Carsten Daerr Trio

Insomniac Wonderworld

La Tour Eiffel est l'endroit idéal pour s'offrir un panorama de Paris. Reims est en passe d'offrir un point de vue idéal sur la scène des musiques improvisées allemandes qui est, répétons le, passionnante.

Plusieurs explications à cela. Premièrement, le Reims Jazz Festival propose depuis plusieurs éditions une programmation adéquate à ces observations : John Schröder 4tet, Erdman 3000, les déjà anciens de Der Röte Bereich, Johnny La Marama et j'en passe. Ensuite, depuis quelques mois maintenant le saxophoniste allemand Daniel Erdmann s'est installé dans la Ville des Sacres ce qui nous donne l'occasion de le rencontrer plus souvent et de l'écouter lors de jam sessions. Mais finalement, la raison majeure est l'embellissement du bouquet de groupes proposés à la tournée par l'association Vents d'Est (collectif artistique et booking) : Erdmann 3000, le duo Daniel Erdmann / Francis Le Bras, John Schröder 4tet, Johnny LaMarama et le fameux Carsten Daerr.

C'est donc avec beaucoup de curiosité que j'ai reçu des mains de Pierre Villeret (Vents d'Est toujours) le disque du trio de ce pianiste allemand. Ma mère m'a toujours appris à ne pas avoir de préjugés, mais il faut bien dire que j'en avais quelques uns (positifs comme négatifs) : encore un trio piano-contrebasse-batterie qui vient allonger la longue liste, Olivier Potratz à la contrebasse que j'avais déjà entendu (avec délectation) jouer, Eric Schaeffer dont la prestation avec le trio de Carlos Bica m'avait bluffé.

Qu'en est il donc ? Le jeune pianiste (33 ans) berlinois n'est pas très connu mais il est à parier que cet album va lui ouvrir certaines portes. En effet cet album est enthousiasmant, le plaisir est véritablement réel de découvrir cette musique : la recette est pourtant très simple puisqu'elle repose sur une énergie, une cohésion évidente et surtout (ce qui n'est pourtant pas toujours évident) ça sonne tout simplement ! De son titre énigmatique de Insomniac Wonderland, il faut comprendre des souvenirs d'une tournée en Asie du sud comme l'évoque le titre de certaines compositions : "Manila", "Kuala Lumpur", "Singapour" ou "Jakarta".

Avec un équilibre savamment orchestré de lyrisme et de compositions complexes dans la tradition de certaines expérimentations, Carsten Daerr et ses deux compagnons explorent avec plénitude les sonorités de leurs instruments. Quelques vagabondages, des réminiscences de reggae et de dub, des compositions qui sonnent années 60 puis s'embarquent dans des structures complexes : l'album s'articule autour du thème du voyage tant dans les titres que dans les univers et les risques parcourus. Le problème ce que maintenant Carsten Daerr va avoir dans le dos l'étiquette du pianiste à suivre, celui qui a réussi à faire quelque chose d'un trio.

Et bien soit, nous attendons le prochain avec impatience.

Jean Deslestrade

Insomniac Wonderworld (Traumton, 2007)

Carsten Daerr piano & orgue
Oliver Portratz contrebasse
Eric Schaefer batterie

www.carstendaerr.de

www.myspace.com/carstendaerr