Black vs Motian

Paris - Jazz à la Villette - 11 & 12 septembre 2003

Paris est une ville de jazz. Des clubs ou des salles de concerts aux quatre coins de la capitale. Notre 52ème rue à nous, et des lieux chargés d’histoire et de souvenir comme le New Morning. Et puis Paris a son festival, Jazz à la Villette. Jazz au Parc Floral mélange afficionados et famille en goguette pour des concerts assis au coin d’une couverture dépliée sur l’herbe.

Le festival de septembre rassemble beaucoup plus de passionnés. C’est aussi le rendez-vous des musiciens que l’on croise au détour du bar ou d’un escalier : Vincent Courois, Olivier Sens, Mathieu Donarier, Daniel Humair, Gabor Gado et j’en passe.

Votre serviteur n’a assisté qu’à deux soirées, celles du 11 et 12. Et pour cause, puisque celui la même (en raccourci, moi) est attentif aux prestations du Jim Black. Dessert et fromage donc, puisqu’il m’était donné de l’écouter deux soirs de suite, le jeudi en trio avec Louis Sclavis et Marc Ducret, le vendredi avec sa propre formation « AlasNoAxis ».

Premier soir et salle comble. Public impatient aux portes et dans les sièges : attendent-ils Sclavis ou Motian ? Louis Sclavis est, on le sait, un explorateur qui s’avance dans la musique avec une conviction, mais surtout une envie énorme.Il s’adjoint pour l’occasion deux compagnons de voyage rompus aux missions de défrichage. Le trio s’invente au fil des minutes du concert, les interactions se construisent, reposent sur la virtuosité inventive des solistes. Ducret et son univers si singulier et dense, aux couleurs que lui seul sait trouver. Sclavis est Sclavis, Jim Black se taille une belle part du gâteau, le public est en équilibre sur sa ligne rythmique. Ovation.

Paul Motian arrive accompagné de son Electric Be Bop Band. La scène est cocasse : un Paul Motian frêle au milieu d’une troupe de teenagers américains casquettes-pantalons larges-basket ! Peu importe. Premier morceau et on se met à attendre le deuxième, celui pour lequel tout le monde sera chaud. Le troisième peut-être ? Les applaudissements sont forcés, la salle se vide entre chaque morceau. Non pas que la qualité des solistes soit à remettre en doute, mais il manque cette dynamique, ce ressort de la musique vivante. Et l’ombre de Jim Black plane encore.

Bis repetita le vendredi. Toujours cette même impatience dans le hall et les travées du grand auditorium. La file des sans-billets s’allonge de minute en minute, on guette les places pour le concert à ne pas rater. AlasNoAxis est annoncé sans Skuli Sverrission ni Chris Speed. Le premier tient finalement bien sa place et le saxophone est tenu par un troisième islandais Oskar Gudjonsson. Le public est prêt à bondir, Oskar aussi. Leur précédent concert à Troyes quelques mois auparavant auquel j’avais assisté m’avait bluffé. Et ils remettent ça !

Le jazz n’est plus de mise : la musique d’invention prend le dessus, tenant tout aussi bien caractéristiques propres à la scène islandaise qu’à la puissance de celle de Seattle. Les islandais sont certes parfaitement perchés dans l’univers « AlasNoAsis » (notamment le guitariste Hilmar Jensson), mais le public n’a d’yeux que pour Jim Black. Sûrement parce qu’il a la capacité de construire un échafaudage rythmique que l’on croit tour à tour chancelant tant les épaules sur lesquelles il repose semblent fragiles, et ensuite implacable de puissance. Un batteur dont on sent que le jeu est la traduction d’un combat entre beauté et chaos.

Premier upercut. John Scofield, Steve Swallow voûté sur sa basse et Bill Stewart : le trio est rodé et Scofield détient le secret qui fait de lui un musicien charismatique (dans le jeu et auprès de ceux qui l’entourent). N’y voyez aucun détour ou raccourci : la classe tout simplement !

Je sors du hall et me retrouve sur l’esplanade devant les superbes Halles de la Villette. J’allume une cigarette. Mon pote Seb, fan complet de Scofield est ravi. « ça, c’est fait ! ».

Piotr Zewlowski

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