Marc Simmonot

Haute-Marne Jazz !

Quel est votre parcours de musicien : des études, pourquoi cet instrument ?

Mon parcours est déjà ancien puisque j'ai commencé à casser les oreilles de ma famille dès l'âge de 4 ans par des imitations puis par des improvisations tonitruantes au piano. Ensuite à 10 ans, s'est révélé le plaisir d'accompagner grâce à une prof suisse qui m'a initié au plain-chant et aux modes grégoriens. Mais celle-ci - je la comprends rétrospectivement- goûtait peu aux impros auxquelles je me livrais en l'attendant et m'a dissuadé sans le savoir, non pas d'arrêter l'improvisation comme elle le souhaitait, mais de poursuivre notre relation . La guitare venait tout juste de faire son apparition en coulisses et avait pris le dessus. J'ai pu me débrouiller assez bien tout seul et par chance de multiples rencontres m'ont permis d'avoir toujours des buts ni trop simples, ni trop durs pour me motiver à progresser chaque fois. Puis l'électricité est apparue au grand dam des voisins de mes parents qui sont tous devenus cardiaques de Folk en Rock et de Rock en Jazz. Après avoir éclusé tous les locaux de répétition langrois, une opportunité s'est présentée à moi pour donner des cours. Un peu plus tard j'ai eu la chance et la douleur -vu mon grand âge- de reprendre une formation complète en classique au conservatoire de Besançon jusqu'à ce que diplômes s'en suivent . Cette difficile formation m'a apporté depuis une vision durable très complémentaire des mondes de la Musique.

Les rencontres musicales sont toujours très importantes dans la vie musicale. Quelles sont celles qui ont été des tournants ?

Il y en a tellement et dans tous les styles que j'en trahirais forcément certains à vouloir les citer. J'aime à me rappeler des "pionniers" anonymes locaux de la guitare, fous d'Hendrix qui -c'était possible à l'époque- jouaient pendant la récré au collège ou au lycée.Tous les dingues passionnés par la pratique d'un instrument ou par l'écoute des disques qu'on faisait circuler volontiers entre nous. Le Jazz a mis du temps à faire sa place, je n'aimais pas trop au départ et lui préférais le blues ou le rock, puis il s'est imposé de plus en plus de différentes manières et dans différents styles .
Certains passeurs ont été déterminants Zappa, Weather-Report, Miles Davis, Pat Metheny mais aussi Thelonius Monk, Bill Evans etc...

Quels sont vos projets à l’heure actuelle ?

Multiples . Re-composer puisque la direction de l'école de musique ne m'en a pas laissé beaucoup l'opportunité ces derniers temps. En général cela répond chez moi à des cycles très actifs puis méditatifs. Le Little Big Band (de Langres) m'a pris beaucoup de temps, il mérite le détour (la plupart des musiciens sont des amateurs formés sur le tas) et reflète assez bien le sympathique bazar interne constitué par mes influences, j'espère pouvoir le relancer avec plus de musiciens professionnels. Sinon les deux trios avec Vincent Bardin (CTB) soit les "Triplés" avec Thierry Bonneaux (batterie et vibraphone) et les "tractions avant " avec André Hummel au violon me comblent de bonheur dans des approches diversifiées du jazz conciliant moderne et plus classique. Les profs de Langres pourraient également créer des surprises prochainement.

Vous avez participé aux ateliers donnés par Vincent Courtois dans le cadre de sa résidence. Comment cela s’est-il déroulé et qu’en retirez-vous ?

D'abord la rencontre à la fois simple et généreuse, j'aime l'ouverture et l'envergure de l'artiste et sa façon de laisser découvrir la musique par les musiciens eux-mêmes. J'aime aussi sa liberté qui n'est pas négligeance mais promesse. Le discours et la vision n'est pas imposée, elle se partage dans l'instant. Il y a là un regard neuf et frais sans prétention . Les langrois ont vraiment apprécié.

En tant qu’observateur privilégié, quelle la situation du jazz en Haute-Marne ?Comment ce département vit-il par rapport au reste de la région ?

La situation du jazz en Haute-Marne est pour moi un bonheur total dans le sens où tous les musiciens se connaissent, s'apprécient et savent concilier travail et convivialité. Ma vision est peut-être idyllique mais il y a un réel travail de réseau de Langres à Saint Dizier, largement épaulé par les écoles de musiques et les musiciens savent prendre des risques et s'investir dans des aventures diversifiées. Sur Langres le réseau dijonnais aégalement de plus en plus d'importance dans le renouvellement des pratiques et la relance d’un public plus jeune. L'enquête de la DRAC à laquelle j'avais participé en 1995 a révélé une forte densité (malgré une faible population) par rapport aux départements voisins. Le festival Hot Marne Jazz et par conséquent l'ADDMC sont également essentiels à la bonne santé du jazz en Haute-Marne.

Pour finir grâce à l'initiative et au courage de Nathalie et Stéphane Halgand, patrons du désormais célèbre bistrot "Petit Mousse" qu'il est bon de soutenir par ces temps difficiles, un réseau de bistrot dénommé "pot'o'zinc" permet l'expression de multiples groupes essentiellement rock . Le jazz y a sa place aussi. Puissent les élus soutenir ces énergies .

Propos recueillis par Jean Delestrade