Stefano Di Battista

Parker's mood

Encore un hommage rendu à Charlie Parker ? D'éternels standards visités et (re)visités à toutes les sauces... Me dira-t'on. Manque t'on à ce point de créativité en ce début du XXI ème siècle pour aller « piocher » et ensuite déstructurer, reconstruire et remodeler selon sa propre patte des morceaux que certains qualifieront de poussiéreux, des années 50 ? Je vois venir les mauvaises langues à la lecture de l'intitulé du nouvel opus de l'ami Stefano di Battista, Parker's Mood : « la liste des hommages rendus à Bird ne fait que s'accroître. Un de plus, rien à ajouter ». Seulement ici s'arrête, l'opinion de ceux qui se contentent de lire la pochette du disque et commence celle, de ceux qui poursuive l'aventure en tendant une oreille attentive à cette nouvelle aventure à l'italienne.

Pour accompagner le Maestro muni de ses habituels sax alto et soprano, une distribution de qualité : Kenny Barron, qui fut autrefois le pianiste (excusez du peu) de Gillespie et Stan Getz. Herlin Riley à la batterie qui succède dignement à Elvin Jones et autre André Ceccarelli qui ont accompagnés di Battista quelques années plus tôt. Pour la petite histoire, Herlin et Stefano ont d'ailleurs tous deux un point commun, celui d'avoir eu la chance de jouer avec la subblissime Dianne Reeves. Du côté des habituels et non moins amis du saxophoniste, on retrouvera Rosario Bonaccorso à la contrebasse et Flavio Boltro à la trompette, aventurier de la première heure, depuis l'album A Prima Vista sortie en novembre 98.

L'album débute par un apéritif « Bitter-Campari & cacahuètes salées » qui, comme tout bon apéro 'di Milano' vous ouvre l'appetit pour la suite du repas. Les festivités se poursuivent avec une version de A Night In Tunisia totalement inédite aux allures de Bossa, où le côté arabisant prend une tournure plutôt sud-américaine, ce qui offre de nouvelles perspectives et un univers complètement recrée au sein de ce disque. La manière dont di battista et sa joyeuse bande se sont appropriés les morceaux est assez phénoménale et constitue incontestablement le point fort de cet enregistrement. Cela nous donne au final un savoureux mélange entre d'un côté, le respect du standard, des schémas harmoniques de base, la fidélité (que les musiciens se sont certainement imposés) à l'idiome forgé par Bird et d'un autre côté, la vivacité, la technicité « sans en faire de trop, juste ce qu'il faut » avec ce son qui caractérise véritablement aujourd'hui l'École italienne du jazz (à l'image de Rosario Giulani, Stefano Bollani... etc.) Voilà ce qui fait à mon sens toute la singularité de cet album.

A chaque début de nouveaux morceaux, une éternelle question se pose : comment vont-ils s'y prendre cette fois-ci, pour faire de ce titre maintes et maintes fois repris par le passé quelque chose d'original ? Le salto et la réception qui suit sont parfaits à chaque fois à l'image des morceaux Donna Lee ou Congo Blues , qui pris sur des tempos effrénés nécessitent des phrases toujours plus acrobatiques et techniquement difficiles, mais que Stefano et ses potes réussissent avec succès.

Vous aurez compris qu'il ne s'agit pas seulement qu'un simple hommage, mais d'une visite privilégiée dans le monde de Bird par un saxophoniste bourré de talent, ouvert à des courants musicaux très divers (Le RJF* de l'année passée me donnera raison avec l'intervention musclée de l'Italien sur les rythmes électroniques du Break), Stefano a également pour lui de savoir s'entourer d'excellents musiciens et il le prouve ici encore une fois.

Maxime Lomme