Pascal Anquetil

20 ans de jazz en Champagne

Champagne ! Il y a tout juste vingt ans, en janvier 1984, était créé à l’initiative du Japif (Jazz Paris Ile-de-France) le Centre d’information du jazz dont j’ai la chance d’être le responsable. C’est de ce poste d’observation privilégié que je me permets aujourd’hui de tenter un trop rapide travelling sur les évolutions et bouleversements du paysage du jazz en Champagne-Ardenne en deux décennies.

1984 En Champagne, le jazz ne pétille pas. Il survit, éventé ou contenu dans certaines bulles isolées comme Reims par exemple…ou par hasard. Zone tampon entre l’Ile de France et la Lorraine, la région ne semble alors guère profiter du nouvel activisme associatif que manifestent ses voisines. Les tournées ne s’y arrêtent pas, rien ni personne ne les engageant à le faire. Il y a, bien sûr, le Hot Club de Champagne animé par Jean-Pierre Chouleur qui, dans un grenier à Longchamp, propose à ses fidèles une dizaine de manifestations « vieux style » par an. N’oublions pas de mentionner la toute jeune (et malheureusement éphémère) association « la Gamme au vert » qui tente d’organiser à Saint-Dizier quelques concerts de jazz dans un département particulièrement pauvre en swing. Le seul vrai évènement jazz de l’année a lieu en mai à Maison de la culture de Reims : le festival « Musiques de traverses » qui sous la houlette de Patrick Plunier défriche les nouveaux territoires de musiques nouvelles et improvisées, voisines ou cousines du jazz.

Conclusion la plaine est morne, presque déserte…Au secours !

1994 Le Centre d’information du jazz, à la suite de la dissolution du Cenam où il était hébergé depuis ses débuts, participe à la naissance de l’Irma et se met tout de suite en quête d’un correspondant régional. En la personne d’Alexis Musicas, qui crée le Centre Info Jazz tout et édite avec courage et passion un bulletin d’information sur la vie du jazz en Champagne, le « Zine », je trouve un collaborateur dévoué qui tente avec un humour pince sans rire de me convaincre de l’ébauche d’un frémissement d’effervescence jazzeuse dans sa région. Voire ! Il y a toujours, bien sûr, le Hot Club mais aussi de nouvelles associations. A savoir, feu « Jazz à Reims », animée par Joseph Mastrorizzi, qui réalise au CNAT de beaux évènements comme la venue de Lee Konitz et Barney Wilen. Mais aussi « Charleville Action Jazz » qui, grâce à la passion de Patrice Boyer, tente d’éveiller au swing les Ardennais, « Jazz Aube Session » et le « Jazz Club de Champagne » qui, sous la direction artistique éclairée de Francis Le Bras, produit des concerts au Cirque et, bien sûr, au Croque Notes. Ce chaleureux petit club de 70 places s’impose vite, avec le café brasserie Le Palais (dont le patron Jean-Louis Vogt est un vrai passionné de musiques improvisées) comme le repaire des jazzophiles champenois. Côté festival, le Salmanazar organise pendant une semaine en mars « Jazz à Epernay » avec le concours de la Cigale musclé. De son côté le Jazz Club de Champagne inaugure en mai la première édition du « Reims jazz Festival avec, au programme, l’ONJ et Biréli Lagrène. On connaît depuis son heureux avenir

Conclusion le paysage bouge et annonce, encore trop timidement, des lendemains qui swinguent

2004 Le Centre Info Jazz dispose désormais enfin d’un permanent en la personne de Jean Delestrade qui anime avec talent, malgré les maigres moyens du bord, un site qui ne cesse de s’améliorer et de témoigner de la nouvelle vitalité du jazz régional. La scène champenoise compte aujourd’hui une petite centaine de musiciens et deux collectifs d’artistes. Fondé par Ann Ballester et Mimi Lorenzini, « Musiseine » s’illustre par la qualité de ses ateliers et la diversité de ses productions et performances artistiques (les « Manif’Estives » fin août). Quant au Collectif Alka, sous la houlette de François Choiselat, il se consacre à la promotion de musiques improvisées au travers de créations, de concerts à la Grange (Saint André les Vergers) et d’actions pédagogiques. De son côté, L’ADDM 52 s’investit dans le « Hot Marne Jazz Festival », manifestation éclatée dans tout le département qui se déroulera pour la première fois cette année en avril. Parmi les associations locomotives de la région, il faut citer, outre Charleville Action Jazz qui poursuit son chemin avec originalité, « Aube Musiques Actuelles », nouveau membre de la fédération des Scènes de jazz, qui présente chaque mois à l’Espace Cité à Troyes une programmation haut de gamme et innovante (de Jim Black à Eric Watson). N’oublions pas, bien sûr, de souligner l’importance de l’action menée depuis quelques années par [Djaz] 51, nouvelle mouture du Jazz Club de Champagne, qui sous l’impulsion de Francis le Bras s’affirme comme la structure phare du jazz champenois. A preuve, l’organisation de trois manifestations (Reims Jazz Festival, Jazz autour des flâneries musicales, Terrasse Découvertes), management d’artistes rémois et de groupes marnais, pilotage de résidence (celle de Vincent Courtois fut à ses dires un total succès). Dernière pièce à conviction à verser au bilan qui prouve la renaissance du jazz en région : l’ouverture (enfin !) d’une classe de jazz au CNR de Reims avec Manu Peckar comme professeur. Elle fait suite à celle qu’anime au conservatoire de Troyes le pianiste Ludovic de Preissac.

Conclusion pas de doute, grâce à des initiatives passionnées, des efforts opiniâtres et, comme toujours, quelques talents individuels, la scène du jazz en Champagne a en vingt ans évolué dans le bon sens. Puisse-t-elle dans les vingt prochaines années voir les bulles de swing se multiplier un peu partout sur tout son territoire. Ce n’est qu’un début, continuons…

Pascal Anquetil
Responsable du Centre d’Information du jazz
Irma, 22 rue Soleillet, 75020 Paris – tél : 01 43 15 11 11
Email : panquetil@irma.asso.fr Site : www.irma.asso.fr