Philippe Schoonbrood

Quelques questions à Philippe Schoonbrood, journaliste de jazz. Il est le correspondant pour la Belgique de Jazzman, mais également rédacteur en chef du magazine Jazz@round : Il était une fois le jazz belge :

Philippe Schoonbrod ?

Né en 1957, dans une famille musicale, j'ai très tôt été baigné dans la musique afro-américaine au travers des 78 et ensuite 33 tours de mon père. Le meuble radio-tourne disques, lieu sacré dans le salon parental, a rapidement cédé la place à l'installation Hi Fi, ainsi qu'aux notions d'espace et aux aspects techniques liés à la musique. Bien que responsable d'une entreprise de toréfaction de cafés, mon père a toujours maintenu une activité artistique. Il animait un groupe vocal qui a parcouru les salles dans la partie francophone du pays, pour des concerts en tant qu'invité ou pour des concours musicaux. Ce fut pour moi la première et seule expérience de scène, comme membre du choeur, chanteur soliste, mais aussi percussionniste (ah ce rythme de samba qu'il fallait maîtriser en répétant encore et encore, pendant quelques heures, avant de l'exécuter "naturellement !).

Adolescent, je faisais partie d'un club de musiques progressives - Rockenstock (1973-1977) où nous pratiquions l'écoute collective, commentée et critiques des LP's qui vennaient de sortir. Ce club a ensuite donné naissance à un ciné-club, "Travelling", dont j'étais l'animateur pendant près de quatre ans. J'y programmais des dessins animés (du "Roi l'Oiseau" aux derniers Disneys) pour les mouvements de jeunesse, afin de pouvoir accueillir des films comme "8 1/2" de Federico Fellini.

Tout en "consommant" la production musicale de l'époque avec avidité, je suis entré en contact avec l'équipe de Jazz In Time, magazine mensuel, vendu en librairies, et considéré à l'époque comme un des meilleurs magazines spécialisés consacrés au jazz. L'évolution du magazine vers plus de professionnalisme lui a été fatal. En effet, le réservoir de lecteurs en Communauté Française de Belgique (4 millions d'habitants maximum) ne permettait pas un tel développement, et le magazine ne disposait pas des moyens privés et publics nécessaires pour affronter l'exportation.
A la disparition de Jazz In Time, avec d'autres, j'ai défendu l'idée d'un magazine gratuit, qui, avec le temps pourrait grandir, receuillir des soutiens, évoluer etc. Il faut savoir qu'au même moment, j'étais responsable de la rédaction francophone d'un magazine culturel eurégional, publié en trois langues, et distribué gratuitement dans les régions de Aachen (D), Maastricht (NL), Hasselt (B), Eupen (B) et Liège (B). Après une collaboration limitée à quelques chroniques, mon intervention sur le plan de l'écriture et de l'orientation du magazine n'a cessé de croître, jusqu'au jour où j'ai défendu l'idée d'une ouverture plus grande du magazine aux musiques dites actuelles, à la littérature, aux liens entre jazz et cinéma etc. Ce changement de cap n'était possible qu'au travers de la création d'un poste de rédacteur en chef. Aujourd'hui, l'équipe de collaborateurs de Jazzaround est plurielle, transdisciplinaire et, ce qui n'est pas un détail, bien répartie sur l'ensemble du territoire francophone belge.

Quelle est le traitement du jazz par les médias en Belgique ?

La Belgique n'est pas très différente de la France si ce n'est que tout s'y déroule à plus petite échelle, avec moins de moyens, mais certainement avec autant de travail, de talent et de désir de transmettre.

Depuis la fin de cette année, la Belgique compte de nouveau plus que deux magazines, gratuits, consacrés au jazz, Un magazine dans chaque "régime linguistique". Le tirage de ces deux magazines permet d'avancer qu'ils touchent ensemble environ 35.000 lecteurs.

La RTBF (radio et télévision de service public) programme quelques émissions régulières consacrées au jazz. Quant aux radios privées, seules quelques radios locales en milieu urbain prennent ce risque, les grands réseaux (Contact, NRJ, Nostalgie etc) ne programment aucune émission spécifique consacrée au jazz. La télévision est certainement le parent pauvre, car aucune émission régulière ne se trouve à la grille des programmes de la RTBF. Quant à Internet, il faut souligner ici que nous disposons en Belgique d'un site remarquable pour sa lisibilité, la fréquence de ses mises à jour... géré par l'association Les Lundis d'Hortense, avec Ilan Oz et Michel Herr comme chevilles ouvrières remarquables.

Quel est le situation de la formation des musiciens de jazz en Belgique ?

Depuis ces dernière années, on a pu assiter à un détricotage du système de formation. Plus aucune formation spécifique à Liège, mis à part la classe d'impro de Garret List, alors que Liège, grâce à l'impulsion de Henri Pousseur, a permis à de nombreux musiciens de constituer la scène adulte actuelle et reconnue à l'étranger (Houben, Vaiana, Pirotton, Cassol, Massot...). Le jazz souffre ici aussi d'une attitude conservatrice dominante dans les sphères de décisions tant au niveau politique qu'au niveau administratif.

Chose intéressante, aujourd'hui, suite au phénomène "Star Ac'" et tutti quanti, on assiste à une augmentation importante d'inscriptions dans les académies de musique, tandis que les conservatoires notent une baisse croissante de nouveaux étudiants !

J’ai assisté à l’édition 2003 de Jazz à Liège : gros événement, incontournable et vitrine vers l’étranger. Mais sa programmation, entres autres, pose quelques questions…

Jazz A Liège, est un événement ponctuel, important, avec une aura internationale. Il ne faut jamais oublier que cet événement n'est possible à Liège que grâce à son directeur, ancien patron de la radio et télévision publique à Liège. De plus, l'aide matérielle et humaine apportée par la RTBF à Jazz A Liège représente près de la moitié du budget du festival... En ce moment, la RTBF est sous la coupe d'un plan "Magellan" de restructuration et de réorganisation... quid de Jazz A Liège... Enfin, j'ajouterai que Jazz A Liège souffre aujourd'hui d'une certaine crispation au niveau de la programmation... L'affiche est trop déterminée par les tournées en cours...aucune ouverture aux musiques électroniques... trop peu de créations... et trop souvent le chevauchement de concerts frustre le public présent.
Une question de survie risque de se poser à Jazz A Liège : nouvelle formule ou disparaître !

Quelques mots sur les noms de la futur scène jazz belge ?

Question difficile... car puis-je prétendre connaître tous les musiciens de la génération émergente ? Je ne le pense pas... d'autant que s'il m'arrive de laisser traîner mes oreilles à Bruxelles, Liège ou Mons... du côté de Gand, Bruges ou Anvers... c'est beaucoup moins fréquent. Je soulignerai ici que mon activité pour Jazzaround, et le jazz en général (Jazzman, Les Allumés du Jazz, Jazzmoezaiek..) se déroule après un boulot principal et un engagement personnel sur le terrain du syndicalisme et de la défense des services publics. Mais bon, jetons-nous à l'eau : Josef Dumoulin (claviers), Marco Loccurcio (guitare), Jean-Fraçois Debry (basse électrique, trompette), Emmanuel Louis (guitare), Alain Pierre (guitare), Quentin Dujardin (guitare), Dieter Limbourg (saxophones, flûtes), Gert Keunen aka Briskey (DJ, remix, électroniques), Jacques Foshia (saxophones, clarinettes), Jef Neve (piano), Laurent Blondiau (trompette, bugle), Chris Mentens (contrebasse), Daniel Romeo (basse électrique)... quelques déjà un peu connus... d'autres de célèbres inconnus et pardon pour les oubliés...

Propos reccueillis par Jean Delestrade