Flemish Jazz Meeting à Bruges du 4 au 6 septembre 2009

Votre serviteur s'est rendu de son plein gré en ce début septembre dans la bonne ville de Bruges pour ce rendez-vous immanquable.

Ce Jazz Meeting est organisé tous les deux ans par Jazz Brugge avec De Werf (le chantier, en flamand) club très actif à Bruges, le Centre de Musique des Flandres et Jazz Lab Series. Des journalistes et programmateurs belges, français, italiens, allemands et de bien d'autres nationalités sont invités pour voir et entendre un panel représentatif de la scène flamande lors de quelques journées.

La sélection des groupes présentés lors de ce show case a été, comme lors des précédentes éditions le résultat d'un choix effectué par une cinquantaine de personnalités de la scène jazz de Flandres (journalistes, producteurs...) qui ont patiemment réfléchis pour mettre en avant une dizaine de groupes ayant le meilleur potentiel pour être diffusés à l'étranger. Leur choix s'est porté cette année sur treize formations très différentes les unes des autres.

La première salve de concerts a été donnée le vendredi 4 septembre. Après un accueil chaleureux au De Werf, les participants se sont installés avec le plus grand sérieux dans la belle salle de concert d'un peu moins de 200 places. Cinq groupes se sont succédés ce soir-là dans un ordre de marche tenant presque du speed dating ! Chaque formation avait 20 minutes pour convaincre et séduire, autant dire que le défi est difficile à relever... Dans ces conditions très particulières (public de professionnels, set très court et cinq groupes dans la même soirée) il s'agit de donner le meilleur tout en restant insensible au trac...

Après une charmante présentation Néerlandais / Anglais effectuée par une animatrice radio enjouée, les premiers à s'être lancés sur scène furent les Hijazz. Ce sextet a l'instrumentation très orientale (oud, doudouk) lance des ponts entre musique nord africaine, de l'Est et improvisation européenne. Belle entrée en matière pour un show case belge car ce groupe rassemble un tunisien, un marocain, un arménien et bien sûr des belges ! Cependant, le jeu se perd dans des atmosphères un peu contemplatives et finalement on perd un peu la notion du jazz dans cet univers. Bien que la facture soit bonne on reste un peu au bord du chemin...

Le groupe suivant, le Pierre Anckaert Trio (piano, basse, batterie) featuring Stefan Bracaval flûtes, n'est pas plus convaincant avec ses atmosphères teintées de jazz latin... La durée du set doit être en partie responsable de cette difficulté ressentie à se mettre vraiment dans le jeu.

Le Free Desmyter quartet a vraiment commencé à faire décoller cette soirée mais sans réelles surprises dans un style assez classique post bop. La présence du saxophoniste américain John Ruocco installé durablement en Belgique doit y être pour beaucoup. Enfin, on ressent la grande cohésion du groupe et un vrai plaisir de jouer. Sans être éblouissant, ce groupe a tiré son épingle du jeu par sa dynamique et un beau son d'ensemble.

Le trio à l'instrumentation inhabituelle de Tuur Florizoone accordéon, Michel Massot tuba et Marine Horbaczewski violoncelle a quant à lui véritablement sut séduire l'auditoire. Une grosse présence scénique de Michel Massot toujours aussi expressif et impérial, Tuur Florizoone joue vraiment sur les mélodies et les atmosphères loin de toute virtuosité tapageuse accompagné en toute discrétion par la violoncelliste. Ils créent tous les trois un bel univers où l'on se laisse prendre bien volontiers. Un, si ce n'est le meilleur, des très bons moments de ce show case !

Pour finir la soirée, le quartet du saxophoniste Jeroen Van Herzeel avec la présence du contrebassiste français Jean-Jacques Avenel. Celui-ci a commencé par un magnifique solo puis le son compact du groupe s'est imposé... un peu hard et tout de même un peu prisonnier des clichés du genre. Mais rien de tel pour tenir éveillé un auditoire un peu fatigué.

Le lendemain nous étions attendus de pied ferme au Memling Museum par un quartet de saxophones en acoustique dans une salle immense et magnifique sous une charpente médiévale de toute beauté. Nous avons eu droit à un répertoire très académique, respectant les canons du genre suivi d'une visite guidée du musée (avec 2 superbes retables de Jérôme Boch).

En fin d'après-midi, nous étions tous conviés à un barbecue en plein air qui a permis à l'ensemble des participants d'échanger informations, disques, etc. Un véritable salon du Jazz et une opportunité certaines pour bien des groupes et managers belges de faire connaissance avec de nombreux diffuseurs européens. Le soir, le marathon a repris avec cinq nouvelles formations.

Tout d'abord, un groupe de jeunes avec pleins de jeunes (8 personnes sur scène), pleins de sons, un peu beaucoup d'informations à assimiler : Briskey. C'est rafraîchissant, touffu, mâtiné d'électro, d'effets divers et variés, plein de vitalité, bref à suivre.

Après le court changement de plateau (et en passant, bravo aux techniciens pour leur rapidité entre chaque groupe) le quintet du trompettiste Carlo Nardozza a pris la suite avec élégance. Ce jeune instrumentiste qui a rejoint l'équipe de Texier possède un très beau son et leur répertoire offre de splendides plages d'improvisations plutôt inspirées. Encore un bon moment.

A mon sens, les formations qui suivirent : le Christian Mendoza Quartet, le Radiokukaorkest, puis le Delvita Group ne présentaient pas le même intérêt mais cela reste très subjectif. Cependant, dans cette dernière formation le batteur Toni Vitacolonna s'est fait remarqué par son énergie. On le retrouvera probablement dans les années à venir.

Le dimanche matin, de retour après une fin de soirée plutôt conviviale et très européenne nous avons repris place dans la salle de De Werf avec un concert à 11h du Tutu Poane Quartet, une sud africaine installée en Belgique qui chante en anglais et en Sepedi, sa langue maternelle. Tutu Poane est une artiste ayant une belle présence scénique mais sa voix un peu voilée atteint cependant parfois ses limites. La conclusion de ce long show case a été confiée au saxophoniste Bart Defoort.

Les adieux entre participants ont commencé et c'est avec gratitude que nous avons tous remercié chaleureusement Rik Bavernage et toute l'équipe de De Werf pour la qualité de son accueil. En espérant être de la prochaine fête dans deux ans...

Gilles Gautier

www.flemishjazzmeeting.be

www.dewerf.be