PAF TRIO

Ludique & élégant.

Charleville-Mézières - Théâtre, mardi 21 mai 2005

Le plaisir, visiblement ressenti  sur scène par les musiciens, est  transmis  instantanément au public qui réagit  dès  la fin du premier morceau par une ovation des plus chaleureuses.

D’emblée, on est conquis par le bugle de Paolo Fresu  qui justifie la réputation de ce musicien : un des plus beaux sons  de la planète jazz, parfaitement maîtrisé, avec des effets électroniques  gérés avec parcimonie, préservant le plus souvent  le grain naturel de l’instrument. Et quel phrasé ! Fluide, limpide, évident…Très rapidement le phénomène Antonello Salis  vient perturber le bon ordre de choses, lâchant de la main droite  des salves de notes  percussives d’une manière très inattendue, pendant que  la main gauche  installe un ostinato rythmique…. Entre Paolo  très décontracté, affalé sur sa chaise, et Antonello bondissant sur son tabouret, Furio Di Castri, impérial derrière sa contrebasse, fait le lien, pose les fondations permettant à ses compères toutes les audaces.  Et ils ne s’en  privent  pas, les bougres : pour le second morceau, inspiré par l’Afrique, Antonello Salis, introduisant entre les cordes de son piano sacs plastiques et baguettes de bois, transforme le noble instrument en une sanza géante dont il se joue avec malice, tissant un tapis de sons sur lequel se déploie la trompette de Fresu.

La complicité qui unit les trois musiciens  est flagrante: ils jouent ensemble depuis 15 ans, et ça se voit, et ça s’entend…Leur maîtrise instrumentale époustouflante leur permet une liberté et une aisance  qui font sonner la musique comme une évidence. Et pourtant, il n’est pas donné à tout le monde de marier  au sein d’un même morceau  tango et cha-cha , de détourner les contes d’Offmann  ( Offenbach) à force de gargarismes, d’inclure dans  le discours musical différents  bruitages ( éructations, sifflements de Salis, enregistrements de téléphone mobile, papiers déchirés, frottements divers…), tout en  privilégiant la mélodie  et la recherche harmonique, le tout  avec un son d’ensemble cohérent . Et en plus, ça balance : nul besoin de batterie pour installer le rythme, il est omniprésent dans le jeu de Paolo Fresu, de Furio Di Castri, et d’Antonello Salis.

 Lorsque celui-ci  empoigne l’accordéon, on se rapproche de la Sardaigne et de ses musiques populaires, mais ce n’est qu’un prétexte pour de nouvelles errances.

Le public jubile, en redemande. Le premier rappel, joué d’une manière totalement acoustique est un hommage émouvant  composé par Paolo Fresu le jour de la mort de Fellini, et permet d’apprécier un très beau chorus de Furio Di Castri, le second rappel replonge les auditeurs  dans une musique lyrique  et entraînante . Les mélodies resteront  dans les mémoires, associées au souvenir d’une très belle soirée…

Longue vie à ce trio magique . Quand un brin de folie vient s’immiscer  dans une musique  lyrique, élégante  et raffinée,  jouée par de tels  instrumentistes, on ne souhaite qu’une chose: que le plaisir se renouvelle le plus souvent possible

Patrice Boyer

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