Frank Möbus

Lors du Reims Jazz Festival 2004, nous avons été soufflés par le guitariste allemand Frank Möbus, présent dans trois groupes cette année-là.

Comment es-tu devenu musicien ?

J'ai commencé à jouer de la guitare à sept ans. Durant mon adolescence, j'ai beacoup joué de la soul music avec des musiciens américains des bases militaires.

Quels sont les musiciens et les expériences qui t'ont marqué ?

Thelonious Monk, Prince, Anton Webern, Wayne Shorter, Neue Deutsche Welle, Steely Dan, Hal Crook, Free Music, John Lennon et nombre de mes amis avec qui j'ai travaillé.

Je crois que tu vis à Berlin. Peux-tu nous parler de la scène jazz allemande et berlinoise (comment vivent les musiciens,les lieux...) ? Est-ce très différent de la France ?

La scène musicale berlinoise est agréablement vivante et bouge pas mal. Selon moi et comparée aux autres villes allemandes, il y a une grande variété de musiciens originaires du monde entier et on trouve une sorte de scène underground passionnante. Il y a plus de groupes et de musiciens, qui peuvent être identifiés comme une nouvelle génération allemande : ils jouissent d’être différents de toutes les autres « cultures jazz », sans en oublier les paramètres importants. Malheureusement, ce n’est pas facile d’écouter ces groupes lors d’une visite de 3 jours : pour l’instant, il n’y a aucun club qui présente spécifiquement cette scène.

La situation des musiciens locaux est difficile, parce que la situation financière des clubs l'est aussi. Mais si tu veux jouer de la musique créative, tu dois penser au-delà de la scène locale et être prêt à voyager. C'est la bonne nouvelle : Beaucoup de gens de par le monde sont curieux de la scène berlinoise : Berlin peut être un bon point de départ avant d'en partir ! J'ai entendu des histoires similaires de la part de mes amis musiciens parisiens. Mais il y a une différence historique : La France n'a jamais eu peur de se montrer fière de ses artistes (cinéma, musique, théâtre, etc.). C'est un gros avantage !

Je sais que tu as vécu à Boston. Le monde de la musique doit être très différent de celui de l'Europe  ? Selon toi, est-il important d'aller aux États-Unis pour un musicien européen  ?

À l'époque où j'étais aux États-Unis (1985-1989), en Allemagne il n'y avait pas d'éducation musicale sérieuse pour le jazz. Cela a changé dans toute l'Europe durant les années 90. Il peut être bénéfique pour une personne travaillant dans un champ créatif d’expérimenter d’autres cultures et manières de vivre. Cela peut sérieusement ouvrir l'esprit. J'ai eu énormément de contacts avec des musiciens du monde entier à cette époque. Je continue à travailler avec beaucoup d'entre eux.

Ton groupe "Der Rote Bereich" existe depuis treize ans. Comment est-il né et quelle est son actualité ?

Au départ, le groupe était un quintet. Lors du second album nous nous sommes séparés de la basse pour des raisons liées à notre évolution musicale. Le troisième album fût le premier de notre formation actuelle, avec clarinette basse, guitare & batterie. Nous travaillons actuellement sur la préproduction de notre septième album qui doit paraître courant 2006.

L'année dernière à Strasbourg "Der Rote Bereich" a joué avec Vincent Courtois, Louis Sclavis et Dominique Pifarely. Peux-tu nous en parler ? Aviez-vous déjà joué ensemble auparavant ?

Non. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années dans un festival à Istanbul et avons parlé un peu. Mais je crois que l'idée de faire quelque chose avec cette formule est venu de Philippe Ochem, le directeur du festival Jazz d'Or.

Tu joues dans beaucoup de groupes. L'année dernière à Reims, je t'ai écouté dans trois projets différents: Carlos Bica's "Azul", "Der Rote Bereich" & "Erdmann 3000". À chaque fois la musique et la façon dont tu jouais étaient extrêmement différentes. Est-ce difficile ou excitant de changer si souvent de monde ?

Ces groupes demandent simplement un comportement musical normal. C'est définitivement plus exitant que difficile. Toutes ces formations existent depuis longtemps, il m’est assez donc facile d’entrer dans l’univers approprié. Le plus important challenge pour moi est de changer le rôle de mon instrument suivant qu'il y ait une basse ou non.

Je crois que tu es également compositeur. Est-ce une part importante de ton travail ?

Oui. Je peux être sûr que la musique est plus mauvaise en réalité que sur le papier... Ce n'est pas toujours facile pour moi de trouver le bon état d'esprit pour composer...

Qu'écoutes-tu actuellement ?

Rock indépendant, musique classique et contemporaine, hardcore, punk... et de nombreuse démos que m'envoient de jeunes musiciens.

Es-tu sensible à d'autres formes artistiques ?

Comment un musicien pourrait-il ne pas s'intéresser aux autres arts ?

Je crois que tu enseignes également . Est-ce important pour toi ?

J’enseigne actuellement à l’Université de Musique Franz Liszt de Weimar. J’ai également travaillé dans d’autres écoles du même type à Berlin et à Nuremberg. Quelquefois, j’enseigne lors de stages dans différents endroits du monde.

Propos reccueillis par Pierre Villeret

www.frankmoebus.de