David Murray
Black Saint Quartet

Charleville-Mézières - Théâtre - 14 octobre 2006

David Murray n’est pas à proprement parler n’importe qui. À cinquante ans, après 250 enregistrements, dont 80 sous son nom, nous apprend le texte de présentation du concert, et de multiples collaborations plus prestigieuses les unes que les autres, il bénéficie de l’aura de géant du saxophone, dans la lignée des Hawkins, Rollins, Coltrane, ou Ayler. Après ses débuts dans la lignée "free" de ce dernier et plusieurs aventures rejoignant la "world music", il se présente à Charleville-Mézières avec un quartet tout ce qu’il y a de plus typiquement jazz, une section rythmique piano / contrebasse / batterie qui ne manquera pas de mettre en avant son leader.

Le concert démarre sur les chapeaux de roues avec le très funky "Sparkle" de Curtis Mayfield. On pourra difficilement trouver plus accrocheur que ce tube joué sur un tempo d’enfer par un groupe tout à son affaire et qui donne le ton de l’ensemble du concert. Le patron aligne les chorus et termine son long solo par des cris empruntés au free le plus seventies qui soit, avant de laisser une place d’expression à chaque membre du groupe. Il serait injuste de caricaturer en écrivant que la prestation s’est limité à une longue démonstration des possibilités du saxophone joué par un virtuose, entouré d’autres instruments juste présents pour le décor. En effet, il s’agit certainement d’un groupe réuni pour la tournée, soit. Mais quel groupe… Que ce soit le batteur Renzell Merritt, qui "drive" l’ensemble avec une efficacité redoutable, le contrebassiste Jaribu Shahid (membre du Art ensemble of Chicago), dont les soli sont passionnants et nous font constamment tendre l’oreille (on sait à quel point il est difficile de tenir un public en haleine avec un solo de contrebasse…), ou le jeune pianiste Lafayette Gilchrist, évoquant avec élégance et retenue les grandes références de son instrument, tous donnent le meilleur et ne se contentent pas de jouer les accessoires. Leurs interventions permettent à la musique de respirer entre les interventions de David Murray, qui, il faut le reconnaître, est un saxophoniste monumental, qui remplie littéralement l’espace sonore.

En ce qui me concerne (tout le monde ne sera peut-être pas d’accord), c’est à la clarinette basse que le maître m’aura le plus impressionné sur une de ses compositions dédiée à un documentaire sur l’esclavage aux Etats-Unis. Ce thème est tout simplement magnifique, mais surtout David Murray l’a interprété avec économie, délicatesse, et pudeur, le mot n’est pas trop fort. Très beau.

Je vais me permettre une image, peut-être légère, mais que l'on comprendra aisément : ce concert me fait penser à une Heineken (*) bien fraîche, que l’on boit pour se détendre après le travail par exemple. Ce n’est certes pas une prestigieuse trappiste belge, riche, forte, que l’on se doit de déguster avec délicatesse, sous peine de passer pour une vraie brute ivrogne, mais c’est tout simplement bon(**). Ce concert était exactement comme cela : on savait d'avance ce que l’on allait y écouter, mais on savait surtout que ce serait bon et on n'a pas été déçu.

Pierre Villeret

(* Marque déposée)
(** À consommer avec modération)

David Murray saxophones
Lafayette Gilchrist piano
Ray Drummond contrebasse
Andrew Cyrille batterie

www.myspace.com/davidmurraymusic

www.charlevilleactionjazz.com