François Cotinaud

"L'improvisation se refuse à toute fixation"

Membre du collectif Alka, le saxophoniste nous parle de son nouveau projet autour des texte de Raymond Queneau : exercices de style..

Le choix des textes de Queneau s'est il imposé de lui même: les textes sont venus nourrir des idées de compositions en travail ou la lecture de Queneau a déclenché des envies de compositions ?

J'ai choisi Queneau à cause d'une affinité, datant de mon adolescence, avec la littérature insolite et l'absurde dans l'art. Je commence toujours par apprendre le texte par cœur jusqu'à ce que je ressente un espace sonore propre au texte. Puis je me demande qui dans l'ensemble Text'Up pourrait le mieux s'approprier cet espace, et comment y associer une analogie musicale et un cadre, qui mettent en valeur à la fois le texte et l'improvisateur.

Queneau prend un malin plaisir à jouer avec la syntaxe, à se jouer des conventions et des schémas habituels. La voix et la présence de Pascale Labbé, outre son talent de musicienne, ne facilite-t-il pas la compréhension de votre travail? la voix ne joue-t-elle pas un travail de médiation entre le texte et la musique ?

Oui, exactement, car la voix est à la charnière entre l'oralité de la littérature, et le chant dans la musique. De plus, par le truchement de l'improvisation autour du texte original, on souligne le mouvement inhérent d'un texte comme si on faisait revivre les errances du poète avant qu'il ne fixe définitivement l'ordonnance des mots. L'improvisation instrumentale, s'il n'y avait la photo de l'enregistrement, se refuse à toute fixation : aujourd'hui je le dirais comme ceci, demain comme cela. Parce que nous ne ressentons jamais les mêmes choses de la même manière. Dans "mille milliards de poèmes", Queneau laisse au lecteur la possibilité d'ordonner les strophes à sa guise, tout en conservant une tonalité générale choisie par l'auteur.

Dans votre parcours de musicien, quel a été le rôle du collectif Alka?

Un ancrage régional qu'il est plus difficile d'obtenir en Ile-de-France qu'en Champagne-Ardenne, compte tenu de la densité des évènements culturels en région parisienne. Nous nous organisons de manière à produire et diffuser nos projets, mais aussi accueillir d'autres artistes et créer des réseaux de diffusion et d'échange : les "Improvisables" à Saint-André-les-Vergers, nous participons à Aube Musiques Actuelles, et au réseau Densité93 (en Seine Saint-Denis). Les institutions et les collectivités locales se sont rendues compte de l'importance des collectifs d'artistes pour garantir et pérenniser une meilleure qualité des propositions artistiques.

Le projet autour de Queneau semble bien fonctionner: un disque, des dates... Les projets à venir ?

Le CD "François Cotinaud fait son Raymond Queneau" est donc sorti en octobre (distribué par Mélodie), et notre projet est bien accueilli en France, et dans le réseau des Centres Culturels Français à l'étranger. Dans le cadre du centenaire de la naissance de Queneau en 2003, nous avons de nombreuses demandes de la part des médiathèques, qui sont devenues de véritables lieux de représentation et répondent parfaitement à notre désir de réunir texte et musique. Dans l'avenir, l'ensemble Text'Up envisage de proposer à d'autres compositeurs, intéréssés par la relation entre l'écrit et l'oral, entre la poésie et l'improvisation musicale, de nous écrire de nouveaux répertoires.

Propos recueillis par Jean Delestrade

www.jazzbank.com