Antonin Leymarie

Interview croisée avec son confrère Adrien Amey.

Quelques mots sur ton parcours : d'où viens-tu ? Quel est ton parcours de musicien avant la création du Surnatural ?

Je suis un parisien ! Un gars du 10ème, qui s'est formé au conservatoire du 10ème en percussion classique, (avec Mr Chazal ) avec du solfege, un peu de piano et tout ça... Jusqu'au moment ou j'ai compris que les orchestres "classiques" ce n'etait pas pour moi. Je voulais plus de jeu, plus d'échanges avec les autres musiciens. Alors au lieu d'aller au CNSM (en percussion), puis de passer des concours pour accéder a une "place" dans un orchestre, je suis parti vers les percussions d'Afrique de l'Ouest pendant quatre ans : le djembe, le dumdum , les pétards et l'éclate ! Deux voyages au Mali qui m'ont renforcé dans cette tradition avec pleins de projets ("African Mood ", "Les Mariages "...). Puis est venue la question de ce que je pouvais en faire.

C'est dur ! un djembe, c'est un djembe. Difficile d'en faire autre chose, alors j'ai essayé la batterie. Une espèce d'assemblage de tout ça... Des petits groupes, des petits projets et puis Carl Schlosser me propose de partir avec lui et Franck Jacquart dans une troupe de cirque : l'aventure commence, trois ans de tournée avec un chapiteau, dans une caravane a jouer de la musique tous les jours devant un large publique, à monter et démonter un chapiteau et à vivre en collectivité. Le pied total ! Je jouais batterie, marimba, djembe avec sax et orgue hammond . C'était la compagnie "Les Colporteurs" le spectacle s'appelait "Filao".

Après ça, difficile de rentrer à Paris. Un genre de vide quand même. Les groupes étaient organisés, je ne jouais plus. Envie de rassembler les copains (qui m'avaient manqué pendant ces trois années ) et de faire une grande formation : le Surnatural Orchestra.

L'apparition du Sacre du Tympan il y a quelques années, le Circum Orchestra du collectif lillois du même nom, le grand Rateau, et le Surnaltural Orchestra. Recrudescence de grandes formations de jeunes musiciens. Comment expliques-tu par rapport à ton expérience du Surnat ce goût des jeunes musiciens pour ce format ?

Quel pied de se prendre l'orchestre en pleine tête, quelles possibilités d'orchestration différentes offrent tous ces timbres. Une espèce de grosse machine souvent généreuse qui balaie le public. Une envie aussi de se rassembler : on est jeune, à Paris (pour nous ), le chacun pour soi , la "carrière", l'argent... un moment c'est aussi une éclate collective, jouer ensemble, partir à plein,  vivre un histoire de groupe. Avec des rigolades et des engueulades. La vie quoi ! Aussi rassembler tous ces musiciens qui jouent très bien et qui se croisent souvent sans s'arrêter. Aussi envie de dire merde a cette officieuse notion du "un trio c'est moins cher, plus pratique, moins risqué". Et bien non ! On va faire des orchestres très grands, parce que c'est un son aussi. Je pense évidement aux big bands, à tous les styles de fanfares, aux musiques trad qui se jouent à 10, 20, 40 ! 

TTPKC a une certaine reconnaissance : la presse, la tournée Afijma, la Ville de Paris, presque La Défense, Chief Inspector...

Oui, c'est une chance pour nous . Mais il y a énormément de groupes qui devraient être plus "éclairés". Pour Chief Inspector c'est différent : ils ont déjà un très bon catalogue, ils prennent continuellement des risques, c'est trop rare. C'est bien tombé pour nous : ils faisaient une sortie groupée (Oz, Paradigm, Urgente Quartet) et TTPKC s'est glissé!  Momo Erectus correspond bien à l'esprit général du collectif : la volonté de ne pas rester coincé dans un style jazz, improvisé, rock, musette, balkans...

Quand vous vous retrouvez quelques disques traînent autour de la chaîne ?

Quand on se retrouve tous c'est souvent pour discuter soit du fonctionnement du collectif, soit des projets futurs (concerts, festival, label, etc...) alors là on peut pas écouter de musique ! A moins qu'on ne tombe sur Pink Floyd, Eskelin ou Privat !

Les Studios de l'Ermitage, Surnatural, Chief Inspector... Pas mal de musiciens gravitent autour de ces trois lieux et semblent appartenir à une certaine même famille d'idées, d'inspirations : qu'en penses-tu ?

Effectivement, il y a du regroupement ! Est-ce parce que je ne connais que l'Ermitage pour prendre le risque d'accueillir nos projets (je veux dire en co-prod, comme ça à Paris ?). Parce qu'il en est de même pour Chief ? On sent qu' il y a des possibilités, alors on y fonce. On se retrouve avec d'autres musiciens ou collectifs qui sont arrivés au même point. Est-ce aussi une inspiration commune de nos idoles françaises ou américaines ?

Quelques mots sur l'Anti Groove Syndicate de Rémi Sciuto...

Je suis fan. Une chance de travailler avec Rémi, la musique est superbe et notre travail en continuelle progression.

D'un point de vue plus personnel, si je te parle de Jim Black ou d'Ed Blackwell. Où se situent tes inspirations ?

J'adore les deux. Je ne suis pas un grand connaisseur de la batterie, que j'ai commencé tard. J'ai effectivement écouté Jim Black, et je suis un fan de Denis Charolles. Et un super fan du batteur de "De Kift " (formation hollandaise, le batteur s'appelle Wim Ter Weele). J'aime beaucoup la percussion, et donc j'aime les sons de batterie assez sales ou bien mélangés avec des percussions. Tout ça reste ouvert pour moi. Le son de batterie vraiment batterie ne me plait pas souvent. 

Les prochains concerts ou enregistrements ?

On a avec le Surnatural le 25 avril à La Cigale ( en première partie du Sacre du Tympan ), le 28 avril "Les Studios de l'Ermitage". Avec Gaspard La Nuit le 29 avril à "La tête des trains". Du 9 au 13 mai, avec Wild Mimi Antigroove Syndicate : première partie de la tournée du Sacre du Tympan et du 17 au 21 mai, mini-tournée avec Gaspard.

Propos recueillis par Jean Delestrade

www.collectifsurnatural.org

www.myspace.com/wildmimisaxo