Ellery Eskelin

Jazz Trash ?

Le saxophoniste américain est au centre de la dynamique qui anime la scène jazz actuelle. En trio avec Andrea Parkins et Jim Black, il défriche le jazz d'aujourd'hui et celui de demain...

Le free jazz est (était ?) un mouvement de contestation. Y a t’il par conséquent une manière particulière de le jouer ?

Je crois qu’à présent le free jazz des années 1960 a définitivement acquis un statut « historique » dans la tradition musicale comme le be bop ou d’autres styles plus anciens. Et par conséquent, il y a donc bien une méthode pour le jouer. D’un point de vu artistique, le free jazz a influencé de nombreux musiciens et ouvert de nombreuses voies ; et il y a encore des musiciens qui mènent une démarche musicale très forte et personnelle : mais il a une distinction a faire entre free jazz et libre improvisation…

Concernant le trio que vous formez avec Jim Black et Andrea Parkins, on qualifie souvent la façon dont vous abordez votre instrument comme « trash », dans le sens votre jeu s’entoure de silence et de surplus qui ont un sens musical.

Concernant le terme « trash », je crois qu’il ne faut pas trop le prendre trop au sérieux. C’est seulement une référence à la façon dont nous avons joué cette composition « Jazz Trash » (un des titres de l’album éponyme daté de 1995). La musique y était livrée d'une façon très brute et presque « négligée », d’où le titre. Mais je ne crois pas que mon jeu ou ma musique soit "trash".

Vous jouez avec le trio de Daniel Humair. Parlez-nous de votre travail et plus particulièrement de la relation que vous entretenez avec Marc Ducret.

Je suis le travail de Daniel Humair, Marc Ducret et Bruno Chevillon depuis plusieurs années. Nous nous sommes croisés avec Daniel à plusieurs reprises et notamment au Festival « Jazz au fil de l’eau » de Parthenay : j’étais avec mon trio et lui avec Evan Parker et Henri Texier. De cette rencontre est venue une invitation pour enregistrer avec son groupe : je crois qu’il m’a convié à cet enregistrement parce qu’il cherchait un saxophoniste qui était un peu…différent ! C’est au cours de cette session que j’ai ressenti des affinités avec Marc Ducret dans son approche de la musique. Nous nous comprenons parfaitement et nos langages musicaux s’accordent bien.

Avec quels musiciens français aimeriez-vous travailler ?

Je suis encore en découverte de la scène française d’improvisation et je reste persuadé que cela va déboucher vers de nouvelles rencontres. J’ai notamment déjà travaillé avec le violoncelliste Vincent Courtois.

Propos recueillis par Jean Delestrade

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