Jacky Terrasson Trio

Châlons-en-Champagne, Théâtre du Muselet, le 16 avril 2004

Ça commence du bout des doigts. Le pianiste caresse à peine son clavier d’une main droite qui semble hésiter. Il faut s’échauffer. « The Dolphin » plonge les connaisseurs dans le bain. Ce beau thème de Luis Eça inaugure ce jogging à central Park, que nous ne connaissons pas encore. Mon voisin n’y retrouve pas ses petits, en tout cas et s’insurge : « C’est pas de la musique, rien que des effets ! », avant de faire claquer son fauteuil.

Jacky Terrasson, a tout pour dérouter le néophyte impatient, tenté de zapper. Et pourtant. Après les frottis frottas de la piste, Jacky se lance vraiment : « Reach » accouplé à « Smoke gets in your eyes » autorisent de belles foulées. Puis vient, pour satisfaire pleinement le coureur de fond, « Sous le ciel de Paris », tout en douceur. On marche sur les plates bandes du jazz le plus frenchy, vu du marathon de New York, en tout cas. Terrasson joue le thème, creuse la romance, respire à fond. C’est son côté Keith Jarrett. On a le temps, on n’est pas pressé. Survient « Smile », le thème-titre de la soirée, œuvre de Charlie Chaplin. Tout sourire, le trio commence à se rassembler. Il faut signaler la présence de Christophe Walemme à la basse et de Stéphane Huchard à la batterie, co-équipiers dépêchés au pied levé. On sent que les deux accompagnateurs ne courent pas dans la même équipe, mais l’entraînement rattrape tout. Tiens, sur « Nardis » de Miles Davis, où Bill Evans cavalait un peu, Jacky ralentit le tempo, s’approche d’un boléro. Huchard et le pianiste accomplissent ensemble leurs foulées. Le batteur délie ses bras en douceur et nous offre un festival d’inventivité. Du grand Huchard, aux accents de Léon Parker, parfois. Le rythme pur des poumons. Terrasson décide de lâcher un peu ses partenaires pour un solo de sa composition, introspectif et reposé.

Puis vient l’heure du sprint : « Parisian Thoroughfare » renoue avec Bud Powell. Il y a la vitesse, l’humour, le sens de la conquête et les breaks. Pas vraiment une promenade. Le public est désormais conquis. Des « Ah, oh ! » accompagnent la mise en place du « Boléro » de Ravel, arrangé façon calypso, où Terrasson déploie toute la palette du Fender, venu en renfort du piano classique.

En rappel de cette excellent critérium, le public savoure une « Marseillaise » moins Rouget de Lisle qu’Eroll Garner. Un hymne à la nostalgie. Le contrat est rempli : la douceur, l’émotion, la virulence, la joie d’être sous le ciel de Châlons  mettent tout le monde d’accord. Bravo.

Frédéric Chef

Jacky Terrasson piano & fender rhodes
Christophe Walemme contrebasse
Stéphane Huchard batterie

http://jackyterrasson.com