John Zorn

Filmworks XXIII - El General

Sous l’amicale pression de Marc Ribot et malgré un mauvais pressentiment, John Zorn s’est attelé à l’illustration sonore du documentaire de Natalia Almada sur son grand-père, le dictateur mexicain Plutarco Elias Calles.

Dès le départ, Zorn sent qu’il n’est artistiquement pas d’accord avec la réalisatrice sur la direction que doit prendre la musique du film. Elle demande quelque chose de minimaliste et d’abstrait alors que le compositeur veut apporter du contraste, du rythme et de la couleur à une ambiance qu’il juge morose. A plusieurs reprises, il l’alerte et lui conseille de faire appel à quelqu’un d’autre. Elle le laisse pourtant en charge du projet.

Ces conditions difficiles vont pousser Zorn dans ses retranchements et il va se démener plus qu’à l’accoutumée pour satisfaire le metteur en scène.

De fait, le disque se démarque du reste des travaux cinématographiques du saxophoniste. Le lyrisme, qui ici lui avait été plutôt déconseillé, est beaucoup plus prononcé (Los cristeros, Besos de sangre, Exactmente eso) que dans le reste de ses filmworks. Il réussit avec brio le challenge d’humaniser et de réchauffer une écriture résolument contemporaine, essayant ainsi de concilier les désirs de Natalia Almada avec sa propre vision (Mala suerte, Exilio).

Les quatre interprètes sont au meilleur de leur forme, particulièrement Marc Ribot à qui, manifestement, le projet tient à cœur.

Malheureusement le mauvais pressentiment de Zorn s’avérera justifié car la réalisatrice n’intégrera que trois plages à son film et engagera un autre compositeur dans son dos. Les nombreux feuillets inexploités devraient faire l’objet d’une partie du deuxième album à venir du récent groupe du saxophoniste, « The Dreamers ».

Guillaume Grenard

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