Les Flâneries Musicales de Reims 2009

1er round : du 11 juin au 3 juillet.

Les Flâneries Musicales de Reims sont un festival d’été classique et jazz se déroulant dans différents lieux de la ville qui peuvent être des salles de spectacles, monuments, Maisons de Champagne, parcs, cafés, etc. Pour cette édition, en ce qui concerne le jazz, une vingtaine de concerts sont présentés à un public composé d’aficionados, mais également de touristes, de retraités, de familles attirées par les lieux et horaires inhabituels. C’est là un des intérêts de cette manifestation puisque cela lui permet de toucher des personnes qui ne se déplacent pas nécessairement aux concerts le reste de l’année et peut-être à terme les fidéliser en leur faisant découvrir les différentes tendances quelquefois contraires qui agitent le jazz contemporain.

Pour ce premier round des Flâneries Musicales, qui a débuté par un concert sacré de Liz McComb à la Cathédrale de Reims, tout de même, nous avons pu apprécier un large éventail des ces tendances à travers notamment deux créations des plus aventureuses et plus d’une dizaine de projets illustrant la diversité qui règne au sein de notre famille musicale.

Si le quartet de Laurence Allison, le Heritage de Benoît Sourisse et André Charlier et le trio d’Eric Legnini, tous trois impeccables, très jazz, apparaissent un peu comme des « gardiens du temple » comparés au jeune trio de rock instrumental rémois Somna, qui promet, au quartet Speeq de Hasse Poulsen avec Luc Ex, Mark Sanders & Phil Minton (quelle claque ! Sans la moindre concession, avec un niveau d’exigence incroyable), à Kobu (quartet marnais de plus en plus rock’n’roll, ce qui n’est pas pour nous déplaire) à LPT3 (jubilatoire et explosive formation composée de Jean-Louis Pommier, François Thuillier & Christophe Lavergne), ou au trio suédois de Peter Knudsen nous montrent quelques-unes des nombreuses voies possibles pour la suite de l’histoire qui nous intéresse.

Les deux créations de Daniel Erdmann et Olivier Sens, Patchwork Dreamer et Mystic chords qui furent réellement deux temps forts du festival, artistiquement parlant, ont, au-delà de leurs qualités musicales évidentes pour tout auditeur, parlé à notre curiosité, notre ouverture d’esprit, en questionnant nos acquis et secouant nos lieux communs.

Daniel Erdmann nous a encore une fois montré qu’il est un grand musicien toujours capable du meilleur. Le principe de son projet repose sur le voyage en Guinée du vidéaste Alain Julien et du pianiste Francis Le Bras duquel il sont revenus avec un film et un musicien : Papa Diabaté. Le quartet dirigé par Daniel Erdmann associe la France, l’Allemagne, les Etats-Unis et la Guinée à travers Francis Le Bras au piano et au fender rhodes, Johannes Fink à la contrebasse, John Betsch à la batterie qui invitent Papa Diabaté, musicien traditionnel guinéen au chant et à la kora. Le quartet commence seul le concert et laisse entendre une musique qui baigne dans le jazz, suffisamment ouverte pour laisser percevoir les dialogues qui se mettent en place, les alliances qui se font et se défont. Peu après le début du concert, le film d’Alain Julien démarre, projeté derrière les musiciens et nous donne une des clefs de lecture de la musique que nous entendons. Défilent devant nos yeux des images de la Guinée dont le rythme et les couleurs semblent imprégner le jeu des musiciens. Quelque temps après, le quartet est rejoint sur scène par Papa Diabaté dont la kora et la voix (bouleversante, sans exagération) nous envoient à quelques milliers de kilomètres de Reims : six heures d’avion en quelques secondes. Le quintet improvise alors longuement sur un thème traditionnel, qui devient une piste d’envol pour tous les dialogues et la liberté imprègne l’ensemble. Surtout, ce concert évite le principal écueil de l’invité/tapisserie, en délivrant une musique cohérente, et surtout très belle et émouvante.

La seconde création du festival associe Olivier Sens aux machines et à la contrebasse au pianiste Georges Pludermacher, concertiste bien connu de la partie classique des Flâneries Musicales. Ils invitent Guillaume Orti au saxophone alto et Jean-Pierre Drouet aux percussions, ainsi que deux musiciens champardennais rencontrés lors d’une master classe, Mylène Cave au hautbois et Stéphane Bartelt à la guitare, pour une relecture de fragments d’œuvres de Scriabine, avec la participation de l’ingénieur du son Benoît Fromentin. Interprétations, improvisations, traitements électroniques en temps réel se mêlent et laissent peu de répit à l’auditeur, tour à tour heurté, séduit, mais surtout interrogé, ou mieux : encouragé à la réflexion. Il est à souligner que les interprètes relèvent le défi avec brio, les difficultés se dressant devant eux étant légion et nous proposent quelques moments passionnants. Par ailleurs, je pense que nous avons tous été très impressionnés par la prestation de la pianiste Misora Lee, élève coréenne de Georges Pludermacher au CNSM qui est revenue au texte de Scriabine, seule pour quelques minutes, avec une incroyable maestria.

Le festival des Flâneries Musicales, on le voit, offre des moments rares à un public hétérogène et œuvre à la promotion de tous les jazz et de ce qui n’en est peut-être plus ou pas encore…

Pierre Villeret

www.djaz51.com