Isabelle Olivier

La harpiste était de passage à la Médiathèque Cathédrale de Reims pour un beau concert solo jeudi 1" avril dernier.

Quel a été ton premier contact avec la musique ?

Je pense que ce sont "Les Aristochats" de W. Disney avec Duchesse qui m' ont donné envie de jouer de la harpe !

Comment es-tu venue au jazz ? La harpe y est peu représentée…

J'ai d'abord aimé écouter cette musique sur disque et dans les clubs parisiens. Puis j'ai eu des amis jazzmen qui m'ont vraiment donné envie de pratiquer cette musique.

Comment as-tu abordé l’improvisation, les standards ?

Comme un vaste champ de neige poudreuse : sans trop savoir où aller, ni comment y aller… mais trop envie d'y aller ! Le temps est un allié précieux et les expériences avec les musiciens aussi. Je m'accorde enfin le droit de commencer tant pour l'improvisation que pour les standards !

As-tu eu des références précises ? As-tu fait des transcriptions ?

J'adore certains harpistes américains que j'ai découvert grâce à des journalistes ou à des amis : Dorothy Ashby, Adèle Girard , Casper Reardon... Je ne fais pas de transcription et j'ai sans doute tort mais pour l'instant, je cherche ma route. J'écoute tous les instruments et toutes les musiques.

Est-ce que le fait que la harpe soit particulièrement rare dans le jazz t’a aidée à développer ton univers personnel ?

Je crois que j'ai toujours été "atypique". Le plus grand harpiste et pédagoque que j'ai rencontré était Pierre Jamet et après avoir écouté 5 minutes d'un morceau classique, il m'a longuement regardée et m'a dit : "toi, tu feras quelque chose que les autres ne font pas !"

A-t-il été difficile de t’intégrer dans des formations traditionnelles ?

Je crois qu'un groupe qui a une harpiste n'est pas une formation "traditionnelle". J'essaie dans chaque projet et dans chaque morceau de faire sonner quelque chose pas forcément spécifique à la harpe mais avant tout de l'ordre de la musique.

Le quartet Océan a plus de 10 ans. Comment est née cette formation ?

C'est grâce à l'idée de Louis Moutin de jouer avec moi pour essayer. Le son lui a plu et l'idée de créer le groupe Océan avec les deux frères Moutin et Sylvain Beuf est née ainsi. Le premier concert date d'avril 1991 donc cela fait...15 ans !!! Je considère toujours Louis comme un "parrain".

Tu travailles également avec la danse, le théâtre, en particulier au sein de la compagnie "Metamorphose". Ressens-tu le besoin de te ressourcer auprès d’autres formes artistiques ?

Oui, surtout éviter de tourner en circuit fermé et de toujours rester ouverte aux autres. J'apprécie les collaborations interdisciplinaires. Rencontrer d'autres univers permet paradoxalement de mieux appréhender la musique.

Peux-tu nous parler de ton duo avec Olivier Sens ? Le dialogue avec "Usine" ?

Je connais Olivier Sens depuis une dizaine d'année et ses recherches informatiques m'interpellent. Ce que j'apprécie particulièrement chez lui c'est l'alliance réussie de la musique et de la technique. Il aime le son de harpe et noue un véritable dialogue avec la spécificité de l'instrument. J'espère que le temps développera nos rencontres musicales. Le programme "usine" est formidable par l'aspect aléatoire et donc enlève le côté Sample/Boucles systématique qui lasse très vite. Ainsi le duo de l'ordinateur et de la harpe est tel que même en jouant je ne sais plus qui joue !!!! Comme dirait Pierre Desproges : Etonnant, non ?

Je crois que tu enseignes également. Est-ce quelque chose d’important pour toi ?

Aussi important que les concerts. L'enseignement donne envie de jouer et jouer donne envie de transmettre ce plaisir de la musique.

Quels sont les musiciens et les expériences qui t’ont marquée ?

Beaucoup de musiciens et beaucoup d'expériences : il m'est difficile de citer des noms car j'ai appris aussi de musiciens avec qui cela n'a pas fonctionné... Evidemment, ceux qui m'accompagnent depuis des années sont de vrais compagnons et je les estime totalement pour partager cette traversée parfois périlleuse avec moi : Sébastien Texier, Johan Renard, Marc Buronfosse, Antoine Banville. Didier Lockwood a été un deuxième "parrain". Il m'a fait confiance et m'a encouragée dans une période très difficile et je lui en suis très reconnaissante. Agnès Varda a été aussi quelqu'un de très important pour le rapport à l'image et à la musique. Sa forte personnalité alliée à une vraie simplicité est un turbo artistique...

Y a-t’il des musiciens / artistes en particulier dont tu te sens proche à l’heure actuelle ?

Le cirque est un moteur de création formidable, l'énergie de ces artistes est impressionnante. Le jazz français est très créatif et le niveau n'a jamais été aussi fort... Maintenant j'ai envie d'aller voir ailleurs notamment de l'autre côté de l'Atlantique et respirer le parfum actuel. J'apprécie fortement le travail du label ECM et des musiciens nordiques qui apportent souvent l'espace nécessaire dans un monde qui en manque.

Actualité ?

Je termine une formidable résidence dans les Yvelines qui m'a permis de vraies rencontres dans des cadres souvent inhabituels pour des concerts.

Projets ?

Enregistrement en 2007 avec le label Nocturne de 6 duos inédits avec des artistes "rêvés". Concerts à venir ? Festival de Porquerolles 10 juillet avec l'enregistrement d'un DVD live filmé par Franck Cassenti, 14 août festival utopique, 18 août festival de Gargilesse, septembre au Canada, 7 octobre à La Ferté Macé, le 14 solo à Etréchy, le 17 au festival « Jazz sur son 31 » à Toulouse, le 17 novembre solo à la scène nationale de Vendôme et en 2007, tournée au Japon et participation au festival des Flâneries à Reims !!!!

Propos recueillis par Pierre Villeret

www.isabelleolivier.com