Nicolas Netter, Chief Inspector

Chief Inspector fondé par Nicolas Netter et Olivier Pellerin vient de fêter ses deux ans. C'est l'occasion de revenir sur l'activité de ce label qui accueille des jeunes musiciens parmi les plus en vue.

Je crois que Chief Inspector fête bientôt ses deux ans d'existence. Comment est né ce label ?

Chief Inspector a fêté ses deux ans à la fin du mois de mars. Nous existons en tant que structure depuis 2 ans. Le collectif de musiciens qui compose le noyau dur de Chief Inspector existe depuis beaucoup plus longtemps. Ils n'ont en fait jamais été réunis en collectif, le label en est un par la force des choses puisqu'il réunit plus d'une vingtaine de musiciens qui jouent ensemble dans différents projets. J'étais au départ plus un ami, un fan, un spectateur .... j'ai été journaliste, disquaire, programmateur (un petit peu), je suis surtout un grand amateur de disques de jazz mais pas seulement. Je vais à beaucoup de concerts, j'écoute beaucoup de musique et après avoir passé 5 ou 6 ans à écouter ces gars la jouer dans des bars, des squats, à droite à, gauche, dans l'ensemble je n'ai jamais été déçu, j'ai toujours été emballé parfois plus qu'en allant écouter des américains ou des pointures enfin pas plus ou pas moins que dans le circuit classique. Le label est donc né de cette constatation. En plus, il y avait avant moi un projet de label qui s'est cassé la figure, Moon Soon ça s'appelait, ils avaient enregistré le duo Bardainne - Gleizes et Dr Knock. Ils n'ont pas eu les moyens de sortir ces disques et ont finit par laisser tomber, or il y avait une grande impatience de la part des musiciens, de ces groupes de les voir publiés. Il y avait aussi une grande impatience de la part des autres musiciens de la bande de voir leur musique toucher un public un peu plus large. Ainsi l'album du collectif Slang était presque finalisé, il attendait depuis longtemps un label. Il y avait d'autres projets qui étaient susceptibles d'être enregistrés et publiés, j'ai donc monté cette structure, fédéré les énergies, et amené d'autres gens à travailler avec nous (photographes, attaché de presse, graphiste...) et puis on a lancé cette aventure.  

Peut-on parler d'une ligne esthétique au sujet de Chief Inspector ?

Non, si vous achetez tous nos disques (recommandé) en les écoutant tous à la suite (déconseillé), vous vous rendrez compte qu'ils proposent chacun des univers différents. Je ne vais pas vous dire qu'on fait du free jazz, du ceci ou du cela. Je peux vous dire ce qu'on ne fait pas, et encore je ne le sais même pas. En tout cas rien de classique, ça c'est sûr.

Même si Médéric Collignon et Manu Codjia sont des acteurs très actifs parfaitement identifiés de la scène jazz nationale, vous travaillez essentiellement avec des musiciens en développement de carrière. Concevez-vous l'activité d'un label comme un travail militant ?

Oui. J'ai créé ce label pour les raisons que j'ai évoquées précédemment : amener cette scène, ces musiciens à une reconnaissance publique et médiatique plus importante. Nous, Olivier Pellerin et moi (aujourd'hui nous sommes deux à travailler sur ce projet) défendons leur musique. Nous défendons Maxime Delpierre, Philippe Gleizes, Jean Philippe Morel, David Aknin, Laurent Geniez, Bettina Kee, Emiliano Turi, Sébastien Gaxie, Sarah Murcia, Laurent Bardainne... Nous sommes très proches de tous les musiciens, nous essayons d'avancer tous ensemble.

En ce qui concerne les labels, historiques ou actuels, avez-vous des modèles, des références ?

Blue Note, Prestige, Riverside, Contemporary, Verve, Bethlehem, Impulse, Atlantic, ESP, BYG ..... enfin normal, ECM, Sketch, Winter & Winter, Hat Hut, Hatology, Rune Gramofon, Atavistic, Okka Disk, Thirsty ear, Aum Fidelity, Tzadik ... Warp, Ninja Tune, Anticon, Thrill Jockey, Makasound, Blood & Fire, Soul Jazz Records. Ca c'est de mon côté, Olivier mon associé, vous en citerait sans doute d'autres.

Vous sentez vous proche de la démarche du label/collectif Yolk ?

Oui, à la différence que c'est un label de musiciens. Dans l'ensemble, nous fonctionnons exactement pareil.

Comment avez-vous été amené à travailler avec Paradigm ?

Je suis allé à Troyes écouter un concert de Chris Speed et j'y ai rencontré Luis Vina. Je connaissais déjà Guillaume Dommartin, Xavier Bornens et David Neerman. Suite à cette rencontre, il m'a envoyé une maquette, une démo du groupe, j'ai écoute, ça m'a plus, je leur ai proposé de travailler avec nous.

Pouvez-vous nous parler de l'actualité de Chief Inspector et des projets à venir ?

Nous venons de publier un disque du projet Lunfardo du pianiste et compositeur Sébastien Gaxie, un voyage autour du tango. Nous allons également inaugurer une série d'autoproductions labellisés Chief Inspector. Nous allons apporter à ces autoprods notre graphisme, la promo et tout ce qui va avec. Cette démarche est une réponse à la réalité économique du marché du disque et de notre structure (nous ne pouvons pas produire 10 albums par an). Nous avons simplement proposé à 4 groupes de les "héberger" sur le label plutôt que de faire une autoprod dans la nature. Les quatre groupes sont Oz (Marc Baron, Nicolas Villebrun et Emiliano Turi), Urgente Quartet (Clea Torales, Matthias Malher, François Fuchs et Julien Francomano), TTPKC & Le marin (Antonin Leymarie, Adrien Amey, Sylvain Tamalet et Han Sen Limtung) et Paradigm. Par la suite, c'est en cours mais rien n'est arrêté, nous allons produire (une première) l'album de Limousine, un trio avec une partie du noyau dur de Chief Inspector dedans : Laurent Bardainne, Maxime Delpierre et David Aknin. Il y a aussi un autre disque du Collectif Slang en préparation.

Propos recueillis par Pierre Villeret

www.chief-inspector.com