Jazz à la fac

La relation qui unit la culture et l’éducation nationale a toujours été prétexte aux plus vives controverses, les plus grands fantasmes… Coincée entre la réalité du terrain et les aspirations de certains, l’Université de Champagne-Ardenne (tout comme plusieurs autres en France) fait son chemin…

Dans le bar de l’hôtel jouxtant le Parc des Congrès qui accueillait la 13ème édition de Jazz à Liège, chacun est attablé derrière son verre, café ou Orval selon les humeurs.

Jean-Pierre Bissot (directeur du Gaume Jazz Festival) nous fait part de ses projets (une année sabbatique pour un tour du monde et des invitations lancées à des musiciens belges pour chacune de ses étapes), on découvre le programme du 24ème Festival de Jazz et de Blues de Gouvy (Kenny Wheeler 6tet, Archie Shepp, Mystere Trio…).

Au lendemain de la première soirée de son festival, Jean-Marie Peterken se félicitait du succès qui s’annonçait : « Et que l’on n’aille pas me dire après tout cela que le jazz est une musique de vieux… ».

On assistait à la présentation de la 1ère édition de la belle idée d’une « randonnée musicale transluxembourgeoise » qui propose pendant dix jours de parcourir plus de 100 km à pied et d’assister à plus de 50 concerts… Bref…

Le premier qui bouge...

Jazz à Liège donc, qui fonctionne sur le concept suivant : un immense (plus qu’immense) Parc des Congrès au sein duquel sont répartis 5 salles (1000, 800, 500, 200 et 100 places) qui accueillent 13 concerts chaque soirs.

Ainsi vous êtes assuré de trouver dans chaque salle un concert à chaque heure : vous quittez le concert de Hilde Van Hove 5tet pour assister au Because of Bechet de Romano avant de vous éclipser vers le quartet de feu de Chris Potter.

Mais il existe des inconvénients aux avantages : outre le fait assez jubilatoire d’assister dans l’ordre à un set d’Aldo Romano, un set de Chris Potter pour finir avec Louis Sclavis, le va-et-vient incessant des spectateurs qui se lèvent et vous passent devant en pleine envolée de Louis Sclavis est à la limite du supportable. Au deuxième jour, les envies de meutres vous montent rapidement au nez, prêt à bondir sur le premier qui bougera…
Bref…

Parmi les groupes belges proposés, quelques idées même si on peut s’interroger sur le manque de prise de risques et d’innovation (multitudes de standards et hommages en tout genre). Léo Flechet proposa avec sa formation Double Play l’idée intéressante de faire jouer deux saxs (le très bon Fabrice Alleman et Daniel Pollain), deux chanteuses mais surtout deux pianos (Léo Fléchet et le jeune mais talentueux Pascal Mohy).

Le tromboniste Phil Abraham présenta pour la deuxième année l’idée suivante : réunir au sein d’un septet BCBG (Band of Conservatory Belgian Graduates), les jeunes musiciens émergents issus des conservatoires nationaux. Parmi eux les prometteurs Matthieu Vandenabeele (piano, section francophone du conservatoire de Bruxelles) et Filip Van Laer (batterie)…

Parmi les têtes d’affiches, je n’ai malheureusement pas pu assister au retour de Mauranne à ses premiers amours (en compagnie de Steve Houben et Charles Loos) parce que foule…

Un Chris Potter un peu perdu sur la scène d'une salle de 1500 places, Steve Coleman…constants dans la virtuosité et dans le choix des musiciens qui les accompagnent (Anthony Tidd et Jonathan Finlayson), inutile de vous parler de Louis Sclavis, la véritable surprise provenant du trio de Lars Juul (qui se définit comme « a primaly colouristic drummer »).
Accompgné d’Arve Henriksen et Benoît Delbecq, le batteur danois n’a pas laissé indifférent : le public était partagé entre le rire moqueur et l’admiration. Pour ma part, j’ai découvert cette musique minimaliste (qui n’est pas sans rappeler les instrumentations des Amants de Juliette), dans laquelle l’électro titille l’improvisation pour une totalement originale…

Finlayson se rebiffe

Musique et musique donc. Mais je garderais de cette édition 2003 de Jazz à Liège cette anecdocte.
Le concert de Steve Coleman a débuté depuis 5 minutes et le saxophoniste prend déjà un chorus de plus de 10 minutes. S'en suit une ovation du public, et le jeune trompettiste Jonathan Finlayson situé à la gauche du saxophoniste entame son chorus de manière brillante mais qui ne suffit pas à tirer de réaction à la salle qui ne salue pas son intervention. Pour avoir réussi à trouver une place au premier rang, je peux vous assurer que dans les deux secondes qui ont suivi cet instant, le visage de Finlayson s'est transformé et ses yeux se sont emplis de colère mélée à une détermination impressionnante.

Fin du premier morceau et début du deuxième. Bis repetita, Steve Coleman s'attaque de nouveau à un chorus dont il a le secret. Sur sa gauche, Finlayson se fait discret mais, on peut le sentir, fulmine intérieurement. La surprise surgit quand le trompettiste intervient alors que le saxophoniste n'a apparemment pas terminé, et prend son tour avec force et culot, un Steve Coleman amusé lui lance un regard qui semble dire "OK, je te laisse la place, mais tu vas devoir me montrer, montrer au public que tu as eu raison...". Résultat, chorus de feu et public enthousiaste.

Jean Delestrade

www.jazzaliege.be