Stephan Hernandez

Le Hot Marne Jazz n’est plus et cède sa place à l’Effet Papillon, dont on souhaite le succès au vue de ses propositions. Jugez plutôt : autour de quelques artistes résolument innovants, tels la harpiste Hélène Breschand, le guitariste Bernard Struber, le quartet strasbourgeois Zakarya, le compositeur Christian Girardot, et aussi le groupe Gizmo, vont s’organiser concerts, bien entendu, mais aussi conférences, rencontres pédagogiques, ciné-concerts, ce, durant trois mois. Le contenu est indéniablement militant et vise à mettre en contact le public avec le jazz, son histoire, ses codes, mais surtout à lui faire découvrir ses tendances contemporaines, qui ne disposent malheureusement que de peu d’occasion d’exposition, ce, sur l’ensemble de la Haute-Marne.

Stephan Hernandez, directeur de Arts Vivants 52, structure organisatrice du festival, nous donne quelques pistes pour aborder le festival et ses objectifs.

L'Effet Papillon est le successeur du Hot Marne Jazz. Comment est venue la volonté de "réformer" ce festival ?

Pour répondre à ta question, il faut avant tout resituer ce festival dans le temps, on s’aperçoit alors que ce festival avait déjà subit plusieurs réformes : d’une manifestation portée par les musiciens du département, elle est passée sous l’organisation de l’association départementale où différents conseillers artistiques se sont succédés (Serge Adam, Sylvain Kassap). Des esthétiques diverses y étaient représentées suivant les éditions et l’identité artistique attachée au terme "hot", très marquée middle jazz, devenait franchement décalée.

Au cours des bilans des dernières éditions, nous nous sommes aperçus que nous étions arrivés à une formule où les contraintes matérielles d’organisation devenaient lourdes au point de peser sur les choix de programmation.

Nous avons donc conservé ce qui nous semblait un réel acquis (partenariats, action culturelle) et retravaillé une formule plus souple dans son fonctionnement, permettant un recentrage artistique et une identité attachée aux objectifs d’ancrage en milieu rural. La conception par itinéraires thématiques permet d’installer des choix artistiques plus forts et dans le même temps plus proches des préoccupations des partenaires (communes, diffuseurs associatifs etc.), finalement on se détache de la formule "festival" au sens où on l’entend habituellement.

Quels sont les objectifs d¹une telle manifestation, très ambitieuse, qui marie diffusion & pédagogie, et qui couvre le territoire d'un département, pendant trois mois ?

Notre préoccupation principale est de rééquilibrer l’offre artistique sur notre territoire qui compte quelques villes ayant une offre culturelle et un milieu rural plus démuni en terme de concerts, de rencontres et de pratiques.

Nous aimerions démontrer que les entrées peuvent se démultiplier, que l’on peut asseoir des partenariats avec des artistes grâce à la bonne volonté de professeurs d’écoles de musique, d’enseignants, de responsables de médiathèques, de responsables associatifs…

L’autre idée forte est de favoriser la rencontre entre artistes et territoires avec des présences régulières et "sur mesure".

Comment l'Effet Papillon s'inscrit-il dans l'activité globale de Arts Vivants 52 ?

L’Effet Papillon ne représente qu’une partie de notre activité puisque le champ de nos compétences couvre la danse, le théâtre et la musique dans les domaines de l’information avec notre centre de ressources, l’éducation avec un programme d’actions en milieu scolaire, la formation en direction de tous les publics, l’aide à la diffusion de spectacles et la création.

Cette manifestation nous permet de rendre visible une partie de nos activités pendant le printemps et elle illustre tout à fait le type d’actions que nous menons au cours de l’année.

Il faut juste préciser qu’Arts Vivants 52 a une mission de développement, nous sommes donc assez rarement unique porteurs des projets, nous les accompagnons par différents types d’interventions ce qui est le cas pour l’Effet Papillon où nous intervenons de manières différentes suivant les territoires concernés.

As-tu une ligne directrice sur le plan artistique, comment fais-tu tes choix vis-à-vis des artistes qui participent à cette manifestation ? La programmation semble prendre le parti d¹une musique résolument innovante.

J’essaie de partir du principe que nous sommes là pour accompagner la prise de risque artistique. En Haute-Marne, il est essentiel de renouveler les propositions et brasser les pratiques et les publics. C’est, j’espère, un des moyens d’impulser des dynamiques dans notre département.

Les grands choix se font sur des projets transartistiques ou se portent sur des artistes qui opèrent aux frontières des esthétiques (jazz, musique improvisée, musiques actuelles, musique contemporaine).

La première édition, même si elle en montre les grandes lignes, ne permet pas non plus de définir complètement l’esprit artistique d’une manifestation. Je crois que le rapport avec les partenaires, le public et les artistes sont autant de composantes qui, petit à petit, créent une identité.

Pouvez-vous mesurer les effets de ce festival vis-à-vis du public (je pense en particulier au jeune public et aux musiciens amateurs) ?

Dans un département de moins de 200 000 habitants morcelé en plus de 400 communes, avec les problèmes d’accès que cela peut entraîner, il est délicat de se fier à la fréquentation en terme de nombre d’entrées ou d’inscrits dans telle ou telle action. Ce mode de calcul ne sera intéressant qu’après quelques années de fonctionnement.

L’évaluation qualitative est sans doute une clé importante que nous devons mettre en place. Ce que l’on sait pour l’avoir déjà expérimenté c’est que les effets induits sont souvent importants. Souvent, pendant ce type d’actions naissent des collaborations artistiques ou pédagogiques, des dialogues entre groupes isolés et des réseaux constitués sont initiés, des idées de saisons culturelles peuvent germer.

Sur un plan plus personnel : je sais que tu es musicien, saxophoniste, j'imagine que cela doit être particulièrement intéressant d'organiser une manifestation de ce type et de faire sur l'année la promotion de la musique, du théâtre et de la danse.

Parfois, j’ai l’impression d’être passé de l’autre côté de la barrière, c’est un sentiment assez étrange mais c’est un travail exaltant et très varié. La difficulté principale réside dans la perception de son travail sur un temps très long et l’obligation de rester en éveil constant, de ne pas céder aux sollicitations immédiates pour garder le cap que l’on se fixe.

La vie de musicien à temps plein me manque forcément mais je trouve que l’organisation de l’activité d’Arts Vivants 52 s’apparente à une démarche artistique avec ses rêves d’absolu et ses contraintes.

Qu'écoutes-tu actuellement ? As-tu un disque "culte" ?

En ce moment j’écoute souvent "Zero tolérance for silence" (Pat Metheny) et, bien sur, "Le goût du sel" (Hélène Breschand). Je n’ai pas de disque de culte, j’essaye d’écouter de tout.

Propos recueillis par Pierre Villeret

www.artsvivants52.org