John Scofield

La Comète, Châlons-en-Champagne, le 22 mars 2006

Le 10 juin 2004, à Berverly Hills, après avoir envoûté la planète, la voix de Ray Charles se tait pour toujours. John Scofield, guitariste américain, chef d’orchestre à ses heures, décide aussitôt d’enregistrer, sur le label Verve, un disque reprenant les hymnes à la vie, les standards du Genius. Le 21 mars, il était à Madrid, le 22, il croisait la Comète châlonnaise.

Tout de go, il y a ce son de groupe envahissant la salle bourrée comme un œuf. Le chanteur, Dean Bowman, entonne un premier titre, sifflant deux ou trois « mignonnettes » d’eau minérale en rafale (qui a dit que les jazzmen étaient portés sur la bouteille ?). La parenté vocale avec le Genius est réelle. Le chanteur joue la séduction, d’une voix chaude et précise, dans un admirable groove, soutenu par le batteur, Steve Hass. Et ça marche. En fermant les yeux (à la Ray Charles) on y est. De temps à autre, Dean scatte avec bonheur. John Scofield, lui, joue la mélodie, se fond dans l’orchestre : Gary Benitez à la bass, Gary Versace aux claviers. De temps à autre, il caresse les rondeurs du Hammond B3 ou celui plus clair du Wurlitzer. Quoi de plus beau qu’un duo bleuté de guitare et d’orgue ? Parfois, on retrouve avec plaisir ce guitariste à la sonorité traditionnelle, dans les chorus.

Scofield repasse les succès du Genius : « Hit The Road Jack », que le petit John avait pris autrefois pour une chanson politique. Des effets de pédales, des audaces techniques jamais démonstratives. « What’ d’I Say » enflamme le parterre. Rythm’n’blues portés à la perfection par un groupe qui honore la mémoire et renouvelle la partition. On frappe dans ses mains, le plaisir est contagieux. « Georgia » touche les jeunes filles au coeur. On se laisse gagner par la nostalgie. « You Don’t Know Me » achève ce parcours-hommage. Scofield, connu davantage pour ces explorations des territoires secrets de l’abstraction, prouve qu’il maîtrise les influences les plus diverses, avec la grandeur des modestes. Tiens, au fait, on se plait à entendre dans ses grilles la petite voix claire de « papa Jim Hall », à Châlons en mai, pour notre grande chance…

Frédéric Chef

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