Erdmann 3000

Supermicrogravity

Dois-je encore vous dire ici combien j'apprécie ce quartet ? Très bien, je vais m'y employer une nouvelle fois.

J'ai eu le privilège de pouvoir écouter le tout nouvel album d'Erdmann 3000 un petit peu avant qu'il ne soit disponible à la vente. Et quand il le sera, ne vous gênez pas pour vous servir. Je rappelle quelques petits éléments pour ceux qui n'ont pas la chance de connaître ces musiciens : ce quartet réuni Daniel Erdmann (saxophone ténor), Frank Möbus (guitare), Johannes Fink (contrebasse) et John Schröder (batterie).

Lorsque l'on connaît Daniel Erdmann et Frank Möbus tant dans leur façon de jouer que d'être, la filiation semble au final très naturelle. Ils appartiennent à une même famille de pensée. Et je crois lire entre les lignes de ce disque que le discours qui y est tenu prend véritablement un sens majeur, que ce disque n'est pas quelconque dans la discographie du saxophoniste allemand. Les deux premiers disques avaient attiré attention et intérêt, mais "Supermicrogravity" est peut être plus attendu que les autres. Et Daniel Erdmann affirme ses propos et son projet avec force et certitude.

Tout d'abord, il assume totalement. Il assume la musique au sens large du terme. Capable de jouer note pour note les chorus de Sonny Rollins ou d'autres, il avance très librement parmi les références et les citations. Il n'est pas question de tout casser ou de parodier. Il assume aussi la représentation de ces jeunes musiciens de la scène berlinoise qui mènent leur démarche passionnante sans complexes, malheureusement moins "valorisés" que n'importe quel chien avec un chapeau pourvu qu'il soit originaire de la scène downtown de Brooklyn (que nous aimons par ailleurs beaucoup).

Ensuite, l'esthétisme de cette musique et de l'écriture me passionne. Comme dans l'album précédent, l'économie de notes donne au discours, une consistance très intéressante, ce travail de simplicité entraîne une tension incroyable dans cette musique. Les silences prennent une importance décisive.

Cela pose la question tellement classique mais tellement importante du cadre et du hors cadre. Daniel Erdmann ne centre pas uniquement son travail sur ce que l'on veut bien voir, pardon écouter. Les silences et les tensions interrogent le hors champ. Cette musique est toute aussi passionnante par ce qu'elle nous donne à entendre que par ce qu'elle ne nous montre pas. Et comme il est rassurant d'entendre des musiciens qui ne jouent pas "pour faire de la musique".

C'est un très bel album qui est indispensable si vous voulez vous tenir au courant de ce qu'est la musique vivante du moment. Et je suis curieux de savoir comment tout cela va évoluer.

Jean Delestrade

Supermicrogravity (Enja, 2007)

Daniel Erdmann saxophone ténor
Frank Möbus guitare
Johannes Fink contrebasse
John Schröder batterie
+ invité Yves Robert trombone

www.daniel-erdmann.com

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