Claudia Solal & Benjamin Moussay

Reims, Villa Douce, le 9 mars 2006

Claudia Solal n’était qu’un nom pour moi. Je savais qu’elle était la fille de quelqu’un (pas facile de se faire un prénom, parfois). Mais voilà, elle ne ressemble à personne et semble venir de nulle part. C’est ce qui séduit d’emblée. De l’Ecosse de sa grand-mère, elle a rapporté la "bouillie ou soupe épaisse de flocons d’avoine", le fameux porridge, lié aux souvenirs de sa jeunesse. Elle entame, avec Benjamin Moussay, son parcours dans cette contrée imaginaire qui est la sienne. Les mots susurrés intriguent, étonnent. Nous sommes sous le charme. Claudia nous entraîne sur le gazon anglais de ses confidences. Telle la petite fée des contes, elle égrène ses histoires (d’amour) : « Our own world », taillées sur mesure par elle-même dans le tissu des songes. Elle collectionne les expressions incongrues de notre monde civilisé (Mushroom clouds / Drinking sessions / Audience rating / Foreign bodies) en un plat relevé, une étrange « Curry powder ». Parfois sirupeuse, maîtrisant parfaitement les arcanes de sa voix, elle ensorcelle. Entendez comme elle monte dans la gamme, à faire éclater le miroir. De l’autre côté, elle nous livre une série d’énigmatiques poèmes d’Emily Dinckinson (1830-1886), la plus grande poétesse américaine, sans doute. Benjamin Moussay, tandis qu’elle nous « récite » ses vers, improvise, depuis l’atelier secret, où il triture ses claviers de piano acoustique, fender rhodes, et ses étranges machines électroniques d’où jaillissent des fleurs inouïes. Son univers généreux et pudique devient le nôtre. On devine entre ces deux elfes une singulière complicité dans l’échange des mystères. Il se passe quelque chose. Nous sommes ailleurs… Déférence à la tradition, Claudia reprend deux standards du plus génial des musiciens : « In walked bud » et « Monk’s dream », de Thelenious-Sphere Monk, chantés autrefois par Jon Hendricks. Là encore, elle excelle dans l’exploration libre et enjouée d’un monde nouveau où courent des lapins sortis du terrier frileux. Et la vie se fait plus douce…

Frédéric Chef

www.benjaminmoussay.com