L'hommage rendu à Wyatt

Je reviens d’un court mais agréable séjour au Festival Jazz à Liège. J’y ai croisé musiciens, journalistes et organisateurs de festivals belges avec lesquels nous avons devisé, autour d’une bière bien évidemment, des projets en cours dans chacune de nos régions.

Invariablement, lorsque que je me présentais comme originaire de la Champagne-Ardenne, vaste région qui s’étend de Charleville-Mézières à Langres, les yeux s’ouvraient grands et la bouche prononçait ces mots : « Charleville-Mézières ? Tu connais Patrice Boyer de Charleville Action Jazz ? Où en est le projet sur Robert Wyatt ? »

Autant vous dire que le soir du 08 novembre 2003 est très attendu…

« Nous allions écouter du jazz au lieu de prendre notre repas. On apportait un tourne-disques, nous étions une quinzaine autour de l’appareil, il y en avait toujours un qui lançait : je vais vous jouer du Art Blakey, ou du Ornette Coleman, ou du Fat Wallers… J’avais un disque de Cecil Taylor enregistré à Newport avec Steve Lacy. Je l’ai prêté à Mike Ratledge, de trois ans mon aîné. J’étais très honoré… » Robert Wyatt

Comment, vous n’êtes pas au courant…

Charleville Action Jazz est une association qui depuis plusieurs années propose des concerts de jazz. « Au cours des 12 années de travail au sein de Charleville Action Jazz, j’ai eu l’occasion de constater que nombre de musiciens de jazz invités à Charleville-Mézières partageaient le même sentiment et nous avons passé de nombreuses heures à évoquer des souvenirs, des musiques liées à Robert Wyatt. C’est au cours d’une de ces soirées après un concert de Sylvain Kassap Quartet, que nous avons évoqué avec Sylvain et Hélène Labarrière l’idée de cette création.» explique Patrice Boyer, président de Charleville Action Jazz.

Ainsi Charleville Action Jazz a contacté Sylvain Kassap, Hélène Labarrière, Karen Mantler, John Greaves, Jacques Mahieux et Dominique Pifarély. Chacun d’eux choisira un morceau de Robert Wyatt pour en écrire un nouvel arrangement prolongé par une composition personnelle. Le tout avec des formations du duo au septet.

« Le premier contact téléphonique avec Robert Wyatt au cours duquel je lui ai demandé son sentiment quant à l’idée de cette création a mis en évidence une certaine concordance de vue, puisque Robert m’a appris ce jour-là qu’il avait invité au Meltdown Festival Hélène Labarrière et Sylvain Kassap, et qu’il serait très heureux qu’ils participent à un tel projet. Depuis, de nombreux échanges téléphoniques et écrits ont permis de préciser les axes de travail permettant d’aborder cette création en étant fidèle à la vision qu’a Robert Wyatt de sa propre musique, tout en laissant aux musiciens impliqués la plus grande liberté de création, ce qui n’est nullement contradictoire quand on connaît l’ouverture d’esprit de l’inspirateur de ce projet. »

Autour de tout cela, un enregistrement, des répétitions publiques et des master-classes...

Sylvain Kassap :

Quel est votre rapport au travail de Wyatt ?

Robert Wyatt est une des personnes "à cause" de qui je fais de la musique; ça à été mon batteur préféré quand j'étais adolescent (je l'ai vu plusieurs fois avec Soft Machine, puis Matching Mole), et j'ai du écouter Rock Bottom des milliers de fois dès sa sortie ...

Comment aborder son travail pour en proposer une adaptation ?

Je sais pas si pour moi la question se pose de cette façon, en tout cas le terme "d'adaptation" ne me semble pas convenir. C'est plutôt retrouver les résonnances qu'a pu avoir pour moi la musique de Robert Wyatt; et de les retranscrire actuellement avec 30 ans d'activités musicales de plus que quand j'avais 17 ans. Les musiciens en présence étant tous des créateurs, c'est leur(s) vision(s) de cette musique qu'il m'interresse de croiser et surtout pas d'être da ns une attitude régressive ou idolâtre.

Avez vous déjà travaillé avec les musiciens concernés par le projet ?

J'ai déjà travaillé avec la plupart des musiciens de ce projet (en fait, tous sauf Karen Mantler): avec Jacques Mahieux tout d'abord : il a été le batteur de mes orchestres pendant 10 ans et je l' accompagne quand il chante depuis le milieu des années 80. Je joue régulierement avec Hélène Labarrière depuis 12 ans, en duo, dans différents ensembles de jazz et de musiques improvisées, dans des projets avec des comédiens, des circassiens... J'ai joué sur le disque de John Greaves "La Petite Bouteille de Linge" et nous l'avions invité à participer au premier disque de Jacques Mahieux que nous avons enregistré sur le label Evidence en 1991. J'ai croisé régulièrement Dominique Pifarely dans des aventures telles que 'Los Incontrolados", le quintette du batteur Eric Groleau, les concerts du collectif Zhivaro...

Comment est né ce projet ? Sur la proposition de Patrice Boyer ou y pensiez vous déjà avant ?

La genèse du projet est effectivement pour moi une discussion tardive à Charleville avec Patrice, puis la rencontre avec Robert Wyatt qui avait invité le duo avec Hélène Labarrière dans le "Meltdowmn Festival" qu'il programmait à Londres...

Propos recueillis par Jean Delestrade

www.charlevilleactionjazz.com