Pierre Vaiana

Pierre Vaiana est le nouvel intervenant auprès du Big-Band de l'ENMD. Après Sylvain Kassap et Jef Sicard, il sera en résidence pour une durée de deux ans.

Ce saxophoniste belge, grand spécialiste du soprano, est aussi un remarquable compositeur et concepteur de projets. Il se produira le 16 octobre 2007 au Théâtre de Charleville-Mézières, à la tête de la formation "Al Funduq", pour un répertoire inspiré par les musiques traditionnelles de l'Italie du Sud et de la Sicile (voir vidéo sur YouTube).

On l'avait déjà entendu à Charleville avec Act Big Band, Pirly Zurstrassen H Septet, et au sein de "l'Âme des Poètes". Pierre Vaiana, infatigable voyageur, est aussi un pédagogue reconnu. Après l'Afrique où il se rend fréquemment, il se rapprochera de chez lui en intervenant à Charleville, où sa première visite a été accueillie avec enthousiasme par les élèves du Big-Band de l'ENMD, et par Dominique Tassot, son directeur. Une deuxième session de stage est programmée le lundi 15 octobre, veille du concert d'Al Funduq. Elle accueillera également le fantastique joueur de tambourin Carlo Rizzo (visible aussi sur la vidéo d'Al Funduk), qui proposera une masterclasse aux percussionnistes. Entre deux voyages, Pierre Vaiana a trouvé le temps de répondre à quelques questions....

Pierre, tu as animé le 5 mai dernier une première journée de stage avec le big-band de l'ENMD. Quelles sont tes premières impressions ?

Je suis très content de travailler avec eux et Dominique Tassot que je connais depuis longtemps. Il s'agit de jeunes musiciens, parfois très jeunes, qui bien qu'ils aient encore peu d'expérience, sont frais et ouverts à la musique. Je suis content d'avoir déjà pu les écouter en décembre, cela m'a permis de préparer de la musique pour eux, pas seulement en termes d'instrumentations, mais aussi de territoires à explorer ensemble.

La première journée a été consacrée à des compositions de Mingus. Pourquoi ?

Justement pour cela, pour explorer des territoires musicaux riches en ouvertures, en rigueur musicale, en sonorités, en couleurs. Mingus fait le lien avec la Nouvelle-Orléans où le jazz est né, le premier morceau que nous avons joué est "Mr Jelly Roll", dédié à un musicien fondamental de la Nouvelle-Orléans. Mingus est un des compositeurs qui a ramené dans les années soixante l'improvisation collective dans la musique, composante essentielle de la musique de la Nouvelle-Orléans. Mingus, bien qu'il soit un des compositeurs et musiciens du style be-bop, est avant tout un chef d'orchestre, sa musique est prétexte au jeu d'ensemble, à l'orchestration en temps réel, aux changements de rythmes, un thème de Mingus est toujours "orchestral", il implique une sonorité de groupe, un jeu d'ensemble, des couleurs à développer. Cela fait un moment que je me suis remis à étudier sa musique, et travailler ce répertoire avec le big-band de l'ENMD est pour moi l'opportunité d'écrire et arranger sur ce support extraordinaire, mais aussi de chercher avec eux eux un son de groupe.

Si tout se passe pour le mieux (en fait, si les partenaires institutionnels continuent à soutenir ce type d'action), tu devrais être en "résidence" à l'ENMD sur une période de deux ans, c'est à dire animer 6 sessions, et participer à un concert de fin de résidence. Que comptes-tu développer au cours de ces journées de travail ?

Je pense écrire à la fois des arrangements sur des compositions de Mingus, mais aussi arranger certains de mes morceaux que nous jouerons avec Al Funduq. J'ai également commencé à les initier à ma gestuelle de direction qui me permet de "composer" dans l'instant d'autres palettes sonores.

Nous avons par ailleurs invité ton partenaire au sein d' "Al Funduk", Carlo Rizzo pour une masterclasse de tambourin. Peux-tu nous présenter ce musicien ?

Carlo est non seulement LE spécialiste du tambourin, mais un grand musicien qui peut à la fois écrire, improviser et possède une palette impressionnante de sons, de rythmes, d'expressions. Il apporte dans notre groupe un lien à l'Italie évident, nous jouons des tarentelles, mais aussi un rapport à cette relation particulière que nous essayons de développer entre improvisation et écriture. Il joue une quinzaine de tambourins, tous avec des sons différents et il maîtrise une quantité invraisemblable de techniques de jeu. Il fait sonner les tambourins qu'il a créés (c'est aussi un inventeur) comme une réelle batterie, entre lui et Zoumana Dembélé, il y a une section rythmique hors du commun.

Al Funduq se produira au Théâtre de Charleville le 16 octobre prochain, en compagnie du duo Javier Girotto/Luciano Biondini. Peux-tu nous parler de ce projet ?

Ce sera une rencontre intéressante, aussi parce que nous explorons des territoires musicaux proches où la mélodie porte en elle une certaine "latinité", mais aussi parce que Javier est un des grands saxophonistes, qu'il a un magnifique son de soprano et je me réjouis de cette rencontre musicale. Je rêve d'un "boeuf" avec les deux orchestres. Carlo les connaît bien, on verra !

Quelles sont tes autres activités actuellement ?

Je me produis toujours beaucoup avec le groupe l'Âme des Poètes, qui était venu jouer à Charleville en 2003, je prépare la sortie du premier disque de Al Funduq "Porta del Vento" qui sortira à l'occasion du concert sur le label Igloo, je travaille sur un projet euro-méditerranéen autour de l'héritage du "funduq", une sorte d'auberge pour voyageurs marchands répandue dans tout l'espace méditerranéen, en mai j'ai joué en Algérie avec ce projet, et avec des chanteurs charretiers siciliens que l'on pourra entendre sur le disque. Je voyage souvent en Afrique (RDC, Tunisie, Bénin, Burkina Faso, Algérie) pour mener des projets de formation, au Congo ils m'ont surnommé "Mwalimu", le "maître", le "prof"...

Je coordonne des stages de musique à l'Académie Internationale d'Eté de Wallonie à Libramont pendant le mois de juillet et prépare le prochain projet de la compositrice Myriam Alter (Enja) que nous créerons cet été au Gaume Jazz Festival, au Middelheim, et qui fera l'objet d'un disque pour Enja, avec Jacques Morelenbaum (violoncelle, Brésil), Salvatore Bonafede (piano, Italie), John Ruocco (clarinette, Usa), Joey Barron (batterie, usa), Greg Cohen (contrebasse, usa) et moi.

Bref, que des bonnes choses !

Propos recueillis par Patrice Boyer