Jazz autour des Flâneries Musicales de Reims 2006

Retour sur l'édition 2006 du festival

L’édition 2006 du jazz autour des Flâneries Musicales de Reims nous a donné quelques moments forts. Résolument orienté vers un jazz européen de création, ce festival permet d’entendre de nombreuses jeunes formations, mais également des groupes et musiciens dont la renommée n’est plus à faire.

La programmation a démarré très fort au Centre des Congrès, le week-end des 24 et 25 juin. Le pianiste www.djaz51.com au sein d’un quartet de haute volée réunissant Christophe Monniot (saxophones), Sébastien Boisseau (contrebasse) et Christophe Marguet (batterie) a placé la barre très haut, avec une musique on ne peut plus sophistiquée, mais surtout avec un niveau de jeu et d’engagement littéralement époustouflant. Le lendemain de fût au tour des pianistes Stephan Oliva et www.djaz51.com de continuer cette ouverture avec un quintet dédié au ragtime, "Echoes of spring". On retrouvait avec plaisir dans cette formation les mêmes Sébastien Boisseau et Christophe Marguet, augmentés de Laurent Dehors (clarinettes). Ce fût une belle relecture d’un courant musical, axée sur des pianistes emblématiques de ce courant historique du jazz, mise en valeur par des arrangements d’une grande qualité. Il faut reconnaître que l’on n’attendait pas vraiment les deux leaders sur ce terrain et le résultat est une belle réussite.

Après cela, il restait tout de même quinze formations à écouter et de bon moments en perspective. La suite immédiate est venue avec Hourvari, formation réunissant Olivier Py (saxophones, flûtes), Sébastien Llado (trombone), Emmanuel Brunet (contrebasse) et Benoît Raffin (batterie), pour un répertoire original bien mis en valeur par le jeu des solistes. Le dimanche 2 juillet, le Parc de Champagne a vu débarquer le Qüntet du tromboniste Jean-Louis Pommier, avec Alban Darche (saxophone alto), Patrick Charnois (saxophone baryton), Médéric Collignon (bugle, cornet de poche, voix) et Christophe Lavergne (batterie). J’attendais ce groupe avec impatience, car c’est un de mes coup de cœur personnel et je ne fus pas déçu. Beaucoup de chose se croisent et se rencontrent dans leur musique, beaucoup de styles, de genres, beaucoup d’idées, beaucoup de fantaisie aussi, mais jamais rien de ce qui est joué ne semble de trop ou déplacé.

Le concert suivant devait initialement se dérouler dans les jardins de la Chambre du Commerce et de l’Industrie a finalement eu lieu dans l’auditorium de la Reims Management School. Cela n’a pas empêché le batteur Frédéric Jeanne de donner un très beau concert, en compagnie de Yann Loustalot (bugle), Manuel Rocheman (Fender Rhodes), Eric Suremenian (contrebasse) et Olivier Ker Ourio (harmonica). La musique fut belle et très raffinée. Très proche de cet univers et ce n’est peut-être pas un hasard, fût le concert du trio du même Olivier Ker Ourio avec Gildas Boclé (contrebasse) et Olivier Louvel (guitare), le mercredi 26 juillet dans le cadre du Golf de Gueux. Un autre cadre agréable était celui du Centre Éducatif et Scolaire de Bezannes qui accueillait le quartet du saxophoniste Jean-Christophe Beney, avec Pierre De Bethmann (piano), Mathias Allamane (contrebasse) et Laurent Robin (batterie).

Le 19 juillet, Momo Erectus regroupait de jeunes musiciens parisiens autour de Boris Boulbil qui a proposé son univers marqué par la pop des seventies, les fanfares, le free, les bals, et plein d’autres choses.

Plusieurs jeunes formations sont également à signaler : Le trio Eol, constitué de trois frères (les fratries de musiciens ne sont pas nouvelles dans le jazz…), avec un univers vraiment sympathique, le trio Kaos, marqué par le rock progressif et dans lequel on retrouve avec plaisir plusieurs musiciens présents dans les jams du café Rémois "Le Pop Art" : Alexis Lhuillier, Fred Begyn et Thomas Chemla), le quartet The Zoo de Philippe Lemoine (saxophoniste alto, entendu récemment dans le "Maigre Feu de la Nonne en Hiver"), avec le guitariste Sébastien Beaumont, le contrebassiste Christophe Hache et le batteur Jean-Luc Landsweert (que l’on avait entendu au sein L’ONJ de Chaude Barthélémy, notamment) et The Clutch, formation troyenne qui propose un répertoire personnel efficace et soigné.

L’avant-dernier concert fût l’occasion de découvrir le pianiste tunisien Wajdi Cherif au sein de son quintet. Inspiré par des couleurs orientales, renforcée par la présence du oud de Sofiane Negra, et du hard bop le plus classique, auquel ne sont pas étrangers Mourad Benhammou (battterie), Michel Rosciglione (contrebasse) et David Sauzay (saxophones), le répertoire met en valeur un pianiste qu’il faudra suivre de près.

Pour finir, car il faut une fin à tout, « Auprès de ma blonde », fanfare de poche, a déambulé sur la place d’Erlon pour un public familial manifestement surpris, intrigué et conquis par ce spectacle de rue ludique, de qualité.

Seul bémol peut-être de ses dernières Flâneries : le concert pique-nique du Parc de Champagne avec Dee Dee Bridgewater pas en très grande forme ce soir-là, qui s’est davantage rapprochée de Lara Fabian (au hasard) que d’Aretha Franklin, pour des standards de la chanson française qui ne méritaient pas cela. Elle était précédée du quartet Norvégien Generator X, fort intéressant, qui se situe à l’avant-garde de l’electro Scandinave mais n’a malheureusement pas séduit le public, ce qui est fort dommage. Malgré cette réserve, il faut tout de même nuancer en précisant que ces deux concerts ont été suivis par environ 13000 personnes…

En définitive, cette édition nous aura fait profiter d’une bonne quantité de musique improvisée et permit à des spectateurs, rémois ou vacanciers, de découvrir des esthétiques peu relayées médiatiquement.

Pierre Villeret

www.djaz51.com