Andy Laster

New & used

Au sein de la formation "Hydra" (avec Herb Robertson, Drew Gress et Tom Rainey), dans une relecture de l'oeuvre de Samuel Beckett ou un projet sur la musique d'un compositeur égyptien : le saxophoniste new yorkais est à l'aise partout. Son travail s'articule autour de la déconstruction et de la non-narration...

Tu as étudié le jazz à Seattle pour venir ensuite à New York en 1985. Que représentait la scène new yorkaise pour un jeune musicien ?

J’habitais dans East Village, j’ai donc pu y écouter pas mal de groupes en marge du style habituel. Jameel Moondoc, Tim Berne and John Zorn jouaient pas mal dans le coin. Et en plus la Knitting Factory ouvrait juste : j’y ai entendu Steve Coleman avec Dave Holland et Kenny Garrett avec Woody Shaw. Mais la plupart des jeunes musiciens que je fréquentais à cette époque étaient dans le bop, comme moi d’ailleurs…

Au cours des années 90, avec Dave Douglas ou John Zorn tu as fais partie de cette scène new yorkaise « downtown », notamment par le biais de « New & Used ». Quelle était la direction artistique de ce collectif (Dave Douglas, Kermit Driscoll, Mark Feldman, Andy Laster, Tom Rainey) ?

Il n’y avait pas de direction artistique établie ou voulue. La seule direction est celle qui est née de notre volonté de travailler ensemble comme une coopérative. Il y avait une bonne alchimie entre nous. Nous voulions aller dans le sens du travail des autres formations « downtown », tout en gardant des attaches fortes avec la tradition du jazz. Avec du recul, il y avait dans notre travail une approche globale de l’écriture, comme si chacune de nos compositions concentrait des multitudes de styles. Et nous étions très peu concernés par les transitions entre chaque morceau ! cette musique fonctionnait sur le principe du copier / coller.

L’album « Interpretation of Lessness » s’appuit sur l’œuvre de Samuel Beckett. Peux tu nous parler plus précisément de ce travail et d’une manière générale, de la relation qui unit ta musique avec les autres arts ?

L’inspiration de ce disque « Interpretation of the Lessness » vient effectivement d’un texte de Samuel Beckett « Lessness » (sans en français). J’ai toujours adoré Beckett, et au départ j’ai été fasciné par ce texte brillant, l’utilisation des couleurs et sa qualité non-narrative. Par la suite, j’ai appris qu’après la publication de ce livre Beckett a donné une clé pour saisir sa construction, qui explique une méthode quelque peu hasardeuse d’arranger les 60 phrases en 24 paragraphes. Mon idée était de modifier la méthode de Beckett pour construire une pièce. Avec le temps et des longues heures de réflexion, ces plans ont été mis de côtés et j’ai orienté mon travail vers la composition de pièces courtes basées sur l’imaginaire de Beckett.

Depuis « Interpretations of Lessness », je n’ai pas composé de jazz directement inspiré par la littérature ou la peinture. Mais j’ai écrit par le passé de la musique de chambre dont « La Flagellation » de Pierro della Francesco » et des œuvres de Morandi étaient des points de départ.

Peut on dire que ton approche du saxophone vient d’une école Dolphy/Coleman/Bartz ?

Mes premières influences sont celles de Cannonball, Charlie Parker, Johnny Hodges et Maceo Parker. Ensuite viennent Dolphy et Bunky Green pour le son.

La paire Drew Gress / Tom Rainey semble être ta section rythmique favorite…

Nous travaillons ensemble depuis beaucoup d’années, et je pense que le courant passe bien…Il y a quelques difficultés rythmiques dans les partitions d’Hydra : Drew et Tom relèvent et gagnent à chaque fois le défi…

De prochains enregistrements à venir ? Des projets ?

J’ai de la matière pour un nouveau disque avec Hydra et Lessness. Il me reste juste à trouver un nouveau label. Je viens en Europe avec « Topaz » d’Erik Friendlander et « Balling the Jack » de Matt Darriau. Mais pas de dates prévues en France avec mes formations. En ce moment je travaille sur un nouveau projet basé sur la musique de Zaki Murad, un musicien égyptien qui a enregistré dans les années 1930, et qui jouait dans les cafés du Caire. Quoi d’autre ? Je joue beaucoup de clarinette…

Propos recueillis par Jean Delestrade