Comment es-tu devenu musicien ? Te rappelles-tu de ton premier disque ?
C'est ma grand-mère qui m'a
initié à la musique en m'apprenant la méthode rose
de piano vers 8 ans. A part elle, ma famille n'est pas vraiment
mélomane. Ca a aussi eu eu l'avantage de me familiariser tout de
suite avec la lecture J'ai ensuite fait un peu de flûte à
bec puis enfin de la guitare classique à 10 ans à
l'école de musique de Chaumont, ma ville natale. Après
deux ans, étant de plus attentif aux parties de guitare
(notamment les rares solos) des tubes que j'écoutais à la
radio, j'ai voulu faire autre chose que du classique.
Peux-tu nous parler de ton
parcours, notamment ton passage dans le classe de jazz du CNSM ? Tu
disais que la rencontre avec Christophe Monniot avait été
déterminante dans ton évolution musicale.
Avec mon ami Benjamin Body,
aujourd'hui contrebassiste, nous avons su qu'une classe de jazz
s'était ouverte à l'école de musique de Chaumont.
Nous y sommes allés sans trop savoir de quoi il s'agissait
vraiment. François Arnold, le professeur (avec qui je joue
actuellement dans le collectif n'Co ) a bien compris que nous ne
connaissions pas cette musique et a commencé par nous faire
improviser sur des chansons (Brassens, les Beatles) tout en nous
apportant régulièrement des disques. J'ai finalement
joué du jazz pratiquement avant d'en écouter !
J'étais à cette époque plus porté vers les
"guitar-heros" (Van Halen, Satriani, Vai...). Ce n'est que vers 14-15
ans que j'ai acheté mes premiers disques de jazz : Letter from home et Bright size life de Pat Metheny : je n'y comprenais rien mais j'étais
sidéré par ce que j'entendais ! J'ai ensuite
appronfondi en écoutant, outre Metheny, Miles, Coltrane, Wes
Montgomery, Bill Evans et surtout du jazz rock (Uzeb, Corea, Mike
Stern, Weather Report, Sixun, Ultramarine…) grâce à
mes amis musiciens chaumontais qui me faisaient écouter tout ce
qu’ils pouvaient.
Après l'obtention de mon Bac (sur l'insistance de mes parents)
je suis allé au CIM une année ("enfin à Paris!"),
où j'ai notamment rencontré Jérôme Rateau
avec qui je joue encore, puis au conservatoire de Paris. Là , ce
fut une révélation! j'avais comme profs Jeaneau,
Jenny-Clark, Sellin, Théberge, puis Humair…
J'ai
rencontré énormément de musiciens avec qui j'ai
développé une grande complicité (Matthieu
Donarier, Christophe Monniot, Johan Renard, Pierre Reboulleau, Thomas
Grimmonprez, Gueorgui Kornazov, Jean-Philippe Morel, Joe Quitzke et
bien d'autres). C'est là aussi que j'ai été
confronté à d'autres formes de jazz que je ne connaissais
pas du tout : le free et les musiques improvisées. J’ai
donc du adapter mon jeu en voyant que les phrases, les notions
harmoniques et le son droit que j'avais développés ne me
paraissait pas suffir à cette musique ; je me suis donc
intéressé beaucoup plus à élargir ma
palette sonore (avec des effets mais aussi en me rappelant de ma
période "guitar-heros"). La rencontre avec Christophe Monniot
notamment a été déterminante.
Plus généralement, quels sont les musiciens et les expériences qui t’ont marqué ?
Après le conservatoire j'ai
eu la chance de jouer assez vite avec beaucoup de musiciens, autres que
ceux que j'avais connu là-bas (Humair, Truffaz, Texier ...) qui
m'ont beaucoup marqué (et continuent à le faire).
Comment vois-tu le jazz actuellement ? Quelles directions vois-tu se définir dans l'avenir ?
Il me semble qu'aujourd'hui le
jazz est de plus en plus ouvert sur beaucoup d'autres musiques
(électro, reggae, rock...) et que les mélanges deviennent
inévitables d'autant plus que, je pense, il n'y a plus de
révolutionnaires de la trempe des Parker, Miles, Coltrane ou
Ornette. Cette musique se disperse donc de plus en plus (dans le bon
sens du terme) et devient de plus en plus indéfinissable
(qu'est-ce que le jazz aujourd'hui ?). Ceci n'est pas pour me
déplaire puisque j'ai du mal à savoir moi-même la
direction que je préfère (Free, "ECM", rock, straight
ahead…). C'est pour cela que j'apprécie la chance
d'être associé à des projets nombreux et
variés.
Qu'écoutes-tu en ce moment ?
Je ne suis pas un grand boulimique
de musique et j'ai malheureusement tendance à écouter
chez moi toujours un peu les mêmes disques (ceux que j'ai !) :
Metheny, Miles, Jarrett, Coltrane, Frisell, Coltrane, Scofield ...
C'est chez des amis que j'écoute des choses que je ne connais
pas.
Quelles sont les formations dans lesquelles tu joues actuellement ?
Je joue actuellement dans pas mal
de formations (Daniel Humair "Baby Boum", Henri Texier "Strada", Matthieu
Donarier trio, Monio Mania, Kornazov-Tamisier-Codjia,
Zimmerman-Peirani-Codjia, Christophe Wallemme, Chris Jennings Quartet,
Leïla Olivesi , Knock, De Bethmann-Januska-Codjia… j'en
oublie certainement ), qui n'ont malheureusement pas toutes l'occasion
de jouer beaucoup.
Projettes-tu de créer une formation en tant que leader ?
Je suis en train de
préparer un disque que je vais enregistrer en septembre avec
Daniel Humair et François Moutin pour BeeJazz et j'enregistrerai
un peu plus tard un duo avec Michel Benita. Je commence à songer
à monter mon groupe mais j'attends un peu d'avoir des
idées plus claires sur la question et d'avoir plus de temps.
Projets ? Prochains concerts, disques ?
Quelques disques sur lesquels je
joue (déjà enregistrés ou pas encore, qui vont
sortir prochainement) Christophe Wallemme, Henri Texier, Knock, Monio
Mania, Codjia-Humair-Moutin, Jérôme Rateau 4tet, Anahit
Simonian.
Propos recueillis par Pierre Villeret
www.myspace.com/manucodjia |