Paradigm

Le très attendu premier album du sextet Paradigm vient de paraître. Impressions.

Nous ne saurions dissimuler ici notre joie, voir notre fierté, à l'écoute du premier album de Paradigm. Mais il ne faudrait pas voir pour autant dans cet enthousiasme un quelconque chauvinisme champenois.
Juste dire qu'il est toujours bon de savoir qu'un projet sur lequel nous avons un oeil depuis quelques temps et dont nous connaissons la plupart des musiciens abouti par un enregistrement, et qui plus est sur le très actif et dynamique label Chief Inspector de Nicolas Netter.

Mais je n'en fais pas trop. Puisque malgré toute l'estime que je porte à Luis ou Guillaume, ce n'est pas avec des arguments du type "tu sais, je connais les musiciens du sextet Paradigm" que je vais réussir à enfin séduire cette superbe étudiante ingénue qui habite deux étages en dessous. Paradigm n'est pas aussi efficace, sur ce point, que Depeche Mode ce que je déplore, soyez en sûr. Bref.

Le saxophoniste-clarinettiste Luis Vina est à l'origine de ce projet, il en est aussi le compositeur (ce qui lui valu d'ailleurs un prix de composition à La Défense). Comme l'a écrit un chroniqueur fameux à propos de ce disque, il est vrai que Luis Vina a une belle plume et que cette écriture révèle un véritable et très important travail de groupe.

Je passe vite sur le fait que Luis est un grand amateur de la période Blue Note d'Andrew Hill, pour m'attarder sur les liens évidents (il me semble) avec la musique d'Andy Laster. Le saxophoniste new-yorkais (lire son interview) est également un adepte des compositions "à tiroirs" : ce formidable "Polyogue", "Interpretation of the Lesness" qui est la transposition d'une méthode d'écriture de Samuel Beckett à la composition musicale. Encore une fois, sur son dernier album "Window Silver Bright", la présence du vibraphone de Bryan Carrott est très importante.

Le duo Vina/Neerman fonctionne également très bien, notamment sur des thèmes doublés au saxophone et vibraphone ("Aléas"). Une autre paire, celle contrebasse/batterie est une assise solide ("Une longueur de retard") pour des compositions complexes, avec Manu Brunet à la contrebasse (dont Pascal Anquetil me disait un jour "si tu dois miser une pièce sur un musicien, mets-la sur Manu") et Guillaume Dommartin déjà remarqué pour son enregistrement avec un autre contrebassiste de talent (Olivier Sens) sur le disque "Les Contes de Rose Manivelle".

Je ne pouvais finir cette chronique sans applaudir cette pochette grandiose, de ces musiciens aux regards vifs dans l'usine d'andouillettes Gilbert Lemelle (par ailleurs d'un soutien remarqué à la vie du jazz aubois).
Et comme le veut la tradition, puissent les oreilles des programmateurs ne pas rester insensibles à la musique de Paradigm.

Jean Delestrade

Paradigm (Chief Inspector, 2005)

Luis Vina saxophones ténor & soprano, clarinette
Xavier Bornens trompette & buggle
François Choiselat trombone
David Neerman vibraphone
Emmanuel Brunet contrebasse
Guillaume Dommartin batterie & orgue à soufflet

www.chief-inspector.com