L'intermittence du vide ou la culture du pire.

Ce mois-ci MACAO vous annonce de nombreux concerts qui, en cette période estivale, sont bien souvent le fait de festivals d’été. Mais qui sait si dans un an à la même date, j’aurais la matière pour vous annoncer quoique ce soit…

En effet, vous n’êtes pas sans savoir (si ce n’est pas le cas, je vous conseille la position assise) que le l’Etat a décidé d’impulser de nouvelles orientations à sa politique culturelle pour les festivals ou autrement dit, le Ministère engage « la restructuration de la carte régionale du spectacle vivant ».

« Dans un souci de cohérence, la directive nationale d'orientation que le ministre a adressé aux directions régionales des affaires culturelles leur recommande de concentrer l'intervention de l'Etat sur les grands festivals de rayonnement national ou international. »

Tout est dit. Les financements vont donc être stoppés nets, menant inévitablement à la mort programmée de certaines structures, ou du moins à un affaiblissement fatal de leur fonctionnement.

Tout ceci n’est pas de l’ordre de la fiction, puisque la sélection est en marche. Pour exemple citons le Bordeaux Jazz Festival (membre de l’AFIJMA) organisé par Philippe Méziat qui c’est vu signifié que l'évènement « paraît relever plus d’une logique de proximité » et ne peut se voir attribuer la subvention demandée.

La situation en Champagne-Ardenne pourrait s'avérer catastrophique. En effet, les festivals constituent l'épine dorsale de la diffusion musicale dans cette région, puisque du côté des programmations régulières il n'existe qu'un lieu conçu pour les accueillir (pour 1 million d'habitants!). Trois principaux festivals semblent se dégager, mais qu'adviendra t'il des autres, des permanents qui les organisent.

D’autres cas apparaissent un peu partout, puisque Jazz en Gâtine (membre de l’AFIJMA) a sauvé sa tête de peu. Ce qui n’a pas été le cas d’autres : sur le seul département des Deux-Sèvres, 3 des 8 festivals continuerons à être soutenus par l’Etat.

Il est peut être temps pour les organisateurs de « créer un mouvement culturel large de dénonciation de telles pratiques et idées » comme le propose Nicola Durand, directeur artistique d’un rescapé, Jazz au Fil de l’Eau.

En poursuivant cette logique implacable, pourquoi défendre le statut d'intermittent puisqu'il n'y aura bientôt plus de festivals ?

"Dans la nuit du 26 au 27 juin, le MEDEF, de conert avec la CFDT, la CGC et la CFTC, syndicats tous minoritaires dans le monde du spectacle, ont signé l'exclusion de la profession d'un tiers des artistes et techniciens.
Les travailleurs de la musique, du théâtre, de la danse, des arts du cirque, du cinéma ou même de la télévision sont pour la plupart intermittents.

C'est à dire qu'ils sont considérés comme chômeurs les jours où ils élaborent, dans l'ombre, les spectacles que vous pouviez voir dans la lumière.

Pourquoi ? Parce que la charge des salaires de répétition est souvent trop lourde pour une compagnie de théâtre, un groupe de musiciens...Et parce que le salaire n'arrive que le jour de la représentation, il a été imaginé un régime spécifique d'allocation chomage pour survivre hors ce moment.

Or ce régime, prétendument sauvé par Mr Aillagon, deviendra, si l'accord signé est agrée par le ministre des affaires sociales, totalement inaccessible pour un tiers d'entre nous.
Le MEDEF et le gouvernement ont entamé une véritable guerre sociale. (...)

Si les professionnels du spectacles ont un point commun, c'est l'amour de leur métier, et la volonté de le partager avec le plus grand nombre. Peut-être pourrions nous réfléchir à créer plus d'emplois, permanents pourquoi pas, et non pas licencier tout bonnement les plus fragiles d'entre nous.

Afin de lancer le véritable débat de fond nécessaire pour l'ouverture de nouvelles négociations, nous demandons au gouvernement de ne pas agréer cet accord et d'exiger la transparence et la publication officielle des chiffres de l'UNEDIC concernant les professions du spectacles vivants, de l'audiovisuel et du cinéma."

C'est en ces mots que s'est exprimé un certain nombre des intermittents de Reims et de la Marne avant le concert donné par Kenny Garrett en ouverture de Jazz autour des Flâneries Musicales d'Eté de Reims. Que dire de plus, si ce n'est que les réunions se multiplient...

Jean Delestrade