Tu as joué dans de nombreuses
formations funk (Shake it, Shikitas). En quoi ça influence
ton jeu dans tes formations plus jazz ?
J'essaie de garder une touche groovy ou en tous cas de faire
en sorte que ça chauffe (Funky butt Hall était
un des bordels réputés de Storyville).Travaillant
souvent en section de cuivres, le travail du riff me passionne
car cela peut me prendre beaucoup de temps avant de trouver
celui qui va sonner parfaitement, même sur deux mesures.
Dans mon jeu j'aime bien incorporer ce genre de motif ou de
boucle rythmique, ça permet de poser le jeu et de l'intensifier.Dans
les formations réduites (duo, trio) qui permettent
vraiment de délirer, j'essaie d'exploiter au sax ténor
un jeu mixte grave/aigu (basse+cocottes) comme une clavinet
un peu dans le feeling d' Eddie Harris.
Le côté funky, je l'aime aussi pour garder le
fun, et pour le côté kitch dans les mélodies. En composition, que ce soit pour Pûlsar ou Sept Sets,
j'attache une grande importance a la "Bass Line"
(le plancher quoi !) que j'aime retourner dans tous les sens,du
coup les accents naturels me donnent une bonne base pour le
travail mélodique.
Tu es à l'origine de Pûlsar.
Ce n'est pas à proprement parler une fanfare funk traditionnelle
: certains morceaux sont très écrits, et des
inspirations comme Rabih Abou Khalil...
Pûlsar étant à la croisée de la
fanfare, du big band et de la fusion (grâce a la guitare
électrique de Didier Paupe), les morceaux se doivent
a la fois de sonner sur scène et surtout dans la rue
ou le groupe doit avoir le gros son. Cela passe (après
l'équipe évidemment!) par l'écriture:
j'harmonise souvent les rythmiques pour les renforcer, le
sax baryton étant utilisé comme une deuxième
basse (à la Brown). Aussi, vu le nombre de musiciens
- 11 - je profite du côté orchestral pour construire
les morceaux dans la durée avec 1 ou 2 solistes par
morceau qui jouent le fil conducteur (Ellington), alors qu'en
dessous c'est mouvant. Certains morceaux étant très
écrits, et l'improvisation solo ou collective permet
a certains moments de lâcher les chevaux.
En ce qui concerne Rabih Abou Khalil, le travail de ses mélodies
en orchestre a contribué quelque part à construire
le son du groupe. La musique de Rabih est faite de grands unissons ou la mélodie
est a la fois rythme, d'ou son écriture spéciale
avec ses nombreux changements de mesure, souvent chiffrées
a la double.C'est l'enfer a bosser mais quand tout le monde
est ensemble ça prend vraiment les tripes!
Lors du concert de Zenza aux Flâneries cet été,
on a bien senti un tournant dans les compos et le son. Un
son un peu plus rock ?
On est en ce moment beaucoup influencés par le son
New Yorkais actuel avec entre autres Jim Black et sa formation
Alas No Axis que nous avons invité à Troyes
avec Aube Musiques Actuelles. D'où la sature large
a la guitare, le travail de " bruitiste " aux cuivres
et le jeu arythmique de Guillaume Dommartin, légèrement
pop. Petite citation:" Faut qu'ça déblaie
!" (Seb 2002).
J’ai réécouté
l’enregistrement du trio avec GuillaumeDommartin et
Fabien Packo (au cours d'un concert, "les Improvisables").
Et je suis toujours surpris par la rapidité et la justesse
avec laquelle vous vous êtes trouvé (même
si vous vous connaissiez avant ). Comment s'est déroulé
la rencontre ?
Je n'avais jamais joué avec Fabien Packo, hormis pour
1 ou 2 boeufs de fin fin fin de soirée. Fabien maîtrisant
parfaitement les répertoires musette, tango, pasos...il
apporte au trio une touche folk soutenue par un esprit mystique
et rythmique souvent en référence à Piazzola. Avec Guillaume Dommartin depuis notre rencontre au sein du
collectif Alka, ça a toujours collé, aussi pour
le fun et l'humour.
Ce sont en tous cas deux musiciens qui sont généralement,
mais surtout en improvisation libre, dans un état d'écoute
profond et permanent, d'ou la forte interraction entre nous
et la possibilité de tout faire basculer a tout moment.
Enfin, ce travail en Trio n'en est encore qu'a ses débuts.
Pourquoi commencer ce premier concert
d'une toute nouvelle formation avec une impro totale de 20
minutes ?
C'est pas grand chose, mais ça faisait longtemps que
j'attendais ce moment (prévu). Arriver sur scène
avec son bignou et sa page blanche, c'est vraiment exitant
et bon pour la concentration, ça permet au groupe de
jouer au présent et de voir ses limites (on dirait
du Vandamme, non?). Le public était en plus très
proche de nous...ce plongeon a été de loin le
meilleur moment de ce concert.
Quels sont les projets à venir ?
En ce moment je compose pour Pûlsar dans une optique
"Drum & Brass" et pour Sept Sets, on est en
train de finaliser une sortie de CD pour chacun deux groupes.Nous
sommes a la recherche de tourneurs et aussi d'un producteur
pour Pûlsar.
Quels sont les disques que tu écoutes
en ce moment ?
Sexmob, Jaga Jazist, Cosmik Connektion, Adouk Trio.
Propos recueillis par Jean Delestrade |