Jacques Vidal

A l'occasion de la sortie de "Sans issue", son dernier album, le contrebassiste Jacques Vidal répond à quelques questions de Macao.

Comment êtes-vous venu à la musique ?

Un peu par hasard. J'habitais une ville de banlieue dans laquelle il y avait pas mal de musiciens: des guitaristes, et d'autres. J'avais un copain pianiste, un autre batteur de jazz, mais ça manquait de contrebassistes; les copains m'ont donc demandé de louer une contrebasse et de m'y mettre, et c'est ce que j'ai fait.

Avez-vous débuté directement la contrebasse ?

Non, j'ai d'abord joué un peu de guitare, pas sérieusement, tout seul dans mon coin.

Quels sont les musiciens et les expériences qui vous ont inspiré ?

Miles Davis, Ornette Coleman, Charles Lloyd, Mingus,D. Reinhardt, puis par la suite Coltrane, Albert Ayler, etc… Il faudrait en citer beaucoup… Le père d'un ami batteur était musicien et il avait une discothèque impressionnante; il m'a fait découvrir beaucoup de musique. Je ne sais pas trop ce qui m'a inspiré, mais j'ai été marqué par des rencontres, entre autres un saxophoniste, le premier musicien professionnel que j'ai rencontré qui m'a mis sur la voie et m'a aussi fait découvrier beaucoup de choses. Je sortais souvent écouter les musiciens au Chat Qui Pêche, au Caméléon, les clubs de l'époque. Comme premières expériences marquantes, j'ai joué dans le groupe de Charles Saudrais, avec Mickey Graillier… J'ai aussi fait un remplacement avec Ted Curson, Joachim Kuhn et Christian Vander et cela, à mes tout débuts. Puis Christian m'a contacté, et c'était pour la création de Magma en 1969. J'avais 19 ans. J'ai ensuite monté un groupe (en 1976) dont j'étais le leader ; c'est une partie de ma formation aussi.

Vous avez composé presque tous les titres de votre nouvel album et certains m'ont d'ailleurs fait penser à Gil Evans ou Gerry Mulligan. Quelle place tient l'écriture dans vos activités?

L'écriture est simplement une partie de mon activité de musicien; on ne peut pas séparer cette partie du fait de jouer, puisque lorsqu'on joue, on improvise, c'est de l'écriture spontanée. Inversement, écrire, c'est comme une improvisation au ralenti. J'ai écouté Gerry Mulligan, et je trouve votre remarque surprenante; je ne vois pas bien le rapport avec G. Mulligan. Avec Gil Evans, c'est plus probable mais dans ce cas c'est inconscient de ma part, non prémédité, bien que j'aie aussi écouté Gil Evans (c'est un arrangeur que j'aime bien, l'un de mes préférés). En fait, ce que j'ai le plus écouté à l'époque où j'écrivais ces morceaux, c'est Mingus . J'aime Mingus, il est une sorte d'idéal orchestral pour moi.

Considérez-vous la composition comme une activité séparée ?

En jouant, on crée. La composition et l'arrangement sont une préparation au fait de jouer, ou bien en sont la continuité. Le musicien de jazz est un peu tout à la fois. Mingus - pour le citer encore - écrit, arrange et joue ce qu'il a écrit, c'est indissociable. En jazz on n'écrit pas de la musique pour qu'elle soit jouée par les autres. Quand c'est le cas, la musique est jouée autrement, elle est arrangée, "déformée" et c'est bien ainsi. En classique, au moins depuis le 19ème siècle, ou en musique contemporaine, ce sont en effet deux activités qui sont le plus souvent complètement dissociées, ce n'est pas vrai à mon sens pour le jazz (sauf dans le cas du big band).

Avez-vous écrit pour les musiciens du disque ou les avez-vous choisis en fonction de la musique ?

Ni l'un ni l'autre, c'est un peu plus imbriqué. Je ne les ai pas choisis en fonction de la musique, mais à cause des liens que nous avons eus dans le passé; en revanche j'ai fait évoluer la composition et les arrangements en fonction d'eux. Comment écrire pour quelqu'un que je ne connais pas? Je ne suis à l'aise qu'en écrivant (et surtout en jouant) pour des musiciens avec lesquels j'ai eu une expérience (bonne évidemment), à la fois sur le plan musical et sur le plan humain. C'est le cas avec tous les musiciens de mon nouveau CD, comme ça a été le cas pour mes précédents albums.

Qu'écoutez-vous actuellement ?

Comme d'habitude, un peu de tout; dans le domaine classique, ça peut être plutôt Fauré, Beethoven, Brahms, par périodes ; et Bach, toujours. D'autres musiques, quelquefois; du fado, j'aime beaucoup le fado. En jazz, en ce moment précis, Scott LaFaro, pour des raisons particulières, et puis toujours Mingus et tout ce qui passe (radio, nouveautés), c'est aussi par période (en ce moment, un CD de Parker par exemple).

"Sans Issue", ce titre est terrible. A-t-il une sens particulier ?

Ce titre, c'est un blues, un mood à un moment donné de ma vie, un passage entre un orchestre qui s'est terminé et le nouveau qui repart… S'il a un sens particulier, c'est un sens volatile, comme la vie.

Quelle est votre actualité ? vos projets ?

L'actualité, c'est la sortie le 28 janvier de ce CD "Sans Issue", justement, chez Nocturne, et des concerts : sortie du CD au Sunside les 15 et 16 février, le 19 mars au Théâtre de Vitrolles pour Charlie Free, le 14 avril à Douarnenez, le 15 avril à Brest (au Vauban), le 20 avril au New Morning, le 14 mai aux Naïades à Saint-Jean-au-Bois (près de Compiègne) et le 24 mai à Poissy (dans le 78). A part ça, j'ai un autre projet dont je ne parle pas encore, parce qu'il est en train de prendre forme, de mûrir.

Propos recueillis par Pierre Villeret

www.jacquesvidal.com