John Zorn

Filmworks XXII – The last supper

C’est sur un métrage français d’Arno Bouchard que John Zorn signe sa vingt-deuxième BO. Je n’ai pas vu le film, mais le CD (superbe objet, comme souvent chez Tzadik) comprend un livret d’une cinquantaine de pages garnies de photos qui permettent de se mettre dans l’ambiance. On baigne ici dans un univers sans âge peuplé de femmes nues et asexuées (cheveux courts et seins aux aréoles manquantes) et d’un seul homme. Dans ce qui paraît être un entrepôt désaffecté, semblent se produire d’étranges rites sombres et saphiques sur fond de maternité, de projections d’hémoglobine et de têtes de porcs coupées.

The last supper semble avoir été tourné pour Zorn tant sa charte graphique se rapproche de celle de Naked City et tant sa thématique ésotérique rappelle les récents travaux classiques du compositeur.

La musique a été écrite pour les deux premiers instruments de l’humanité : la voix et la percussion. L’ensemble vocal choisi est sensiblement le même que celui oeuvrant dans le frammenti del sappho de l’album Mysterium, Cyro Baptista et Zorn assurent le pupitre de percussions.

La partition, dont l’un des thèmes est incontestablement l’intemporalité, se subdivise en 16 courtes plages qui réussissent à créer une ambiance tout à la fois céleste et terrienne, ancestrale et futuriste. Les voix sont absolument superbes, presque inhumaines tant elles touchent à la perfection et l’atmosphère insidieusement néopaganiste est renforcée par une forte réverbération. Les percussions mêlent subtilement les peaux (tribales) et les métaux (post-industriels). A l’écoute, on pense également au 2001 de Kubrick ou au Bal des vampires de Polanski. Cet album constitue un des travaux classiques les moins hermétiques de Zorn et un de ses filmworks les plus aboutis. Il est à ce titre hautement recommandable.

Guillaume Grenard

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