Sylvie Courvoisier

Vous avez débuté votre apprentissage par la musique classique, puis vous avez rencontré Jacques Demierre : que vous a t'il apporté et quelle est pour vous aujourd'hui l'importance de cette technique classique?

Importante, car elle me permet une certaine liberté, notamment au niveau technique, que je n'aurai pas autrement... Il est aussi essentiel pour moi d'avoir jouer - et toujours de découvrir - le répertoire de la musique contemporaine : Messian, Ligeti, Lachenmann, Webern, Crumb, Cage... afin de découvrir le piano d'une façon plus orchestrale, l'intérieur du piano et "the extended" technique...

J'ai pris des cours avec Demierre lorsque j'étais jeune (vers dix-neuf - vingt ans) et il m'a aidée a penser la musique différemment, plus globalement, il m' a ouvert des portes...

Quitter la Suisse pour vivre à New York est un sacré pari pour une musicienne. Pourquoi ce choix : favoriser les rencontres, une mise en danger nécessaire ?

New York est une ville ou beaucoup d'artistes ont immigré pour des raisons évidentes... De grands musiciens du monde entier habitent a New York et je pense que chaque personne devrait émigrer pour quelques années, afin d'être plus flexible, d'accepter les différentes cultures, et apprendre...

La composition est un travail au long cour et l'improvisation laisse filer les notes sans les archiver : où se situe votre terrain de jeu ?

Je pense que l'une et l’autre sont complémentaires pour moi, J'ai besoin d'improviser pour avoir de nouvelles idées pour composer, et j'ai besoin d'écrire afin d'utiliser des éléments plus tard dans mes improvisations...

Pouvez-vous nous parler de votre travail d'approche de la composition qui semble très mécanique et systématique ?

J'essaye d'écrire tous les jours lorsque je suis a la maison. J'écris des idées qui viennent généralement d'improvisation dans un cahier et je les développe plus tard. Parallèlement, j'écris des "exercices" ou j'utilise des séquences de douze tons avec tous les différents intervalles... (par exemple : entre chaque note de la séquence, je vais utiliser un intervalle de septième majeur. Cependant, afin d'obtenir les douze tons, je dois aussi prendre un intervalle de triton - donc je vais prendre 11 intervalles de septième majeur et un intervalle de triton). Depuis cette séquence, je vais "pivoter" chaque note : je choisis une note que je nomme "pivot" et vais permuter cette séquence à partir de cette note choisie - le pivot - je fais des miroirs : le miroir a l'envers, rétrogradé , rétrogradé à l'envers... À la fin, avec ces résultats, je vais extraire des accords qui résultent de ce processus...

Tous ces exercices vont aller dans un autre cahier... Lors d'une commande, lorsque je dois amener de la musique pour un groupe ou lorsque je "travaille" mon improvisation, je puise les matériaux dans ces 2 cahiers...

Le nouveau projet de Vincent Courtois s'intitule "What do you mean by silence". Vos univers sont très proches, votre connexion artistique semble intense...

C'est une des raisons pour lesquelles on joue ensemble !!! on a un peu le même passé (classique), et on connaît nos instruments respectifs !

Pourquoi cet intérêt fort pour les cordes : Mark Feldman, Erik Friedlander, Vincent Courtois ?

Parce que j'aime les cordes ! Piano et cordes ont aussi un passé, une histoire, un répertoire bien plus long que le jazz... J'utilise les cordes aussi pour m'éloigner du jazz... et essayer d'en faire quelque chose d'autre.

Votre actualité ? Des projets ?

Je viens d'enregistrer un CD en solo, pour le label de John Zorn , le CD s'intitule : "Signs and epigrams" et sortira en avril sur Tzadik Records. Je n'y joue que mes compositions. Un autre CD vient de sortir, avec mon quintet, pour le label Intakt : "Lonelyville" : Ikue Mori, Mark Feldman, Vincent Courtois et Gerald Cleaver...

Propos recueillis par Jean Delestrade

www.sylviecourvoisier.com