Médéric Collignon

Cornettiste de poche et vocaliste, il est peut-être le musicien le plus demandé de la scène française, au sein de ses formations ou dans l’ONJ de Claude Barthélémy. Médéric Collignon impressionne par l’énergie qu’il dégage, la vision positive des choses pour laquelle il milite, et cette incroyable facilité qui lui permet de se faire « découvreur » d’univers à la frange des musiques entendues.

Tu as commencé à étudier la musique à l’ENMD de Charleville-Mézières. Qu’est ce qui ressort de cette période ?

A l’époque du conservatoire, Philippe Cocu a été mon professeur de trompette classique pendant 11 ou 12 ans. C’était monstrueux, parce que c’est le genre de mec qui te laissait cours, la place pour aimer et expérimenter, quitte à développer des défauts par rapport à l’éthique classique. Il ne m’a jamais empêché d’écouter et de tenter quoique ce soit, mais quand on approchait à quelques semaines de l’audition de fin d’année, il me demandait « si tu peux revenir dans la ligne, ce serait sympa ! ». Je garde contact parce que c’est lui qui a construit une grande partie du musicien que je suis devenu aujourd’hui.

Parle nous de l’expérience que tu vis avec Napoli’s Walls, avec des musiciens comme Louis Sclavis, Vincent Courtois ou Hasse Poulsen…

Ils m’ont apporté leur intelligence de gestion de l’espace, de l’énergie des uns et des autres. Ces mecs-là m’ont séduit par l’ingéniosité dans leur placement du jeu : tout ça à fait que je me suis dis « Putain, j’ai la chance de jouer avec des types comme eux ! ». C’est LA formation dans laquelle je me plais le plus parce que j’y fais ce que je veux sans avoir l’impression de jouer le mec « à la Rémi Bricka », genre homme-orchestre. Et puis Louis ne m’a pas choisi en se disant qu’il allait m’engager et me gérer un peu pour que je fasse mon numéro, il n’est pas dans ce genre de démarche. Et puis, il sait que si il me retient trop je vais lui exploser à la gueule, je suis une savonette.

Pourquoi le choix d’un instrument comme le cornet de poche qui est relativement rare ?

La trompette ça ne marchait pas. Physiquement je ne me sentais pas bien, j’avais l’impression d’avoir deux ailes pleines de goudron. J’ai essayé le cornet à piston, j’en ai joué pendant des années, mais c’était pas suffisant, il manquait quelque chose, j’étais freiné… Et un pote de Reims m’appelle pour me dire qu’il a trouvé l’instrument qu’il me fallait. C’était un cornet de poche que j’ai acheté 4000 balles à un vieux monsieur magnifique qui m’a fait goûter le gâteau au chocolat de sa femme et puis de la goutte maison. Bref, avec cet instrument j’avais trouvé LE son !

Que ce soit dans tes propres formations ou lorsque tu interviens dans d’autres, tu ne fais aucune concession.

Si je prends mon pied, si c’est pour la musique, alors j’ai le droit. C’est pour ça que j’admire des mecs comme ceux de Napoli’s Walls. Hasse Poulsen ne fait aucune concession : il fait un solo, blam ! il pète deux cordes. J’adore ! Louis Sclavis, tu vois la bave qui gicle, il a un son énorme et il souffre. Il te dit « Putain, j’ai pas eu de retour de tout le concert ». Sans plus, il fait avec… C’est ce côté punk dans le jazz qui m’éclate, pas pour jouer du jazz-punk, punk dans l’esprit, la liberté d’aller très loin…

En plus du cornet de poche dont on a parlé plus haut, il me semble que tu joues également d’un autre instrument (dans le sens positif), le public ?

Le public fait partie de la salle, du concert. Si quelqu’un gueule, tousse ou aboie, je m’en sers. Le public fait partie de ma partition. Il y a une anedocte formidable sur un enregistrement live de Miles Davis avec le quintet : Miles joue une note qui répond exactement, à la même hauteur qu’un cri de jouissance d’un mec dans le public juste après une phrase de Miles (il nous chante la phrase en question). C’est pas anodin, c’est pas un hasard : le mec il a des feuilles comme ça et qu’il a l’intelligence de prendre tout vers lui.

Tu te mets à nu sur scène ?

Je garde rien, je m’investis à 2000 %, j’ai l’impression d’être poussé par quelque chose qui ne vient pas de moi, mais qui me dit d’aller plus loin.

Propos recueillis par Jean Delestrade