Peux-tu nous présenter ton parcours ? Comment es-tu devenu musicien ?
J’ai commencé
à jouer du violon à l’age de 9 ans et ça ne
m’intéressait pas beaucoup et à 13 ans, j’ai
commencé à jouer de la guitare. D’abord des
chansons et le flamenco et à partir de 15 ans le jazz.
J’avais des très bon profs de guitare au début :
Christian Sievert pour le flamenco et Karsten Houmark pour le jazz.
À 20 ans, j’ai passé 7 mois à Berklee
College à Boston et l’année d’après,
j’ai investi le nouveau conservatoire (Royal, National) de
musique rythmique improvisée à Copenhague. À
côté, j’ai fait des études de contrepoint
à l’université et de composition avec Bent
Sørensen. Quand j’étais au conservatoire, je jouais
beaucoup de musique pour des fêtes, la variété, le
blues, la chanson. Plus tard j’ai abandonné ça pour
pouvoir me concentrer sur ma propre musique et je me suis
installé en France en 1998.
Quels sont les musiciens et les expériences qui t'ont marqué ?
Il y en a beaucoup. Tous les
musiciens avec qui je joue sont mes plus grandes sources
d’inspirations. Lars Juul, Fredrik Lundin, Daniel Erdmann, Edward
Perraud, Christophe Marguet, Hélène Labarrierre,
François Corneloup, Guillaume Roi, Bruno Chevillon, Louis
Sclavis, Vincent Courtois, Mederic Collignon, Mark Sanders, Luc Ex,
Sidsel Endresen, Henrik Simonsen, Gilles Olivesi, Fredrik
Søegaard, Peter Friis Nielsen, Teppo Hauta-Aho, Jari Hongisto,
François Merville, Paul Brousseau, Dgiz et plein
d’autres : le fait de travailler avec une personne, essayer
de comprendre comment elle pense et trouver la manière de
créer une musique exceptionnelle avec cette personne,
c’est ça qui m’inspire le plus et qui me donne
l’envie de me développer.
En 1989 un stage avec Tore Brunborg et Jon Balke m’avait
convaincu qu’il fallait laisser la musique américaine de
côté pour me concentrer sur les traditions qui
m’entouraient. C’était d’ailleurs ma
première rencontre avec le free jazz. La même année
Bent Sørensen m’avait donné deux œuvres
à étudier : un classique et un contemporain. Le
contemporain était le deuxième quatuor de Ligeti et le
classique était La Suite Lyrique d’Alban Berg. De voir La Suite Lyrique - un quatuor complètement dodécaphonique – comme
classique était presque incompréhensible. Et en plus de
découvrir la beauté de Ligeti, une musique sans
mélodie, sans tempo, sans harmonie. Quand j’ai
demandé à Bent s’il fallait étudier
Beethoven et les vieux classiques, il m’a répondu que
ça n’avait aucun intérêt. Il m’a
replacé dans ma propre époque. Cette même
année, j’ai participé à un projet ou
l’on jouait la musique de Virgin Beauty de Ornette Coleman.
Après, ce n’était plus possible de se contenter
à remplir les styles mainstream de jazz et autres. Il fallait
conquérir les grandes plaines de musique contemporaine et en
même temps essayer de me trouver moi-même et ma propre
façon de faire de la musique.
En 1996 j’ai été atteint par un cancer. Pendant la
période de traitement (opérations,
chimiothérapie), j’ai joué un concert avec Niels
Petter Molvær. Niels Petter est un musicien que j’ai
beaucoup admiré, et c’était un grand truc de jouer
avec lui. Mais le fait que j’étais malade et que je me
posais des questions bien sérieuses sur la vie, faisait que,
pendant le concert, je jouais seulement pour le plaisir de jouer. Que
se soit Niels Petter ou pas, avec qui je jouais n’avait aucune
importance. Ce fût le meilleur concert de ma vie. Bref.
Après je n’ai pas eu peur de jouer ce que
j’entendais à donf. On peut aimer ou pas, mais c’est ce que
je fais. Basta !
Un autre bouleversement fût le disque La part de l’ombre de François Merville. C’était un jazz complexe,
atonal, super fort, et complètement inconnu pour moi.
C’était une musique qu’il fallait travailler. Un
jazz après le modernisme. Ce disque représente le
coté admirable du jazz français.
Le dernier grand bouleversement a été d’avoir un
fils. Tout d’un coup, j’étais responsable de
quelqu’un qui était – et reste – plus
important que moi-même. D’un jour a l’autre
l’idée d’avant-garde, de l’art et de sa grande
importance, les mythes des grands artistes (et le désir
d’en devenir un), toutes ces idées grandes et abstraites
se sont évaporées : Tout d’un coup mon travail est
devenu beaucoup plus personnel. "Fait ton truc et fait le bien". Ce
n’est pas le plus simple.
Ton univers est
très singulier et incorpore une foule d'éléments
stylistiques différents. Comment es-tu arrivé à
cette synthèse ?
J’utilise des
éléments stylistiques très divers c’est
vrai, c’est même une caractéristique de ma
façon de travailler. Je pense que l' on peut dire que
c’est d’abord parce que je suis très curieux et que
j’adore découvrir les possibilités que donne chaque
style. Une autre raison est que toutes les musiques sont maintenant
disponibles, faisant de nous – chers concitoyens – les
héritiers de toutes les cultures existantes à la fois.
C’est exagéré évidemment, mais il est
certain que la logique nationale et exotique a perdu sa valeur. Nous
sommes quotidiennement entourés par toutes les physionomies de
la planète. Et selon nos lois, nous avons tous les mêmes
droits pour choisir notre cercle d’amis ou
d’intérêts. Nous pouvons – et c’est
même un devoir – choisir notre propre destin. Un juif peut
adhérer au Front National (ce n’est pas un devoir).
En réalité, la réaction nationaliste fait tout
pour garder les hégémonies soi-disant ethniques : si tu
as des racines arabes, tu es forcément musulman et peux donc
être représenté par un imam, etc., à
l’infini. Dans les mondes de la musique, c’est pareil : la
valeur culturelle spécifique de chaque style a perdu son
exclusivité. Tout le monde peut s’approprier
n’importe quelle tradition. Ici aussi la réaction fait un
combat acharné (et désespéré) pour garder
les styles purs (ce qu’ils n’ont d’ailleurs jamais
été) en feignant des oppositions absolues entre disons le
swing, le trash-metal, et la musique classique contemporaine.
Il faut bien sur être conscient que toutes ces batailles autour
des styles sont dues au fait que l’adhésion à un
style représente pour beaucoup de monde (sûrement la
majorité) un choix d’identité. Il s’agit donc
pour eux non pas d’un intérêt pour la musique en soi
et d’une écoute profonde, mais d’un pilier dans leur
lutte pour s’affirmer et se trouver une identité et une
place dans la société. Ainsi quand on parle de styles, on
parle en fait de mythes et de mythologies. Quand nous, les musiciens,
mélangeons les signes, ça cause évidemment
beaucoup de problèmes et l’on rencontre souvent des
réactions très agressives. Parce que ce qu’on fait
en mélangeant librement les styles montre notre manque de
respect pour toutes les mythologies, et ainsi notre manque de respect
pour les valeurs qui rendent la vie compréhensible et
cohérente pour beaucoup de personnes. Pour moi et pour plein
d’autres musiciens maintenant, les styles représentent un
fond de matériaux que l’on peut utiliser à
volonté.
Cela dit, il s’agit d’un travail constructif et non pas
d’un jeu de collage. J’ai été fasciné
par le jazz et tous les guitaristes du jazz de Johnny St. Cyr à
James Blood Ulmer. J’est toujours été conscient que les
musiciens représentaient différents stades dans une
évolution musicale. On pourrait écouter les musiciens de
l’époque swing, (Benny Carter), be-bob (Joe Pass),
avant-garde (Blood), et après (Scofield, Gismonti, Towner
etc..). Chacun était crédible, fort. Mais les
nostalgiques de dixieland me semblaient ridicules et ringards.
Entouré par toutes ces possibilités, c’est
difficile de s’imaginer comment on peut se frayer un chemin et
perpétuer les découvertes des anciens en ajoutant quelque
chose. Surtout dans les milieux jazz où l’orthodoxie
semble être la qualité suprême. La rencontre avec la
musique contemporaine était pour moi une
révélation: la tradition moderne de composition avait,
avant même ma propre naissance, laissée derrière la
tonalité, les tempos, les gammes, les mélodies et
était arrivé à construire de la musique
inouïe dans une extrapolation des cinq cent dernières
années. Chaque compositeur devrait dénicher et construire
son propre langage. La rencontre avec l’atonalité a
été bouleversante et déterminante.
C’est important de comprendre ce que c’est
l’atonalité. La tonalité est un système qui
donne une valeur (ou plutôt une énergie) à chaque
note en relation avec la fondamentale. L’énergie
d’une note dépend de la distance entre elle et la
fondamentale. Ainsi la quinte ne crée pas beaucoup
d’énergie alors que le septième et encore plus les
notes en dehors de la gamme en créent beaucoup. Cette
hiérarchie des notes crée un espace – une
pièce – dans laquelle on peut naviguer en jouant sur les
différences de niveau d’énergie entre les notes.
Avec l’atonalité, on a aboli la fondamentale. Ainsi on a
aboli la hiérarchie entre les notes : chaque note est son propre
centre de gravitation. Cela veut dire que le musicien ne dispose plus
d’un espace tonal pour créer la tension et le
développement de la musique. Ce fait force le musicien à
se tourner vers d’autres paramètres de la musique pour
construire les espace et trouver les relations
énergétique qui fournissent les éléments de
base de la musique. Il peut s’agir de la métrique, la
rythmique, les timbres, le temps, les densités…
etc…., mais il faut trouver quelque chose.
Étant un musicien de jazz, mon intérêt principal
était de pouvoir jouer la musique (un jazzman est compositeur et
interprète à la fois). Il est impossible
d’improviser des œuvres parfaites selon les systèmes
sériels. Par contre on peut s’approprier ce langage et
jouer avec. Au moment où je découvrais la musique atonale
et travaillais les pièces de Schönberg pour piano en
cherchant les manières de pouvoir improviser dans cet univers
(un large univers qui couvrait toute la musique classique du
vingtième siècle avec Schönberg, Ligeti,
Nørgaard, Stockhausen comme les piliers principaux), j’ai
rencontré Derek Bailey. Et sa façon de jouer me faisait
dire : "eh voilà, il a développé ce que je
cherche". Mais comme Derek - et avec lui tout un milieu de musiciens
– jouait déjà cette musique, il fallait se
l’approprier et continuer à chercher d’autres
pistes. La direction s’est présentée toute seule.
La musique atonale et la musique improvisée a tellement
renoncé aux éléments traditionnels et fondamentaux
de la musique (mélodie, swing, harmonie, tempo), qu’il me
semblait évident de voir comment on pouvait utiliser ces
qualités dans un esprit avant-gardiste. Ça
m’intéresse toujours beaucoup de marier des
éléments très éloignés pour pouvoir
retirer des sons et des idées vierges dans la confrontation de
premier degré entre matières : comment jouer un country
western atonal ? comment jouer du funk sans tempo ? comment faire un
rock sans métrique ? comment avoir la sensation d’un
développement harmonique sans utiliser des harmonies ? Il y a
tout le temps des nouvelles questions qui se posent.
Avec la rencontre avec Louis Sclavis la tonalité est revenu dans
mon jeu. Revenir à la musique tonale, avec 15 ans
d’atonalité comme bagages, m’a donné une
sensation de libre tonalité : tonalité, libre
tonalité et atonalité existent simultanément comme
des possibilités dans tout ce que je joue. Un
élément central dans ma musique est de ne pas me
répéter. Ni dans le cours d’un concert ou
d’un disque, ni dans le trajet de ma vie. Une fois que j’ai
utilisé une technique ou que j’ai présenté
une certaine atmosphère, il faut aller vers d’autres
chose, chercher ailleurs. Ça me force évidemment à
utiliser tous ces différents éléments
stylistiques. Mais aussi ça rend nécessaire de faire des
disques assez souvent pour fixer les étapes de travail et ainsi
me libérer de certains matériaux pour continuer.
J’ai découvert qu’en fait, je travaille avec les
mêmes choses depuis toujours, je retourne aux sujets que je
pensais avoir laissés derrière moi. Mais le fait de
toucher à plein de chose illumine les points centraux de
différents angles et cela fait que je n’arrête pas
d’apprendre de nouvelles choses sur la musique.
C’est une longue réponse, mais ça donne une
idée de ma façon de travailler et de développer ma
musique. Même si ma musique paraît contradictoire en
surface ce sont toujours les mêmes préoccupations qui
gouvernent. Au fur et à mesure, je me sens capable de suivre mes
intuitions librement sans être freiné par les multiples
contraintes stylistiques. Je suis maintenant capable de jouer ma propre
musique.
Dans ton travail et ton univers musical as-tu des références précises ?
Beaucoup. Pendant les
années d’apprentissage, j’essayais de
m’approprier le jeu d’une personne :
l’exubérance de Paquito de Rivera, la fluidité et
la dissonance de John Scofield, le swing de Joe Pass - la liste est
sans fin - ainsi que le son de certaines formes de musique. Comment
faire sonner ma guitare comme une orchestration pour chordes de Per
Nørgaard, comme Kontakte de Stockhausen.
Plus récemment
j’ai essayé de produire des sons plus produit/pop et voir
comment ces sons peuvent s’intégrer dans une musique
plutôt improvisée. De plus en plus les
références sont ma propre musique. Je me suis
aperçu que ce sont les mêmes problèmes qui
m’occupent depuis toujours. Quand je joue, les
références sont mes points de navigation : ensemble elles
constituent mon langage musical : maintenant il faut utiliser un son
seventies comme Led Zep, comme Keith Richards, comme Terje, ou
plutôt vieux jazz, ou rockabilly ou jazz année 80
(Abercrombie), avec une mélodie simple (Ornette), expressive
(saturée; forte), atonale (Webern, Derek), pentatonique
(Coltrane), en quarts atonaux (Galper, Brecker), minimaliste (B. Beins,
K. Knudsen), etc., etc., etc. J’utilise aussi beaucoup de mots
techniques pour me référer.
Je trouve que
c’est une nécessité de développer son
vocabulaire musical. Il faut pouvoir décrire la musique pour
pouvoir l’analyser et la comprendre. Et plus tard pour pouvoir
communiquer aux autres musiciens ce que l’on veut qu’ils
jouent.
Que représente le jazz pour toi ? Est-ce un terme pertinent pour décrire ta musique ?
Le Jazz est un esprit, une
façon d’aborder la musique : Le jazz est la seule
tradition qui oblige chaque musicien à trouver et à
développer sa propre façon de jouer. Le Jazz est une
très belle tradition. Je me sens comme un jazzman, même si
ma musique est mal vue dans les milieux orthodoxes du jazz. Mais cette
intolérance fait partie de la tradition aussi.
Évidemment, quand on dit « jazz » la majorité
de gens pense « Louis Armstrong ». Affirmer que ma musique
est du jazz crée des difficultés. Les expressions comme
musique expérimentale, avant-garde, musique improvisée,
free jazz sont toutes devenues des styles historiques et sont donc trop
étroites. Chaque mot couvre seulement une partie de ce que je
fais. Un collègue - Steffen Poulsen - m’a dit que pour
bien jour du jazz, il faut être un peu sentimental. Je pense que
c’est vrai. Le jazz ne peut pas être parfait. C’est
une musique bâtarde qui se laisse influencer par tout. Quand on
joue, on fait de son mieux, mais on se laisse tout le temps tenter par
des défauts comme de rajouter un peu trop, de faire ce
qu’on pense que le public aimerait entendre, on se laisse
distraire par des idées et on change de direction. C’est
une musique vivante créée sur place. Et oui, je me sens
comme un jazzman.
Comment as-tu
décidé de t'installer en France ? Les scènes
scandinaves et françaises sont-elles très
différentes ?
Le Danemark est un pays impossible
quand il s’agit de créer sa propre musique. Il n’y a
aucun respect pour la musique comme art vivant. Je suis venu en France
en 1998 après quelques visites où j’avais
rencontré des musiciens comme François Merville,
Christophe Marguet, Bertrand Denzler, Guillaume Orti, Fred Galiay et
plein d’autres. Paris est un lieu où il y a
énormément de création. Et beaucoup de respect
pour l’art. Le fait de voir Derek Bailey jouer devant 800
personnes à Banlieues Bleues était un vrai choc.
Au
Danemark, well, ça ne change pas. Personne ne fait un travail de
fond pour faire connaître le jazz contemporain. Il faut que la
musique soit assez populaire, voire populiste pour quelle marche
là-bas. Le musicien qui malgré tout essaie de faire une
musique plus pertinente doit accepter d’être
complètement marginalisé.
La scène en
Norvège est par contre très originale et vivante. Je
pense que c’est un des pays du monde du jazz qui produit le plus
de musiciens intéressants pour le moment. La Suède est
très professionnelle. Les Suédois sont beaucoup plus
tournés vers le monde que les Danois et les courants de
musiques contemporaines ont toujours été bien
implantés en Suède. Par contre ils n’ont pas
l’originalité des Norvégiens.
Les Finlandais
– j’adore la Finlande. C’est un jeune pays. Ils sont
très frais. Ils font des choses complètement inattendues.
Je suis venu en France par hasard. On m’a prêté un
studio à Odéon. Quelques mois après mon
arrivée, Benoît Delbecq m’avait invité
à jouer aux Instants Chavirés, et le fait qu’il
existait des musiciens comme Gilles Coronado et Guillaume Orti - parmi
plein d’autres – m’avait vite convaincu qu’il
fallait vivre en France. En plus, j’ai rencontré ma femme
ce soir-la. C’était quelque chose. Un monde plein de
possibilités. Un ciel plus élevé qu’au
Danemark.
Quelles sont les formations dans lesquelles tu joues actuellement ?
Sound of Choice : c ’est mon
groupe depuis 1991. On se connaît. Avec le batteur Lars, nous
avons joué ensemble depuis l’âge de vingt ans. On se
comprend complètement. Si c’était possible, je
jouerais tout le temps avec ce groupe. Notre disque Rugby In Japan est mon chef-d’œuvre. Je suis extrêmement fier de ce disque.
Das Kapital, qui est un "super-group",
complètement improvisé : Daniel Erdmann et Edward
Perraud sont des musiciens super forts et créatifs. Avec Das
Kapital, nous allons créer Wonderland en novembre cette année à Poitiers et en Allemagne. Wonderland est un spectacle improvisé avec le cinéaste Nicolas
Humbert et le vidéaste Martin Otter. Ça va être
énorme. Avec Das Kapital, nous avons créé le label
QUARK records pour pouvoir sortir notre musique comme et quand nous le
désirons. Nous avons fait 99 boîtiers en bois contenant
quatre disques CDR, il y a une année. Ces boîtiers ont
très vite été vendus, ce qui a financé
l’enregistrement de notre premier disque d’usine : All Gods have children qui vient de sortir. Il nous reste beaucoup de bonne musique de cette
séance, donc on va faire un nouveau boîtier artisanal
spécial avec des sélections choisies.
Speeq est un quartet qui a été créé cette
année à Banlieues Bleues, avec Marc Sanders (batterie),
Luc Ex (basse) et Sidsel Endresen (voix). Ça peut devenir un
très grand groupe. Les deux concerts que nous avons
donnés se sont très bien passé. Nous allons jouer
à Strasbourg le 24 novembre.
Le duo Søegaard Poulsen : Fredrik Søegaard est un de
mes plus grandes inspirations. Il est quelqu’un
d’incroyable. Il lit les philosophes comme Adorno, Baumann,
Bourdieu – et après il peut expliquer leurs idées
à tout le monde. Clairement et simplement. Il est
complètement mordu par le modernisme, par maintenant, par la
liberté, par la vie. Et il transforme tout ça en musique.
Hélène Labarrièrre Quartet, avec Christophe
Marguet et François Corneloup : c’est un groupe que
j’aime vraiment. Hélène a écrit des super
morceaux, et c’est un régal de jouer avec tous les trois.
Un jazz, un vrai jazz.
La Compagnie Homme de Terre est la compagnie de ma femme Claudia
Poulsen. Elle est marionnettiste et comédienne, et écrit
des pièces qu'elle met en scène. Nous avons fait une
adaptation de l’Ombre de H.C. Andersen pour nous deux, il y a quelques années.
J’attends impatiemment qu’elle ait le temps de mettre en
route un autre duo. Depuis, elle a fait deux spectacles autour de
performances Fluxus où participaient pas mal de personnes.
Napolis Walls et Big Napoli : c ’est très impressionnant
de jouer dans les groupes de Louis Sclavis. C’est intense et
musclé, et Louis demande une grande précision dans sa
musique.
Roy–Poulsen–Chevillon avec Guillaume Roy et Bruno Chevillon
: nous jouons une musique improvisée acoustique. C’est
magnifique. Guillaume a rassemblé un sextet autour de ce trio
– le Guillaume Roy Sextet – mais je pense qu’il faut
recommencer à chercher des concerts pour le trio.
Titanic : un duo avec le guitariste danois Pierre Dørge. Nous
jouons les grands tubes pour la guitare comme Black Bird, Jeux Interdits, Satisfaction, Stairway to Heaven, Nuages, Seven come Eleven, Hey Joe…. C’est très anarchiste et amusant.
En ce qui concerne Sound Of Choice (et notamment votre dernier disque Rugby in Japan),
à l'écoute on a l'impression d'une totale liberté,
que vous ne vous fixez aucune limite au préalable.
Nous n’avons pas de but
précis avec notre musique. Nous voulons transformer nos
impressions du monde, de nos vies en musique. Nous ne cherchons pas un
succès commercial. Mais seulement et exclusivement de faire de
la musique pour notre plaisir.
La discussion sur le thème de la
liberté est intéressante : on parle le plus souvent de
liberté comme une liberté de. Dans le free jazz, on
n’est plus limité par les restrictions harmoniques du
be-bop. Les libéraux ne veulent pas payer des impôts. Ils
veulent être libre de. C’est une liberté
négative. La liberté négative est
nécessaire, mais laissée seule elle devient une
liberté sans responsabilité et mène directement au
totalitarisme.
Le deuxième niveau est la liberté positive
: La liberté pour. C’est la liberté de faire des
choix, choisir son propre chemin, définir son avenir. Dés
que l’on a fait un choix on est limité par ce choix. Et
donc on n’est plus libre de sa responsabilité. C’est
compliqué. Mais cette relation entre liberté
négative et positive est un élément central dans
le processus artistique. Avec Sound of Choice nous avons fait beaucoup
de choix–beaucoup de libertés de et pour– maintenant
ces expériences nous permettons de jouer notre propre musique.
Ce qui est très satisfaisant.
A propos de Das Kapital,
j'ai lu su le site du festival Jazz à Mulhouse que « l'on
pouvait définir ce groupe comme la rencontre de Tom Waits avec
Karl Marx ». Qu'en penses-tu ?
Comme métaphore ce
n’est pas mal. Ça crée une ambiance sympathique qui
englobe toute une culture de gauche, avec une bonne portion de
nostalgie. Waits est extrêmement sentimental et le marxisme fait
un peu « bon vieux temps » aujourd’hui. (Je ne pense
pas à Staline, Mao et tous ces tyrans, mais à une
époque où il était possible de rêver
d’un monde meilleur). Comme dit Nicolas Humbert : un des grands
défis de notre époque est de définir un projet
rassemblant la gauche, et en musique de défendre le droit de
faire de la musique créative et expérimentale, insister
sur ses qualités supérieures à celles des produits commerciaux.
Quel est ton dernier choc musical ?
Four Walls et Radiohead ont
été mes deux plus grands chocs les derniers dix ans.
Roof/Four Walls joue une musique fantastique qui englobe tout.
C’est beau, fort, surprenant, original. Incroyable. Radiohead
fait une musique pop super bien produite, avec des belles compositions
en utilisant beaucoup de fantaisie dans les arrangements des morceaux.
Projets en cours, futurs ? Prochains concerts, disques ?
Cinema Scandinave : Je vais enregistrer un sextet avec des compositions dans le genre Sclavis avec des musiciens Scandinaves. Cinema Scandinave va être enregistré par la radio danoise début
décembre.
En solo : je suis en train de préparer un
disque de compositions joué à la guitare acoustique.
Récemment j’ai commencé à bœuffer avec
Stéphane Payen et j’espère qu’on va trouver
une forme pour jouer ensemble. J’aime vraiment sa musique et il
est très personnel. D’une certaine manière il est
assez loin de ce que je sais faire et malgré tout assez proche.
À Luz St. Sauveur cet été, j’ai
rencontré le saxophoniste allemand Frank Gratkowski, et nous
allons jouer un concert en duo en décembre. Je pense qu’il
est quelqu’un avec qui je peux bien jouer et donc j’ai des
grands espoirs de ce concert. Jazzosphere m’a demandé de
participer à un disque pour célébrer leurs dix ans
d’existence. Le projet s’appelle Musique & Univers Imaginaires et va être enregistré en janvier.
Marshmallows and Yellow
Fever : Je travaille un projet de chansons et je viens juste de trouver
comment chanter et comment faire sonner la musique. Je travaille
ça le plus souvent possible avec le contrebassiste Henrik
Simonsen. Dans le groupe, on va trouver Edward Perraud et Gilles
Olivesi. C’est bouleversant.
Avec le trio LIN Ensemble je vais
faire un projet d’écriture. Lin est un trio piano,
violoncelle clarinette qui depuis 25 ans est un ensemble central de la
scène de musique contemporaine au Danemark. Je vais
écrire des pièces pour le trio tout seul et pour le trio
avec moi. Comme c’est un groupe que j’admire depuis
toujours c’est un grand défi. Ce sera pour fin
2007 - début 2008. Je viens de recevoir une commande
pour écrire 20 minutes de musique pour un orchestre de
percussions avec Henrik Simonsen comme soliste à la contrebasse.
Le concert va être présenté dans quatre ou cinq
pays en Europe et à un festival aux Etats-Unis.
Ensuite, il y a plein de chose que j’aimerais faire. Et que je vais faire.
Propos recueillis par Pierre Villeret
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