Napoleon Maddox : isWhat?!

Originaire de Cincinatti, IsWhat se situe à la marge : la marge du mouvement hip-hop dont leurs plus proches cousins seraient les planétaires The Roots, à la marge du mouvement soul des Hargrove et Bilal parce que leur musique est beaucoup trop engagée, à la marge des musiques improvisées parce que trop hip-hop. Bref. Comme beaucoup de jeunes musiciens (je pense notamment à Josh Roseman), ils réclament du trop sous estimé Lester Bowie.

Quel est ton parcours ? As-tu suivi un enseignement musical ?

Mes premiers professeurs en terme de musique ont été les choeurs et les prédicateurs dans les églises : c'est là que j'ai appris à écouter et entendre différentes harmonies. Et le hip-hop m'a apporté la théorie du rythme, le jazz la liberté, la soul mais aussi la musique classique européenne ont développé mon intérêt pour la composition. Ma vie de tous les jours m'indique les textes à écrire. J'ai suivi des cours dans différentes institutions musicales, mais je crois que je ne suis définitivement pas fait pour ce genre de trucs... Je suis un éternel étudiant en définitive, en perpétuel apprentissage...

Avec quels groupes as-tu joué jusqu'à présent ?

Il y a bien entendu "Iswhat ?!" , mais aussi..."Burnt Sugar" un orchestre dirigé par Greg Tate (www.burntsugarindex.com), "Ming & FS", du hip-hop progressif (www.mingandfs.com), Fonda/Stevens Group un ensemble d'improvisation (http://www.joefonda.digitalspace.net/fsg.html), Sotta Voce dirigé par Roy Nathanson et Transmitting, musique et poésie (http://transmittingonline.com/).

Comment vous êtes vous rencontré avec les autres membres du groupe ?

Nous jouions tous dans les squats et les rues de Cincinnati, les sessions improvisées sont devenues des répétitions...

Quelle est la part d'improvisation au cours des prestations live du groupe ?

Disons 65% de ce qu'on propose en live relève de l'improvisation. On utilise une structure pour dessiner l'improvisation et à travers ces improvisations se dessinent des structures que nous réutilisons le concert d'après comme base de départ pour l'improvisation et ainsi de suite.

La presse parle beaucoup d'un courant musical (Bilal, Hargrove, Badu...) qui se veut un pont entre le jazz (son histoire, son improvisation) et le hip-hop (les beats, la poésie) : où se situe "IsWhat?!" ?

"IsWhat?!" est sûrement le groupe qui se situe le plus à la marge free et "rough" de la famille artistique que tu cites. Mais nous pouvons également jouer sur des modes, des textures, des sons, les sentiments que nous mettons dans la musique : nous sommes en définitive très mouvants. Le meilleur exemple est que lorsque nous donnons des concerts avec "Bilal", ses fans adorent le répertoire que nous proposons, alors qu'entre "Bilal" et nous il y a quelques ... différences ! On navigue entre la liberté donnée par le jazz et l'improvisation à laquelle on ajoute l'énergie du hip-hop et sa capacité à exprimer la réalité pour toucher le coeur des gens.

Lester Bowie a constamment voulu faire le lien entre les musiques improvisées et le répertoire populaire : un exemple pour "IsWhat?!" ?

Nous adorons Lester Bowie et ses collègues de l'Art Ensemble of Chicago ! Il est une de nos sources d'inspirations principales...tant pour l'aspect populaire de sa musique que pour l'improvisation, sa démarche de défricheur. La musique de Lester n'a pas rencontré le même succès populaire que celle de Miles par exemple, ce qui fait de lui un musicien presque underground. Et comme pour beaucoup de musiciens underground, les gens pensent que le peu de succès limite leur influence : c'est faux. Au final, on se rend toujours compte que ce sont ces musiciens qui indirectement construisent la musique populaire de demain...

Propos recueillis JAZZus

www.napoleonmaddox.com