Monsieur Z.

Par un effort des muscles sterno-cléido-mastoïdien, détournons notre curiosité vers l’Est, et découvrons alors un nombre considérable de musiciens passionnants : le hongrois Gabor Gado, le bulgare Gueorgui Kornazov ou l’azérie Aziza Mustapha Zadeh. Mais il est un musicien dont l’importance et l’influence a été trop minimisée.

Piotr Zewlowski est aujourd’hui un musicien âgé, retiré dans un petit village, Kochlev au sud de Czestochova. Il est cependant bien loin d’attendre ou de réclamer une quelconque reconnaissance pour sa contribution à l’histoire du jazz.

Quittant la Pologne au lendemain de la seconde guerre mondiale, Piotr Zewlowski a développé une approche de la trompette très particulière. Peu sensible aux styles de jeu du moment (be bop puis hard bop), ces enregistrements demeurent inexistants. Mais l’arrivée du free et la révolution qui s’engageait alors répondait enfin à ses idéaux esthétiques : Eric Dolphy, Charles Mingus ou encore Ornette Coleman furent ses principaux compagnons de route.

Le son de Piotr Zewlowski est reconnaissable entre mille : le trompettiste a su allier un son d’une limpidité rare (dû à une technique sans égal) et une expressivité incroyablement emprunte de révolte, de colère.

Il a transmis son savoir à quelques élèves qui n’ont pas hésité à faire le déplacement jusqu’en Pologne, notamment David Murray et John Zorn qui dira de lui dans une interview « Ma mère m’a mis au monde, Zewlowski m’a mis en musique ».

Jean Delestrade