Alban Darche

Interview du très actif saxophopniste nantais, à l'occasion de la venue de QuartEthno aux Flaneries Musicales de Reims.

Je vais faire très original, peux-tu nous présenter ton parcours ?

J'ai un parcours tout à fait classique: j’ai commencé l'étude du saxophone et du solfège ainsi que de la musique de chambre au CNR de Nantes dès 7 ans. Pendant cet apprentissage, j'ai découvert le jazz en compagnie de Geoffroy Tamisier à 12 ans. Nous avons alors monté ensemble nos premiers groupes et continuons depuis de jouer dans de nombreux projets. Dès l’âge de 16 ans, nous avons monté des projets avec Baptiste Trotignon, lui aussi nantais. Nous avions la chance de bénéficier d'une grande émulation car nous découvrions cette musique en même temps, à plusieurs copains de même génération. Plus tard, en 1995, je suis entré au CNSMD de Paris dans la classe de François Jeanneau - d'ailleurs comme Geoffroy et Baptiste - ce qui m'a permis de rencontrer bon nombre de musiciens. (Thomas Grimmonprez, Fred Couderc, Gueorgui Kornazov, Matthieu Donarier, Fred Pallem et beaucoup d'autres avec qui je joue toujours). J'ai découvert à cette époque un intérêt pour des musiques traditionnelles que j'ai décidé d'étudier, en particulier la musique classique arabe.

Quels sont les artistes et les expériences qui t’ont influencé ?

Tout d'abord les musiciens proches de moi, avec qui nous avons continué d'évoluer, et en particulier Geoffroy Tamisier, qui reste une influence majeure sur mon travail. Ensuite, des échanges avec quelques grands musiciens comme Tim Berne et Kenny Wheeler, qui furent très importants dans la construction de ma musique.

Avec QuartEthno, comment est venu cet intérêt pour la musique classique arabe ? Allez-vous aborder d’autres traditions musicales ?

L'idée de départ de Quartethno était d'aborder d'une manière originale des répertoires de musiques traditionnelles. La première musique que j’ai voulu utiliser était la musique classique arabe, découverte grâce à des anthologies et à des livres. j'ai ensuite voulu rencontrer et jouer avec des musiciens traditionnels afin de confronter mon apprentissage à une véritable pratique. Ce que nous avons fait en jouant et enregistrant avec des marocains : Driss el Maloumi (oud) et Lahoucine Baqir (percussions). Nous avons effectué deux voyages au Maroc et deux tournées en France tous ensemble. Nous n'avons pas, mis à part des éléments stylistiques empruntés à la musique klezmer, utilisé d'autres sources traditionnelles, bien que ce fut une idée de départ.

En tant qu’improvisateur, ressens-tu comme une nécessité le fait de se "ressourcer" auprès de traditions musicales autres que la tienne ?

Je ne ressens pas de nécessité de me ressourcer, mais de me nourrir. Ainsi j'écoute des musiques diverses : du jazz bien-sur, mais de la musique classique, de la chanson et toutes sortes de musiques traditionnelles. Je trouve dans chaque musique des éléments stylistiques qui me servent à l'élaboration de la mienne.

Tu joues dans de multiples formations, notamment le Gros Cube que tu diriges et pour lequel tu écris. Le premier album vient de paraître, très bien accueilli. Peux-tu nous en parler ?

Cela fait longtemps que j'écris beaucoup de musique pour des formations diverses, y compris pour grand ensemble. j'ai une attirance spéciale pour les grands formats genre big band, attirance née de l'écoute d'orchestres comme ceux de Gil Evans et Duke Ellington, puis de Kenny Wheeler et Django Bates - pour ne pas faire original. la musique de Zappa également, et surtout une envie de me rapprocher petit à petit de modèles orchestraux de plus en plus larges motivée par l'écoute d'oeuvres symphoniques. Le premier disque du Gros Cube présente un premier répertoire arrivé à maturité de jeu. Nous continuons de travailler de la musique nouvelle et c'est loin d'être terminé. Le fait que l’album soit bien accueilli par la critique me flatte bien sûr.

Peux-tu nous présenter les autres formations auxquelles tu participes ? Je pense notamment au Cube, au Jazzophone Quartet...

Je joue dans de nombreuses formations pour deux raisons, à l'instar de nombreux musiciens de jazz : pour raison économique, car il est presque impossible de vivre avec une seule formation, et par nécessité artistique. J'ai besoin d'expressions diverses; la musique est très différente selon qu'elle est jouée par une grande ou une petite formation, par un groupe jazz typique ou bien une formation de musique de chambre... Pour satisfaire toutes ces envies (qui se traduisent par l'écritures de nombreux répertoires différents), je joue dans deux grandes formations : le Gros Cube et Le Sacre du Tympan (groupes dans lequel j'éprouve un grand confort de n'être que interprète d'une musique que j'aime), ainsi qu'en quatuor de saxophones (envie de travailler comme en classique, avec une formation de musique de chambre), dans le Qüntêt de Jean-Louis Pommier (quatre soufflants et une batterie, un groupe qui permet une grande liberté de jeu), avec le Cube (formation restreinte du Gros Cube), en duo avec Cédric Piromalli...

Je vais te poser la même question qu’à Sébastien Boisseau : tu as fondé le label Yolk en sa compagnie et celle de Jean-Louis Pommier il y a quelques années. Comment vois-tu ton activité en son sein ? Est-elle complémentaire à celle de musicien ?

Cette activité est bien sûr complémentaire à celle de musicien, mais surtout nécessaire à l'élaboration de nos projets. C'est dans une optique de non-compromission musicale que nous avons monté cet outil complet qu'est Yolk : production et diffusion de notre musique par le disque et le concert. C’est évidemment parfois (souvent) lourd de tout gérer. Heureusement, nous avons la chance d'avoir un administrateur très efficace et très autonome : Ronan Le Pennec, en qui nous avons une confiance absolue.

Es-tu sensible à d’autres formes artistiques ?

Je suis particulièrement sensible au cinéma. Écrire de la musique de film est quelque chose qui me tente énormément. J'en suis aux prémices car je compose en ce moment une partition pour cor, clarinette, violon et percussions sur un film de Stan Laurel.

Propos recueillis par Pierre Villeret

www.albandarche.com

www.yolkrecords.com