Siegfried Loch

Fondateur et patron du célèbre label allemand ACT Records, au si impressionnant catalogue, Siegfried Loch a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions.

Qu’est-ce qui vous a amené au jazz, et quels furent vos premiers héros ?

Ma famille a quitté la RDA pour l’Allemagne de l’Ouest en 1954. En 1955, je suis allé écouter un concert de Sydney Bechet sans savoir ce que j’allais entendre. L’homme et sa musique m’ont frappé comme la foudre, et à cet instant précis, je suis devenu un fan de jazz (sans savoir encore ce que c’était). Plus tard, j’ai formé mon propre groupe, de dixieland, "the Red Onions". Tout a commencé comme cela.

Vous avez travaillé dans l’industrie du disque pendant de nombreuses années, qu’est-ce qui vous a poussé à créer votre propre label en Allemagne ?

Mon talent en tant que batteur avec "The Red Onions" n'était pas à la hauteur de mes ambitions et j’ai décidé de chercher ma voie dans l’industrie du disque et de devenir producteur. J’ai débuté comme commercial pour EMI Allemagne en 1960, puis je suis devenu directeur du département Jazz chez Philips-Phonogram. J’ai enregistré mon premier disque de jazz avec le saxophoniste Doldinger en 1963. Ce n’est que bien plus tard que j’ai décidé de créer mon propre label de jazz. Toutefois, avant cela, ma carrière a continué. J’ai été directeur de Liberty / United Artist Records, puis de WEA Allemagne (de 1971 à 1982) et Président de Warner Europe (de 1982 à 1988). Quand mon mentor et père spirituel, Nesuhi Ertegun a pris sa retraite, j’ai décidé d’écouter mes envies en quittant Warner pour fonder mon propre label.

Comment choissisez-vous les artistes et les projets avec lesquels vous allez travailler – comme, par exemple, le trompettiste Écossais Colin Steele ?

Durant toute ma carrière, je n’ai jamais cru qu’il fallait miser sur des talents établis et reconnus, mais qu’il fallait au contraire continuellement en chercher et en trouver de nouveaux. Dans cette optique, vous devez rester curieux et attentif aux nouveaux artistes et formes artistiques en devenir. Mais je ne peux soutenir la carrière d’un musicien que si je crois personnellement en son talent et en sa capacité à atteindre un public. Un artiste doit aimer son job autand que j’aime le mien (et il faut que j’aime ce qu’il fait !). Colin Steele en est le plus parfait exemple. Il est très talentueux, a beaucoup à dire musicalement, et il a vraiment un truc !

Y-a-t’il des disques dont vous êtes spécialement fier ?

Le dernier disque est toujours celui que j’aime le plus. Mais je suis fier des talents que j’ai découvert durant ces quarante-cinq dernières années, des artistes tels que Klaus Doldinger (1963), George Gruntz (1964), Attila Zoller (1965), Joachim Kühn (1975), ou des musiciens de ACT Records, Nils Landgren, Esbjörn Svensson, Nguyên Lê, Ramón Valle, Viktoria Tolstoy, Rigmor Gustafsson, Rebekka Bakken, et ma dernière découverte : Michael Wollny (chroniqué sur macao, ndm). Je suis aussi comblé d’avoir découvert des artistes majeurs de la pop en Allemagne, comme Katja Epstein et Marius Müller Westernhagen, sans oublier mon engagement au sein du Star Club de Hambourg, la série American Folk Blues recordings (1963 - 65), et les projets ACT que sont Jazzpana (Vince Mendoza) et Europeana (Joachim Kühn, Michael Gibbs).

Qui auriez-vous le plus aimé enregistrer ? Qui aimeriez-vous le plus enregistrer dans l’avenir ?

Aujourd’hui, je ne sais pas, mais je me dois de rester attentif à tout ce qui se passe.

Quels sont vos projets à venir et vos nouveaux enregistrements ?

Je veux continuer à soutenir nos jeunes talents du jazz allemand, comme Michael Wollny. Mon prochain challenge sera la série « Piano Works », dont les quatre premiers disques seront réalisés en solo par Joachim Kühn, George Gruntz, Kevin Hays et Ramón Valle, à partir d’octobre. J’ai été passionné par les premiers enregistrements de Peter Apfelbaum, au début des années 90. Je viens de parler avec lui d’une reformation de son groupe de 1995, et je suis très heureux de produire son « New Your Hieroglyphics », en octobre également. Le point culminant de la saison 2005 sera le nouvel album de Nils Landgren avec Joe Sample (enregistré à la Nouvelle-Orléans) en Novembre.

Comment voyez-vous l’état du « marché du jazz » actuellement, et qu’est-ce qui selon vous pourrait l’aider à se porter mieux ?

En ce qui me concerne, le jazz est une musique d’individualités pour des individualités. De la même façon, le jazz a également toujours été promu par des individus. Cela n’a pas changé, et je crois que c’est la meilleure méthode pour porter cette musique jusqu’au public dans l’avenir.

Voyez-vous les nouvelles technologies comme une menace ou comme une opportunité ?

À mon âge, ce qui m’intéresse est d’aider des artistes à créer de la bonne musique, à destination du plus large public possible. Les nouvelles technologies sont pour la jeune génération. J’ai à peine su comment envoyer cet e-mail !

Propos recueillis par Pierre Villeret

www.actmusic.com