Daniel Erdmann

Saxophoniste allemand récemment installé en France, Daniel Erdmann se partage entre ces deux pays et joue dans toute l'Europe, avec son quartet Erdmann 3000, mais aussi avec de nombreuses autres formations. Interview :

Comment es-tu devenu musicien ? Es-tu venu immédiatement à l’improvisation, au jazz ?

J´avais dix ans et j´étais chez mon oncle qui venait d´acheter un sax alto. Il n´arrivait pas à en sortir un son, alors j´ai essayé et ça sonnait pas mal. Donc il me l´a donné.  De 11 à 14 ans j´ai vécu aux États-Unis où j´ai joué du saxophone ténor dans le big band de l´école. De retour en Allemagne, j´ai joué dans des groupes funk, hip-hop, punk, etc. À 16 ans j´ai commencé à travailler sérieusement mon instrument  puisque je voulait devenir musicien de jazz. À 19 ans j´ai commencé mes études au Conservatoire National de Berlin.  L´improvisation a toujours été très importante pour moi, même quand je ne m’intéressais pas encore au jazz. J´ai commencé à étudier sérieusement le jazz à 16 ans.

Quels sont les musiciens et les musiques qui t’ont influencé ?

Les musiciens avec lesquels j´ai joué m´ont influencé le plus. Chaque musicien a des points très forts que je veux découvrir. J´ai toujours cherché à jouer avec des musiciens plus expérimentés que moi pour apprendre des choses. Ce n´est que maintenant que je commence à jouer avec des musiciens qui sont plus jeunes que moi. Bien sûr, je suis aussi influencé par les saxophonistes que j´ai étudiés, ça veut dire tous les grands. Toute bonne musique peut me toucher, m´inspirer et m´influencer.

Dans son interview du mois dernier, Frank Möbus disait que pour jouer des musiques innovantes, créatives, il fallait être prêt à beaucoup voyager. Tu sembles en être l’illustration parfaite : Berlin, Paris, tu vis à Château-Thierry et tu joues sur presque tous les continents. Est-ce par nécessité, par goût, ou suivant les sollicitations ?

La musique que je joue ne touche pas un large public, mais il y a des gens qui l´écoutent et des organisateurs (souvent bénévoles) dans le monde entier. Donc ils invitent des groupes chez eux pour des concerts. En plus il y a des musiciens dans certains pays qui aiment bien ce que je fais et qui m´invitent pour jouer avec eux. À ce moment précis je suis dans un train qui va en Suisse pour un projet avec des jeunes musiciens suisses. Les voyages sont quelquefois longs et fatiguants mais quel récompense : l´échange avec le public en concert !

Comme tu connais les deux, les scènes berlinoises et parisiennes, allemandes et françaises, sont-elles très différentes ?

Et comment ! À Berlin, c´est beaucoup plus familial. C´est une ville superbe pour les artistes parce-ce que ce n´est pas cher d´y vivre. Les métropoles financières en Allemagne sont Francfort et Munich, à Berlin il y a très peu de gens qui gagnent beaucoup d´argent. Ce qui fait qu´à Berlin l´atmosphère est assez détendue. À Paris, il y a une autre énergie (qui ressemble plus à celle de New-York), mais c´est plus dur et ça se ressent chez les musiciens. Deux choses qui influencent beaucoup les choix des musiciens en France sont le star-system, qui n´existe pas dans le milieu jazz en Allemagne  et les assedics qui n´existent pas non plus. Il y a beaucoup d´autres différences : la façon de se présenter sur scène, l´expression, les gestes, la façon de répéter. j´ai de la chance : je vois les fonctionnements différents et je peut décider de prendre les meilleurs choses des deux systèmes !

Pour ton quartet «Erdmann 3000, as-tu des modèles, une idée précise de ce que tu veux, ou navigues-tu à vue ?

Le groupe existe depuis 1999, a beaucoup répété et fait environ 100 concerts - on est donc devenu notre propre modèle. Et c´est pour ça que j´ai des idées très précises quand j´amène de nouveau morceaux. Malgré ça, je ne peux jamais être sûr de ce qui va se passer en concert, ils sont quand même imprévisibles les gars de ce groupe...

Avez-vous prévu un nouvel album ?

Oui on va l´enregistrer ce printemps. On parle aussi de faire un DVD, un livre, un vinyl...

Y a-t-il des musiciens dont tu te sens particulièrement proches sur la scène actuelle ?

Les musiciens avec lesquels je joue normalement, mais aussi d´autres musiciens que je vois en concert. Il y en a trop pour ne donner que quelques noms.

Tu viens de commencer un duo avec Francis Le Bras. Es-tu familier de cette formule, duo saxophone/piano ? Il me semble que la musique est très différente de ce que tu joues habituellement, avec ton groupe par exemple.

Justement, c´est ça qui me plaît dans ce duo. La musique reste très simple et assez calme, chaque note est très importante. Le tout se passe dans un contexte plutôt tonal, ce qui m´intéresse ; surtout comment détruire cette tonalité, subtilement. Bien sûr j´ai beaucoup joué en duo sax/piano mais le duo reste une formule que je perçois toujours comme un challenge. On y entend tout, les erreurs ne pardonnent pas. Mais c´est intime, le contact avec le public est très direct.

Qu’écoutes-tu actuellement et quels sont tes autres centres d’intérêt ?

Aujourd´hui dans le train j'ái écouté : Alban Berg "Lulu", Radiohead "Hail to the thief", John Coltrane "Crescent". Je m´interesse à toute  forme d´expression artistique.

Ton actualité ? Projets ? Concert à venir ?

Un nouveau groupe avec le pianiste Carsten Daerr que l’on va enregistrer pour Act Records cette année, le projet Wonderland avec Das Kapital plus le cineaste Nicolas Humbert et bien sûr un duo avec mon fils Paul qui a quatre ans et va être un grand batteur. Prochain concert en France: à la Fabricason à Paris le 5 mars avec "Les Fées du Rhin" (Benjamin Duboc : Contrebasse, Antoine Paganotti : batterie, Daniel Erdmann : saxophone ténor).

Propos recueillis par Pierre Villeret

www.daniel-erdmann.com