Vierergruppe Gschlößl

I take everything

J’ai eu l’opportunité d’entendre Gerhard Gschlößl l’été dernier dans un club berlinois très agréable, dont l’atmosphère et le public, très jeune tranchaient avec nos bien-aimés clubs parisiens : le B-flat. La musique qu’il jouait (aux côtés de Johannes Fink d’ailleurs) avait peu à voir avec celle de ce disque, puisqu’il s’agissait essentiellement de standards, de très bonne facture d’ailleurs, qui m’ont permis de vite réaliser que je me trouvais en face d'un jazzman de premier plan.

On retrouve d’ailleurs ici la fine fleur du jazz berlinois avec quelques-uns de ces excellents représentants. Les présentations : Rudi Mahall est un clarinettiste bien connu que l’on retrouve dans de multiples projets, dont le fameux trio Der Rote Bereich du guitariste Frank Möbus, Johannes Fink est le contrebassiste du quartet Erdmann 3000 de Daniel Erdmann (nous en avons déjà parlé…) et depuis peu du trio du pianiste Joachim Kühn, dont Christian Lillinger est par ailleurs le batteur… (ce dernier jouera d’ailleurs à Reims aux côtés du pianiste John Schröder le 15 novembre prochain pour le Reims Jazz Festival). Comme souvent, les disques font un peu photo de famille…

Mais revenons au disque : Gerhard Gschlößl et Johannes Fink se partagent les dix compositions de l’album. C’est du jazz. Indéniablement du jazz, marqué me semble-t-il par l’aventure free des années soixante, soixante-dix, mais qui s'inscrit pleinement dans son temps par le jeu des solistes qui semblent se faire bien plaisir, se "lâcher" sans aucune œillère. Les compositions de Johannes Fink, dont tout l’album met bien en valeur la belle sonorité très boisée, terrienne, ainsi que son jeu de violoncelle, sont assez classiques mais très efficaces, et surtout elles respirent l’humour avec un certain décalage, que l’on savoure volontiers. Celles de Gerhard Gschlößl, dont on admire la sonorité, la force expressive et la virtuosité, semblent plus aventureuses par certains côtés, avec notamment un aspect inattendu, que je ne saurais qualifier autrement. Rudi Mahall est quant à lui impeccable et se met pleinement au service de la musique qui lui est proposée tout en jouant parfois les trouble-fête en aiguillonnant ses comparses. Christian Lillinger, quant à lui, produit un drive terrible et fait bien monter la sauce de ce disque.

Pour finir, ça swingue et ça envois, pas tout le temps, souvent (la précisison a son importance), mais la musique charme également par son univers élégamment singulier et une association de fortes personnalités qu’il nous reste à découvrir davantage.

Pierre Villeret

I take everything (Jazzwerkstatt, 2007)

Gerhard Gschlößl trombone & soubassophone
Rudi Mahall clarinette basse
Johannes Fink contrebasse & violoncelle
Christian Lillinger batterie

www.gerhardgschloessl.de

www.myspace.com/gerhardgschloessl

www.jazzwerkstatt.eu