sur scène avec son bignou et sa page blanche, c'est vraiment exitant et bon pour la concentration, ça permet au groupe de jouer au présent et de voir ses limites (on dirait du Vandamme, non?). Le public était en plus très proche de nous...ce plongeon a été de loin le meilleur moment de ce concert.

Quels sont les projets à venir ?

En ce moment je compose pour Pûlsar dans une optique "Drum & Brass" et pour Sept Sets, on est en train de finaliser une sortie de CD pour chacun deux groupes.Nous sommes a la recherche de tourneurs et aussi d'un producteur pour Pûlsar.

Quels sont les disques que tu écoutes en ce moment ?
Sexmob, Jaga Jazist, Cosmik Connektion, Adouk Trio.

Propos recueillis par Jean Delestrade