Tu as étudié le piano pour choisir ensuite la guitare. Pourquoi cet instrument ?
J'avais 12 ans et j'étais très
branché par les Beatles et les Pink Floyd. Je me suis dit que la
guitare électrique était cool, je le pense toujours
d'ailleurs.
Tu habites à Berlin. Pourquoi avoir quitté la Finlande pour cette ville ?
La première fois que je suis venu à
Berlin, c'était en 1998 dans le cadre d'un échange
scolaire et j'ai ainsi étudié à la Hanns Eisler
Music University. J'ai traîné dans les jam sessions, j'ai
assisté à beaucoup de concerts et je me suis rendu compte
que la scène berlinoise était vraiment très
intéressante. De la musique créative, de l'improvisation,
du noise rock, de l'électro pop. Berlin est une ville attirante
pour les artistes surtout parce qu'il n'est pas très cher d'y
vivre.
Tu as enregistré avec le guitariste
Marc Ducret : peux-tu m'en dire un peu plus sur cette expérience
et sur la musique de Marc Ducret ?
J'ai eu la chance de faire la première
partie du trio de Marc avec mon groupe Nuijamiehet lors d'une
tournée en Finlande en 2000. J'étais déjà
un fan de son travail, mais pouvoir l'écouter cinq soirs de
suite ça a été terrible. Il est unique dans sa
façon d'envisager l'instrument. Je lui ai demandé de se
joindre à mon groupe en studio pour enregistrer cinq morceaux et
il s'est parfaitement intégré dans le groupe. Je pensais
qu'il serait intéressant d'avoir deux guitares sur ce disque, et
au final ça rend super !
Le trio Johnny La Marama est une sorte de petit frère de Massacre de Fred Frith ?
C'est un compliment. J'aimerais mieux
connaître la musique de Fred Frith, j'ai adoré ce que j'ai
écouté. On vient de sortir un nouvel album "Fire" et nous
allons puiser encore plus loin dans nos univers musicaux avec un
étrange mélange entre free, hip-hop, krautrock et jazz.
Quelle est la part du jazz dans ton travail ? Quel est ton ressenti par rapport à un certain héritage du jazz ?
Et bien, je me suis "éduqué" au jazz
à la Sibelus Academy et à la Hanns Eisler Music
University. Pendant ces années d'études, j'ai beaucoup
joué de jazz mainstream. Je me dis qu'avoir travaillé
tout ça a été une bonne base pour l'improvisation
et pour créer de la musique, mais ça ne suffit pas. J'ai
d'ailleurs participé à un projet d'Anthony Braxton en
Finlande avec des musiciens finlandais, de très bons musiciens
avec un grand savoir théorique... Il est important de respecter
l'histoire du jazz, mais si tu te contentes de l'entretenir tel quel et
de ne pas participer à son évolution, il arrive ce qui
doit arriver, c'est à dire ce que l'on appelle le "jazz"
aujourd'hui. Je pense que ma musique vient du jazz mais pas seulement.
Il est aussi question de rock, de world... Si je devais donner un nom
à ma musique, je dirais "avant groove music" ou "creative music"
ou "apples not oranges - music" (sic).
De quelle manière l'improvisation dans la musique peut influencer ta façon de vivre au jour le jour ?
Penser l'improvisation comme une philosophie,
c'est essayer de mesurer l'instant. Improviser c'est vivre l'instant
présent. Si tu es un bon improvisateur, tu peux utiliser le
passé et envisager le futur, mais surtout être
enfermé dans le moment présent. C'est une force mais
aussi une faiblesse. Je pense que la musique peut être vraiment
très grande si les notions d'improvisation et de composition
sont combinés et équilibrés. Tout le monde,
même les enfants, peuvent improviser.
Peux-tu nous en dire plus sur le projet Momentum Impakto et ta collaboration avec Daniel Erdmann ?
Ce trio est né avec John Schröder en
1999. C'est un groupe vraiment spécial qui laisse une grande
place à la spontanéité, en essayant de
dépasser les considérations intellectuelles et jouer pour
le plaisir. Nous avons un son vraiment à part. Malheureusement,
nous n'avons pas beaucoup tourné avec ce groupe, parce que ce
n'est pas du free, du mainstream ou du jazz rock... Les deux disques
que nous avons enregistré ont sûrement des fans, je pense.
J'ai joué avec Daniel dans d'autres projets (Christoph Struders
Heidi's Bouille avec Linda Sharrock) et c'est toujours agréable
de jouer avec lui parce qu'il a un grand sens de la communication
musicale.
As-tu déjà pensé quitter Berlin pour Brooklyn comme Chris Dahlgren (bassiste de Johnny La Marama) ?
Pour tout dire, Chris a quitté New York
pour Berlin... Et c'est la tendance du moment. Beaucoup de musiciens
viennent vivre à Berlin parce que c'est la nouvelle ville
montante pour la musique. Je pense que New York a fait beaucoup pour
l'histoire du jazz, mais les choses que j'y ai
expérimentées ne sont pas très attirantes. Je
pense qu'ils vont dans la mauvaise direction. J'y ai vécu en
90-91 et je pense que les événements de 2004 ont rendu
les choses pire.
Les prochains projets ? Des enregistrements ?
Avec le groupe Klima Kalima, on bosse sur un
nouveau disque qui doit sortir bientôt. Je travaille aussi sur un
disque solo de guitare. Je suis donc occupé. Et je joue en
France avec Jimi Tenor le 16 novembre.
Entretien réalisé par Jean Delestrade

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